Regards externes sur le colloque des 17 et 18 juin 2002


Il nous a semblé intéressant de rapporter ici, parmi les réactions qui nous sont parvenues, celles de trois personnes parfaitement extérieures à notre culture, et qui ont assisté aux travaux du Congrès simplement pour s’informer d’un fait culturel duquel elles étaient étrangères.


Parmi les diverses interventions, toutes de grande tenue, j’ai été impressionnée, interrogée même, par l’intervention de Mme Dora Mancheva à propos du développement d’une base écrite, “académique” à donner au ladino. Je comprends parfaitement les réactions de certains participants, je sais la valeur, les valeurs, des transmissions orales, familiales, mais j’en connais aussi la fragilité. Je ne puis qu’être de l’avis de Mme Mancheva pour la survie du ladino ; parallèlement aux transmissions orales, une grammaire, un lexique, un dictionnaire ne seraient pas de trop;1 des bases académiques universitaires ne peuvent qu’apporter un ancrage de plus pour le futur car, en fait, ce colloque était fait autant pour faire connaître (en particulier au niveau des instances européennes et autres), approfondir une culture, que pour sauver son avenir.

Pour moi, extérieure à cette civilisation, ce colloque fut passionnant, qui m’a permis de pénétrer une culture que je ne connaissais que de nom et de loin. 

Micheline de Guilhermier


1 Notre correspondante est bien intentionnée mais mal informée : nous disposons de nombreux textes, manuels, dictionnaires etc. mais il est toujours nécessaire d’élargir
la palette de ces outils de travail ! NDLR
Ce colloque fut pour le non-sépharade que je suis et donc ne parlant ni ne comprenant même le ladino, une passionnante découverte : celle d’une langue, plus encore : d’une civilisation en péril de disparaître après cinq siècles de diaspora mais qui renaît petit à petit grâce à la volonté  d’un nombre de plus en plus grand de ses représentants.

Ce fut assez extraordinaire de constater que dans une quinzaine de pays, du bassin méditerranéen et des Balkans naturellement, mais aussi d’Amérique du Sud, et des Etats-Unis, cette diaspora retrouve ses origines, ses traditions dans tous les liens qui unissent ses membres, sa culture, sa langue (même si n’a pas évolué partout de façon identique) et que ses représentants, en se retrouvant sous l’égide de l’Europe et de l’UNESCO sont décidés à tout faire pour que cette renaissance se renforce; même si les voies et moyens sont l’objet, et ceci est normal, d’âpres discussions, c’est remarquable et ceci doit être vivement encouragé par tous ceux qui considèrent qu’il ne faut jamais laisser mourir une culture, une forme de civilisation, car il s’agit d’une partie du patrimoine de l’humanité ; et tout commence par la langue… que vive donc le ladino!

Paul de Guilhermier
  La séance inaugurale à l’Unesco, symbole prestigieux de la rencontre des cultures, dès l’ouverture du Colloque, m’a impressionnée par la qualité des personnalités présentes. Ensuite, la salle pleine (et qui devait encore, au fil des heures, se remplir toujours plus…) témoignait de l’intérêt pour cet événement. Cela m’a vraiment marquée. Un vrai bonheur aussi d’entendre, dans un surprenant mélange, du français, de l’espagnol et du judéo-espagnol - très beau mariage - (et sans anglais !). Les interventions (souvent courtes) vivantes, agréables, nombreuses étaient variées et toujours intéressantes.

J’ai apprécié les apports plus populaires, plus pragmatiques du premier jour, le film émouvant en fin de journée et les témoignages, le deuxième jour, de tout ce travail universitaire, immense, tout autour de la Méditerrannée et ailleurs, pour sauver et protéger les richesses d’un civilisation étonnamment riche.

Bien sûr, je me suis aussi laissée entraîner par l’enthousiasme de cette assemblée si fraternellement amicale… Le concert du soir, le mardi, a achevé de créer un vrai climat de fête et de fraternité.

Sœur Jacqueline Le Paih


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