Editorial : Qui l'aurait cru ?



Nous reprenons en effet le titre de notre éditorial du numéro 41, il y a six mois : “Qui l’aurait dit ?” Entretemps, ce grand congrès à l’UNESCO s’est bien déroulé, devant plus de 250 personnes écoutant attentivement des intervenants de treize pays différents.

En pages suivantes sont reportées les résolutions adoptées, liste non-exhaustive de tout ce qu’il serait souhaitable d’entreprendre pour enseigner, répandre et faire mieux connaître notre langue et notre culture, dans un laps de dix ans, puisque c’était la demande formulée par l’UNESCO. Figure aussi la liste des intervenants.

Il est pratiquement impossible de reprendre tout ce qui s’est dit dans les interventions, mais nous nous attarderons un peu sur l’esprit, et aussi sur le non-dit.

Le point important, crucial, à mesure que les derniers natifs des Balkans qui parlent spontanément, familialement la langue, vieillissent, est celui de la transmission familiale directe : c’est un devoir de parler la langue aux plus jeunes. Puis il faut recourir à la transmission indirecte c’est à dire l’enseignement avec tout le matériel nécessaire.


Au titre du non-dit, il est important de noter la décision des organisateurs de n’admettre comme langues de travail que le français et le judéo-espagnol (très incidemment l’espagnol). Il en est découlé qu’il ne s’est pas seulement agi d’une réunion sur la langue, mais d’échanges dans la langue. Et nombre de personnes (c’est le cas d’une intervenante stupéfaite qui l’a avoué à la tribune) se sont découvert la possibilité, l’aptitude à laquelle elles ne croyaient pas elles-mêmes, de comprendre et de parler le judéo-espagnol, langue enfouie, mais non perdue ! Une preuve supplémentaire réside dans la très petite proportion de casques de traduction simultanée sur les oreilles, bien observée depuis la tribune. Quelle satisfaction !

La compréhension réciproque fut d’ailleurs toute simple avec les Espagnols et les hispanophones présents. Pourtant avaient été prohibées toutes les discussions récurrentes sur la prononciation, le système graphique et les variantes de la langue: le judéo-espagnol fut durant deux jours une langue de communication, une lingua franca. Les interlocuteurs se comprenaient sans difficulté, et ceci est particulièrement encourageant !
Les organisateurs n’avaient pas désiré un colloque de personnes ou chacun(e) traiterait de ses travaux et de ses centres d’intérêt, mais un colloque de représentation nationale où chacun(e) est intervenu brièvement (le temps de parole avait été sévèrement limité en fonction du nombre d’intervenants) pour rapporter la situation de notre culture dans son pays, treize pays. La présence du délégué à la culture et au patrimoine du Conseil de l’Europe accentuait cette impression d’universalisme.

Si la première journée fut consacrée à établir l’état des lieux : “Où en sont notre langue et notre culture dans chaque pays concerné ?”, la seconde fut occupée à exposer des projets d’édition livresques, phoniques ou autres, - dont certains sont déjà lancés - des besoins d’enseignants, des vœux de rapprochement, de cohésion, de mise en commun des acquis pour progresser plus efficacement dans le maintien et le renforcement de la langue et de la culture.

La Rédaction
Comments