Revues : Cronica 178 et 179


Cronica 1781

La Communauté juive de Karditsas


La petite communauté de Karditsas, ville de Thessalie située entre Pharsale et Trikala, a connu une histoire brève. Fondée en 1909 peut-on dire par Youdha Kapéta qui vint s'établir dans la bourgade, elle s'étoffa au cours des ans pour compter en 1940, 82 personnes. Cette population se consacrait au commerce, à l'artisanat, à l'industrie textile. Elle ne possédait ni synagogue, ni cimetière, ni rabbin. C'est Yosif Yosif qui, en cas de besoin, était chargé des obligations cultuelles de base en raison de sa culture. Pour les grandes fêtes religieuses, il y avait toujours la possibilité de gagner Trikala.

En 1940, 6 de ses membres furent mobilisés. En septembre 1943 les Allemands demandèrent au maire, Dionysios Koukourikos, une liste des habitants juifs de la commune. Au lieu d'obtempérer, ce dernier, avec l'aide du Secrétaire Général et de l'interprète des Allemands, munit ses concitoyens israélites de faux papiers d'identité. En octobre, la majorité d'entre eux put gagner le village de Mastroyannis (actuel Amarandos) où ils furent hébergés par les habitants.

Au lendemain de la guerre, la situation des Israélites de Karditsas étant des plus mauvaises, une commission en collaboration avec le Conseil Central Israélite leur fournit une aide économique. Avec le Décret Royal 173/10.8.1949, la communauté fut reconnue comme Personne Morale de Droit Public et se vit dotée d'un Président (Léon Mark. Ganis). Mais au fil des ans, son effectif, en raison de l'émigration vers les grands centres urbains grecs, se réduisit considérablement et le CCI et le Ministère de la Culture en déclarèrent la dissolution.

Aujourd'hui, il n'y a plus à Karditsas qu'une seule famille juive celle de Haïm Léon Kapéta.



1 Cronika - Cronica, Revue de judaïsme grec,
Odos Voulis 36   GR 105 57 Athènes
hhkis@hellasnet.gr  www.kis.gr
Mars - avril 2002 
Rafaël Frezis - pp.20-21

Cronica 1792

La Synagogue de Kastoria à Constantinople


Après la prise de Constantinople par les Turcs, il se produisit une émigration juive dans l'ancienne capitale de l'Empire byzantin. Parmi ces immigrants se trouvèrent des Juifs de Kastoria, des Romaniotes de langue grecque qui s'intégrèrent dans l'ensemble de la population hellénophone. Bien sûr, quoique leur nombre ne fût pas particulièrement élevé, ils se groupèrent à Balata et les rues et ruelles qu'ils avaient colonisées prirent, plus tard, bien plus tard, le nom de Las escaleras de la Kasturiya. Le centre de cette petite Kastoria était évidemment la synagogue qui a aujourd'hui disparu mais dont il reste encore le portail d'entrée. Certes, au XVe siècle avec l'arrivée des Sépharades, cette communauté romaniote subit profondément l'influence de l'élément espagnol, mais n'en resta pas moins regroupée autour de sa synagogue. Elle continua à entretenir des liens étroits, économiques et sociaux, avec la communauté de la ville-mère jusqu'à ce que cette dernière disparaisse, balayée par la barbarie de la seconde guerre mondiale. La synagogue de la communauté de Balata fut reconstruite à chaque fois qu'un incendie la détruisait, ce qui était fréquent à Istanbul.3

C'est avec émotion que Th. Papastratis se tourne vers ce passé qui, quoique modeste, fait naître en lui des sentiments nostalgiques. Il recrée en quelques lignes l'atmosphère des ruelles de Balata où le bedeau passait le vendredi en invitant les habitants à remplir leurs devoirs religieux : Alto Sinyores, ya van a dizir Baruh Sema. Et il s'agit d'un destin qui n'est pas exceptionnel : combien de ces petites communautés ont-elles disparu sans laisser d'autres traces qu'un pan de mur ou quelques pierres tombales que le goudron d'un parking risque fort de recouvrir un jour ?


Bernard Pierron


2 Mai - juin 2002 Thrasyvoulos Papastratis pp. 10-11.

3
La dernière reconstruction eut lieu en 1893 (5653 indique le porche d'entrée sur lequel est aussi gravé le nom de Kastoria en caractères hébraïques).  L’année 1937 lui fut fatale : ce fut son dernier incendie. L'endroit fut alors abandonné et la synagogue jamais reconstruite.

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