En tierras ajenas yo me vo murir - Collectif recueilli par Gad Nassi

En judéo-espagnol, et en haketia
“C’est en terre étrangère que je vais mourir” Textes contemporains en judéo-espagnol - 2002. 
Éditions ISIS Semsibey Sokak 10 -Beylerbeyi
81210 Istanbul - Turquie Fax 90 216 321 86 66
isis@turk.net www.theisispress.com ISBN 975-428-226-9 
Petit lexique judéo-espagnol-anglais à la fin.


       Au récent Congrès International sur “Langue et culture sépharades” qui s’est tenu à l’UNESCO à la mi-juin, nombre des résolutions adoptées par les participants exprimaient sous diverses formes cette même idée :

Au delà des polémiques sur le graphisme de la langue, sur son nom même, il est important de publier des textes que les personnes intéressées puissent se procurer et lire pour se familiariser avec l’expression orale et écrite, et à leur tour transmettre.

Le premier article du présent numéro informe sur de telles publications universitaires. Le numéro précédent (LS 43) attirait l’attention sur trois recueils fort divers et écrits dans la langue.

A cette cadence de publications - et La Lettre Sepharade est très loin de connaître et pouvoir commenter tous les textes en judéo-espagnol qui se publient dans le monde! - il devient insolite, voire mensonger d’exprimer, comme on l’entend parfois hélas! “Ah! Si nous disposions de textes à lire et auxiliaires d’enseignement…”. L’argument ne tient pas.

Ce gros “pavé” de 560 pages en grand format que Gad Nassi offre au public confirme et appuie singulièrement ce qui précède.

Il s’agit d’un recueil de textes déjà publiés - ou non - sous les signatures de trente-cinq à quarante auteurs dont les noms sont généralement familiers, celui de Gad Nassi lui-même pour une petite moitié. Dans la plupart des cas, la provenance du texte est indiquée aux côtés de la signature de l’auteur.



Très fréquemment la première publication l’a été dans Aki Yerushalayim, de sorte que ce recueil apparaît comme le fruit d’une collaboration entre Gad Nassi et Moshe Shaul, lequel d’ailleurs introduit l’ouvrage.

S’il y a lieu, et après chaque texte, figurent des explications de mots que le responsable estime moins courants et éventuellement peu compréhensibles. La méthode est excellente pour conserver cette diversité de vocabulaire, voire d’écriture, qui fait toute la richesse, la personnalité des textes. C’est un démenti vivant à l’opinion parfois exprimée - et à laquelle nous nous opposons toujours dans cette publication - selon laquelle on ne peut enseigner cette langue si on ne standardise d’abord son vocabulaire et son graphisme.1

L’iconographie est fort variée : elle comporte nombre de photos, mais aussi des dessins de facture naïve (de neuf auteurs différents) et fort bien venus puisque les textes sont fréquemment des historiettes, des contes.

Quant à la thématique c’est essentiellement celle du conte moralisateur, des parcours initiatiques et des amours improbables, habituels dans toutes les cultures.

La dernière partie du livre rassemble nombre de souvenirs. C’est peut-être la plus émouvante (souvenirs de Bulgarie, de Victor Baruh, repris de Aki Yeryshalayim en 1992) et surtout Roz Kohen Drohobyczer qui vivait encore à Istanbul en 1950 et réside maintenant à Saint-Louis aux États-Unis, laquelle a aussi fourni nombre des illustrations de cet ouvrage. 


       Il faut lire son récit La vava de Varna, son arrière grand mère paternelle (page 550 et sqq) où elle s’essaie à rassembler ses souvenirs de petite enfance. Aussi bien Un paseo de hamam, (pages 453 et sqq) récit bref, ramassé, bien mené, décrivant à la fois l’atmosphère du hammam un vendredi matin, jour habituel pour les femmes juives se préparant au shabat, l’incident du panneau “journée des femmes” retourné par un facétieux - plus diable que demeuré - dans le sens “journée des hommes”, le désordre qui s’ensuivit… puis comment la petite fille qu’elle était à l’époque écouta avec stupéfaction les conseils offerts par les matrones (Sara la preta i Alegra la chapeliera) à une Virginie stérile pour réussir une grossesse…

Mais nous ne “mangerons pas le morceau”, c’est le cas de le dire… Lisez plutôt!

Tout recueil collectif de type anthologie se trouve évidemment confronté à la question des choix, nous l’exprimions récemment à propos d’une anthologie de poésie. Le choix de Gad Nassi est de sa responsabilité, et l’on pourra toujours regretter l’absence de telle ou telle signature, mais nous n’entrerons évidemment pas en polémique, très admiratifs du travail accompli! Quel enseignant désirant familiariser ses étudiants avec la langue commune, la langue de chacun, pourra maintenant se passer de ce livre?

Jean Carasso

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