La Comunità Israelitica de Napoli de Vincenzo Giura

En italien La Communauté juive de Naples - 2002
E.S.I. Via Chiatamone 7 IT 80121 Napoli Fax 39 08 17 64 64 77 108 pages. ISBN : 88-495-0360-1


Vincenzo Giura, professeur d'histoire économique à l'Université Federico II de Naples, évoque l'histoire de la Communauté israélite de cette ville, depuis sa fondation en 1863 jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale, en 1945.

Expulsés au XVIe siècle, les Juifs firent petit à petit retour à Naples vers 1830 mais ce ne fut qu'à l'arrivée de Charles Meyer de Rothschild, en 1832, que la Communauté, d'ailleurs non encore officielle, commença à se développer. En 1842, la Villa Acton fut achetée, qui y devint le centre de la vie juive ; un petit hôpital portant le nom des Rothschild fut également fondé. La communauté fut officiellement constituée en 1863, après l'unité de l'Italie. En 1912, elle comptait environ 600 membres. Les familles Ascarelli, Carpi, Sereni, Del Monte furent de celles qui donnèrent le plus d'essor à la communauté et lui fournirent même des présidents et des conseillers. Plus de 30 juifs furent mobilisés lors de la première guerre mondiale, presque tous en tant qu'officiers vu leur niveau culturel élevé ; deux d'entre eux y périrent dont Lazar Araf, d'origine bulgare.

On sait qu'un vieux commerçant, Uziel Asseo, vivait déjà avant guerre à Naples, comme “protégé” autrichien et qu'il y eut maille à partir avec les autorités, en tant que sujet d'un pays ennemi, mais que l'internement lui fut épargné.

Après l'incendie de Salonique, de nombreux juifs provenant de cette ville se réfugièrent à Naples.

S. Varsano1, a examiné les registres de la communauté et ses données sont intégralement rapportées par le professeur Giura. L'inscription à la communauté n'ayant été rendue obligatoire qu'en 1935, le nombre exact des immigrés orientaux demeure inconnu. Lors de ses recherches, Varsano trouva 55 noms de Saloniciens, mais le nombre total de Sépharades était de 125, en y incluant ceux qui venaient d'Istanbul, de Smyrne, de Sarajevo, de communautés bulgares, de Yanina.
S. Varsano1, a examiné les registres de la communauté et ses données sont intégralement rapportées par le professeur Giura. L'inscription à la communauté n'ayant été rendue obligatoire qu'en 1935, le nombre exact des immigrés orientaux demeure inconnu. Lors de ses recherches, Varsano trouva 55 noms de Saloniciens, mais le nombre total de Sépharades était de 125, en y incluant ceux qui venaient d'Istanbul, de Smyrne, de Sarajevo, de communautés bulgares, de Yanina. Ce groupe, en soi modeste, constitue toutefois un pourcentage élevé des juifs de la communauté de Naples, vu que les natifs d'Italie n'étaient que 166 et les Ashkénazes 40 seulement. Il est possible que le nombre de Sépharades résidant à Naples au début des années 20 ait été plus élevé encore.

Varsano rapporte les noms de certains commerçants bien connus de Salonique : Abrabanel et Naar (café), Modiano (tapis orientaux), Beraha (équipements médicaux et dentaires), Bivash (bonneterie), Gattegno (cravates), Benusiglio (tricots), ainsi que celui d'un médecin très estimé, Moshé Modiano.
 
En 1922, un différend en matière d'impôt ayant éclaté entre le groupe de Salonique et le Conseil de la Communauté, il fut résolu à l'amiable. Une douzaine de Sépharades participèrent d’ailleurs à l'élection du Conseil Directif de la Communauté en 1922.

A partir de 1925-26, une bonne partie du groupe sépharade se transféra petit à petit dans d'autres villes italiennes et étrangères. Au début des années trente, Naples, comme diverses autres communautés italiennes moins importantes, connut une baisse démographique sensible, encore accentuée par l'introduction des lois raciales à partir de 1938. Les registres de la Communauté après la promulgation de ces lois comptaient moins de deux cents juifs, dont une douzaine de Sépharades. Les quatorze déportés et disparus dans les camps d'extermination, furent tous arrêtés loin de Naples dans les localités où ils s'étaient refugiés et avaient été internés.
Parmi les Sépharades, figure David Bivash, né à Salonique en 1892, et arrêté en tant que sujet ressortissant d'un pays ennemi, (peut-être la Grèce) à San Severino Marche où il était interné. Deux enfants, les frères David et Jacques Hasson furent pris l'un à Trieste et l'autre en Grèce. C'est grâce au Préfet Marzano, qui refusa de livrer aux Allemands la liste des juifs de Naples, que les pertes ne furent pas plus importantes. Par la suite, la ville de Naples fut libérée par les troupes alliées. Quand, en 1945, eurent lieu les premières élections de l'après-guerre, les inscrits étaient 135 sur lesquels 84 votèrent.
 
Isaac Papo
 
1 “Ebrei di Salonicco, 1917-1940. Una testimonianza”.
Storia Contemporanea XXIII, 1992.
 
 
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Un témoignage
 
La communauté juive de Naples était en grande majorité sépharade lorsque j’y étais. Les Achkénazes s'étaient vu assigner un petit coin dans la synagogue de rite espagnol, pour leurs prières en yiddish.

L'ensemble de cette communauté n'a jamais dépassé 500 personnes. Les mariages mixtes n'y étaient égalés que par les mariages consanguins.

Ma famille de Naples - les Benusiglio et les Beraha - a été non pas déportée, mais internée, à Orsogna et à Siena, pour cause de nationalité grecque conservée. Ceux d'Orsogna ont été libérés par les Anglais à Ascoli Piceno, dès novembre 43. Ceux de Siena ne l'ont été que six mois plus tard, par les mêmes Anglais.

Ils sont maintenant éparpillés à Naples, Rome, Milan, Turin et Buenos-Aires.

Harry Carasso
 
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