Di ke no es tadre


Collectif - 2002  Chez Matilda Koen Sarano à Jérusalem paz3@zahav.net.il Fax 972 26 51 42 86.
 
Nous qualifions cet enregistrement de “collectif” faute de trouver un meilleur terme. Il résulte d’une efficace collaboration tri-polaire. Un bon compositeur, Avraham Reuveni a mis en musique avec beaucoup d’attention, de sentiment, treize poèmes de Matilda Koen-Sarano1 et les deux ensemble ayant judicieusement choisi trois interprètes talentueux.

Matilda et Avraham ont fait interpréter leurs créations par trois chanteurs très bien choisis, un homme - Yossi Levy - et deux femmes - Idit Rozén, chanteuse d’opéra, et Jill Rogoff - ce qui permet d’attribuer à l’homme les poèmes mettant un homme en scène et aux femmes l’expression de sentiments féminins.2

L’enregistrement est réalisé en studio, parfois un peu assourdi3 et l’on regrette beaucoup de ne rien savoir, par la pochette, de l’accompagnement musical, varié, très étudié, de style et rythme différents pour chaque poème : on dira que l’adéquation poème/musique est très réussie… ce qui n’est pas toujours le cas pour certains enregistrements venant d’Israël.

 
Quant aux textes mêmes, ils sont souvent étonnants de modernisme, de liberté. Ainsi le troisième Ke keres tu ? sur un rythme bienvenu de tango : “Tu me prends, tu me laisses, jamais je ne te comprendrai”. Le quatrième texte est excellent, mis en musique sur un rythme ternaire rapide, bien chanté par Idit, Tiempos modernos, assez osé, ne cachant guère son jeu : “Quand tu passes devant ma maison et que tu me vois prenant le soleil au balcon, combien d’années attendras-tu pour monter et… consommer, puisqu’un jour cela arrivera ? Arrête de fuir s’il te plaît !” Dans le même ordre d’idées, de sentiments plutôt, la n°11 Muntanyas altas est un vrai, beau poème d’amour bien exprimé : “Pour savoir si tu m’aimes, je vais m’envoler jusqu’à toi, au delà de ces montagnes hautes…”.

Le bouquet de violettes (n° 5) chanté par la superbe voix de Yossi Levi est émouvant de réalisme. Mi orasión est une très belle prière classique et, dans le même genre, Ven, Shabat, chantée par Idit Rozen qui montre ici l’étendue de son registre vocal, émeut assurément. La glorification du Shabat fait penser à la création originale de Judy Frankel sur le même thème et un poème de Rita Gabbaï.
La leçon de vie du 14 L’amistad, petit bijou ciselé offert par Yossi, achève le disque sur une note optimiste : “Si tu sais acquérir et conserver un ami, cela vaut mieux qu’or et trésor”.

L’ensemble est frappant par la connivence réussie entre le texte, sa mise en musique et son interprétation par trois vrais artistes convaincants.

Jean Carasso
 
Notes :
1 …laquelle montre ici une brillante facette de son talent multiple. Matilda, nous l’avons maintes fois exprimé, est à la fois la “mère” de Djoha, une femme de théâtre, bonne poétesse, conteuse d’un immense talent… et enseignante de la langue judéo-espagnole.
2 N’est-il pas remarquable et superbe qu’aucun des concernés, sauf Matilda bien sûr, ne soit Sépharade d’origine ? Se rend-on compte, par de pareils exemples -il en est d’autres, nombreux - 
de la force d’attraction de cette langue et de cette culture ? A noter que la prononciation est
irréprochable !
3 Légèrement plus  de réverbération aurait dans certains cas été bienvenue.
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