Passés Composés - Janine Elkouby

2003, Édition des Écrivains 147 rue St Honoré, 75001 Paris
Fax 01 39 75 60 11  188 pages , ISBN : 2-7480-0969-X

L’auteure s’économise un sérieux problème en ne qualifiant pas elle-même son livre : Roman ? Rêverie historique? Montage ? Récit? Bref, elle laisse toute liberté à ses lecteurs pour trancher.

Elle a du métier Janine Elkouby : elle entreprend d’entrecroiser trois récits espacés dans le temps, qu’elle relie par un fil conducteur… classique.1 Un enseignant trouve en bibliothèque un récit du XVIIe siècle, de l’année 1650 plus précisément, le journal de Joao, concernant les méfaits de l’Inquisition au Portugal et la fuite au coup par coup de familles qui sentent l’étau se resserrer autour d’elles, éventuellement la mort sur le bûcher - sans garrotage - au bout du programme.

Nous sont offerts au début du livre quelques échos de la vie actuelle de cet enseignant juif strasbourgeois, Jean Legadot,2 et de sa difficulté d’être. C’est peut-être le niveau le moins convaincant, le moins substantiel. Mais une composante actuelle de sa vie est la recherche lancinante de la personne qui, plus de cinquante ans auparavant a dénoncé, à Paris, près du Square Montholon où ils habitaient, ses parents et sa petite sœur Tsipporah, déportés, assassinés et dont il n’arrive pas à faire son deuil. Lui même a tout bêtement échappé car il se trouvait chez un voisin.

Cette recherche nous vaut quelques descriptions hautes en couleur : le concierge, le boulanger, la prostituée, tous anciens voisins et qui auraient pu être les dénonciateurs. Mais rien de probant à retenir contre eux, malgré une suspicion lancinante à l’encontre de ces personnages peu sympathiques.
Jean Carasso

La partie la plus intéressante est la description de la vie de familles traquées à Lisbonne en 1650, puis leur fuite chèrement négociée vers Amsterdam, et leurs aventures maritimes : la tempête bien sûr - on l’attendait…- puis les corsaires, plus vrais et cruels que nature, mais dirigés par un… marrane lui-même, qui fait vivement exécuter le seul prêtre catholique passager du navire partant infiltrer les conversos ayant reconstitué une petite communauté à Rouen. Le chef des corsaires épargne - relativement toutefois car les viols de jeunes femmes sont difficilement évitables - les fuyards dont il comprend les motivations. Il faut même qu’une des jeunes passagères tombe amoureuse de lui, jusqu’à accepter de l’épouser. Il ne manquait plus que cela…

La date de 1650 est judicieusement choisie car elle permet à l’auteure une bonne description du retour difficile des conversos au judaïsme dans une ville tolérante, mentionnant un peu artificiellement Uriel da Costa, mort dix ans auparavant par suicide, le grand rabbin Menasseh ben Israël qui publie cette année-là son texte messianique : “Espérance d’Israël”, et même le jeune Spinoza âgé de dix-huit ans à l’époque…

Un récit “bien ficelé”, un peu boulimique, mais fort agréable à lire.


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