Shalom Bwana. La saga des Juifs du Congo

2002 Ed. Romillat, Terra Hebraica, Paris 254 pages ISBN 2-87894-052-0

Ce nouveau livre de Moïse Rahmani est comme la seconde face du miroir de celui qu’il publiait il y a plus d’un an chez le même éditeur: “Rhodes, un pan de notre mémoire.”

Alors que le premier retraçait l’histoire et la destruction barbare d’une attachante et ancienne communauté sépharade, celui-ci nous révèle en effet un aspect méconnu de cette histoire sous la forme d’une véritable survie, car une fraction importante des Juifs rodeslis, s’était, de 1910 à 1959 établie au Congo belge, nous livrant le spectacle insolite et dynamique d’une aventure coloniale en pleine période de décolonisation.1
 
Ainsi une petite part du peuple juif de Rhodes aura pu être épargnée par l’obsession destructrice nazie, et l’on conçoit que l’accueil bienveillant des autorités coloniales belges ait incité plusieurs de ses représentants, lors d’un second exil, à choisir comme nouvelle patrie d’accueil la Belgique.



Une belle lettre d’André Chouraqui présente l’ouvrage et, relatant ses propres souvenirs, constate que Moïse Rahmani est le premier écrivain “qui ait jeté les bases d’une histoire des Juifs en Afrique noire.” Cette histoire est réconfortante car elle illustre la permanence de vie dans ce rameau d’un peuple martyr, et les détails de cette vie, au plan culturel, économique, familial et social sont présentés par Rahmani avec une certaine allégresse, avec cette sorte de convivialité qu’on imagine aux réunions d’anciens combattants. Il est vivifiant de constater combien, malgré les difficultés politiques, l’auteur attache d’importance aux bonnes relations nouées entre Rodeslis immigrés et population africaine et nous en montre concrètement le visage.

L’insertion et la vitalité de cette petite communauté nous est décrite en ces termes :

Rarement un si petit nombre d’hommes et de femmes, en un laps de temps aussi court, aura joué un rôle aussi éminent dans un pays de
2 350 000 km2, cinq fois plus étendu que la France.
Une très riche information est fournie sur des destins individuels et familiaux qui certainement intéressera personnellement tous ceux qui ont des rapports de mémoire avec Rhodes. Pour les généalogistes, d’intéressantes listes de familles sont annexées. Outre la bibliographie est publiée la liste des interviews filmées, collectives et individuelles, dont copie est déposée au Musée Juif de Belgique et à la Fondation de la Mémoire Juive contemporaine à Bruxelles, ainsi qu’au Musée de la Diaspora (Beth Hatefutsot) à Tel-Aviv.


Lionel Lévy



NOTES

1 Moïse Rahmani, d’une famille établie en Egypte, émigra en 1959 au Congo Belge et nous raconte avec beaucoup de vie cet épisode familial.

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