Los kaminos s’incheron de arena - Antolojia de la poezia sefaradi kontemporeana

En judéo-espagnol, allemand et turc   2002 - Eye Landeck/Tyrol/Autriche
nitsche.g@tirol.com 5e volume dans la collection “Au cœur de l’Europe” 180 pages. ISBN : 3-901735-070


Cette anthologie est curieuse à bien des titres et détone sur les livres reçus couramment. D’abord bien sûr en ce qu’elle est trilingue, mais pas dans le sempiternel triangle : judéo-espagnol/ français/anglais que l’on retrouve fréquemment dans les livrets de disques. Lisez bien : judéo-espagnol (parfois rachi)/ turc/allemand, édité en Autriche, dans une collection “Au cœur de l’Europe”.

Curieuse à un autre titre, car offrant l’occasion à des promoteurs de notre culture d’exprimer - hors poèmes - des vues bienvenues souvent originales, sur la langue elle-même, mais pas seulement.1

L’initiative du travail revient à un professeur de Salzbourg, Armin Eidherr, et à deux citoyens d’Istanbul : Nitsche2 et Schild.

La présentation est très attrayante car, pour différencier les trois versions d’un même poème, l’éditeur a varié la typographie et la couleur de chaque texte, identifiant chaque langue avant lecture même. Pour éviter toutes questions de préséance, les poètes sont proposés dans l’ordre alphabétique.


Une grande et juste place est réservée à Salamon Bicerano dont les poèmes sont d’un classicisme rigoureux. Nous retrouvons aussi Matilde Gini de Barnatan que nous-mêmes publions souvent,3 la foisonnante et polyvalente Matilda Koen-Sarano, Clarisse Nicoïdski bien sûr qui commença à éditer assez tôt après la Choah, Gloria Ascher, Margalit Matitiahu qui elle aussi publie des poèmes depuis 1976, Rita Gabbaï que nous avons souvent accueillie, Lina Kohen Albukrek, la si talentueuse maman de Beki Bardavid. Des hommes : Elie Perahya et Avner Pérez qui montrent une belle sensibilité (voir le très dur Siniza i fumo de ce dernier, mis en musique par Daniel Akiva qui sert de titre au disque gravé en 1997 pour chant et orchestre, en mémoire de la Choah à Salonique), Vitaly Sadacca, inconnu de nous jusqu’ici, David Siman, d’origine achkénaze qui enseigne maintenant le judéo-espagnol à Miami après 37 ans de mariage avec sa chère sépharade Suzika dont il est veuf et à laquelle il consacre ici un poème.

A noter que les responsables de cette édition ont eu à se confronter au problème récurrent que nous avons évoqué dans La Lettre Sépharade 42, numéro spécial : comment, et jusqu’où “lisser” l’orthographe de scripteurs différents pour parvenir à une certaine homogénéité de langue dans un livre ?4
Toute anthologie est un choix bien sûr, et il est plus facile de critiquer que de construire. Nous regrettons toutefois l’absence de Moshe Ha’Elion et de son admirable chanson de geste dont il était possible de publier un extrait : En los kampos de la muerte (cf. LS 37 de mars 2001).

Souhaitons que cet ouvrage se répande en pays turcophone et surtout germanophone où son impact devrait être grand pour illustrer notre culture auprès d’un public la connaissant peu  !

Jean Carasso

1  Les réflexions de Beki Bardavid sont pleine d’humour… et de réalisme, quant à la difficulté de traduire ! Salvador Santa Puche, lui, se réjouit de constater un élargissement thématique et stylistique dans la poésie contemporaine qui vit.
NDLR.

2 Fin illustrateur du volume.

3 Dans la présente édition entre autres. NDLR.

4 Le poème de Margalit Matitiahu par exemple La kaza de mi chikes n’est pas exactement orthographié dans cette anthologie comme dans l’édition originale de 1992.  Mais qu’importe ! Il faut aller de l’avant, publier, recueillir, publier encore ! NDLR.
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