Vivre, aimer, avec Auschwitz au cœur de Sami Dassa

2002 - L’Harmattan. 253 pages.
Je ne vous décrirai pas la souffrance déchirante de Sami, auquel la Choah a pris, assassiné son père et sa mère… il a la rage, Sami. Il faut la lire dans ses propres termes, cette rage, cinquante ans après les faits. C’est l’un des aspects du livre.

Sami est un enfant “multi-caché” si l’on peut s’exprimer ainsi tant il a erré de maison d’enfants en familles d’accueil depuis l’arrestation de sa Salonicienne de mère, à Paris, le 5 novembre 19421 dans la rafle des juifs de nationalité grecque, et sa déportation vers Auschwitz dans le convoi 44 du 9 novembre. Ils habitaient 65 rue Sedaine, adresse emblématique de cette communauté salonicienne, tout comme le reste du parcours décrit dans le livre.

Nous avons eu fréquemment hélas ! dans cette publication (mais quel journal judaïca n’est pas dans le cas ?) l’occasion de rendre compte de livres de déportés en camp d’extermination et par hasard ? par chance ? les deux ? revenus et témoignant de leur martyre.

Il s’agit ici au contraire ici de la souffrance d’un enfant de la seconde génération alors que vient d’être publié un livre sur celle des enfants de la troisième génération.2 On n’en finit jamais avec la Choah !
 
Le père de Sami, volontairement engagé dans l’armée française en 1939-1940, puis démobilisé, avait été raflé le 20 août 1941, avec 4230 autres hommes grecs, français, mais d’autres nationalités aussi, dans le onzième arrondissement de Paris oui, un an avant la rafle du Vel d’Hiv. Le convoi 36, du 23 septembre 1942 l’emmène à Auschwitz où il ne survivra pas plus de deux mois et demi.

D’un milieu fort modeste, Miriam (Angel) la mère de Sami, après la déportation de son mari se trouva immédiatement confrontée à la nécessité d’être aidée, par l’UGIF (Union Générale des Israélites de France, création centralisée voulue par l’Occupant) et d’autres organisations.

Le livre de Sami Dassa peut se lire aussi comme un commentaire “par l’intérieur” de l’action de ces organisations puisque, avec lui-même, ses deux sœurs et son frère en furent des bénéficiaires. En particulier celle dite l’Entraide Temporaire.

Il étudie l’action de ces organisations et n’est pas toujours tendre envers leurs erreurs, s’il reste admiratif et reconnaissant du dévouement de nombre de collaboratrices courageuses.
 
Sami nous démêle les imbrications entre l’UGIF et ses ramifications plus ou moins clandestines, la difficulté pour les acteurs et actrices de naviguer entre ces divers rameaux, parfois aux dépens de la prudence élémentaire.
Il est très dur pour l’UGIF vers la fin de l’occupation allemande3 et l’esprit de “collaboration confiante avec l’Occupant” qui s’y était installé. Et il cite des noms, Sami, la vigueur de sa souffrance récurrente lui interdit les pudeurs “politiquement correctes”.

C’est, sous un autre aspect, le procès des Judenräte en Europe de l’Est, de Gens à Vilna, du grand rabbin Zvi Koretz à Salonique etc.

Quoiqu’il en soit, Sami, son frère et ses deux sœurs - au sujet desquels il s’étend peu, car on aimerait savoir comment eux ont évolué depuis la Libération - se sont tirés vivants, en plus ou moins bon état, de cette tragédie qui les a privés sans raison aucune, et sans sépulture, de leurs parents aimés.

Sinkuenta anyos despues, Sami tuvo menester de desbafar. Melda, i vas a entender deke ! 4

Jean Carasso
 
1 Sami venait d’avoir cinq ans…
 
2 Marianne Rubinstein “Tout le monde n’a pas la chance d’être orphelin”, Éditions Verticales.

3
Michel Laffitte vient de soutenir
le 18 décembre 2002 une thèse sur l’UGIF et autres organisations juives pendant la guerre. Ce texte n’est pas encore publié.
 
4 Cinquante ans après, Sami a senti le besoin d’exhaler. Lisez, et vous comprendrez pourquoi !
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