Hijas de Sara

En espagnol (traduit du catalan) 2002 CCG Ediciones C/ Séquia 5, apartado 962 E 17080 Girona
Fax 972 20 05 70 142 pages curbet@intercom.es ISBN : 84-95483-26-2



C'est un défi difficile qu'a choisi de relever Silvia Planas, universitaire espagnole, qui dirige l’Institut d'études juives de Gérone (Catalogne).

Les sept “filles” de Sara - la femme stérile d'Abraham -, dont elle nous propose l'histoire, se veulent emblématiques de la vie juive à Gérone entre le Xe et le XVe siècle.

L'auteur a beau nous annoncer une version romancée de leur vie, et préciser à la fin de chaque chapitre de quels documents réels elle s'est inspirée, ces sept récits restent à mon avis très désincarnés et dénués d'émotion, ce qui rend la lecture de ce petit ouvrage un brin difficile…

Avant de voir ces récits plus en détail, je retiendrai pour ma part :

• la grande perméabilité de la frontière pyrénéenne, les familles vivant à cheval sur Perpignan et Gérone.1

•  le taux croissant de conversions au catholicisme dès 1391,2 soit un siècle avant l'expulsion des juifs d'Espagne en 1492.

Rahel, en 1040, écrivait son nom en caractères hébreux. Le prouve un acte de vente qu'elle signa elle-même, témoignant de son éducation et de son indépendance, en des temps où juifs et chrétiens vivaient en paix.

Bonaffila fut, dans les années 1260, une femme d'affaires. Elle est définie comme “fille de Ravaia”, et non pas épouse ou veuve de… Elle prêtait de l'argent pour son compte et à ses risques propres.



Regina, fille de Bonjuha Cresques, de Gérone, fut promise à 7 ans (en 1320) à Saltell Gracia, de Barcelone. Huit ans plus tard, le mariage fut consommé et, selon la tradition, suivi de sept nuits où la belle-mère dormit entre les jeunes mariés, l'épouse étant considérée comme impure au lendemain de sa défloration. Sous de tels auspices, l'union ne pouvait être que prolifique…

Esther, la rebelle, mariée à David Bonjorn de Barri, un astronome vivant à Perpignan, obligea son mari à demander le divorce (1337). Dans la loi juive, seul l'homme pouvait entamer une telle procédure. Pour parvenir à ses fins, elle subtilisa ses instruments d'astronomie ! Elle était enceinte et parvint de ce fait à préserver l'héritage de son fils Jacob.

Blanca épousa en 1392 Ferere de Moncada. Tous deux étaient convertis : la nuit du 10 août 1391, à Gérone, les Juifs eurent le choix entre le baptême et la mort. Avant cela, Blanca s'appelait Astruga et son mari Cresques. Le mariage entre juifs convertis de fraîche date permettait aux familles de maintenir en secret leur héritage culturel.

Mayrona mourut en 1443 la conscience tranquille : bien que convertie, mère et grand-mère de convertis, et malgré la fermeture de la synagogue, elle fut inhumée à Montjuic dans un linceul, selon la loi juive, et tournée vers la terre d'Israël.

Angelina, fille d'Elionor, veuve et épouse de médecins convertis, n'échappa au bûcher qu'en accusant sa mère de l'avoir forcée à pratiquer en cachette le rite de ses ancêtres. Elionor fut brûlée en 1495. Malgré sa “trahison” sous la torture des inquisiteurs, Angelina fut emprisonnée à Barcelone jusqu'à sa mort.

Sept destins exemplaires, qui nous laissent un peu sur notre faim. En dehors du rappel de noms de familles illustres, et de l'appartenance à des lignées prestigieuses (les Sépharades viennent tous, semble-t-il, de Buenas familias3 !), cet opuscule contient en réalité peu de données sociologiques. Moins que celles qui furent transmises par la mémoire orale aux Judéo-Espagnols, après 1492… voire développées par les historiens du Moyen-âge, où les femmes, on le sait, jouèrent un rôle non négligeable.

Brigitte Peskine

1 La Grande Catalogne historique, pendant des siècles, se répartissait des deux côtés des Pyrénées… NDLR.

2 1391 est l’année des grands massacres qui vit, en morts, exilés et convertis, disparaître la moitié de la population juive d’Espagne. NDLR.

3 C’est précisément le titre d’un roman à caractère historique de Brigitte Peskine, édité chez NIL en 2000.
ISBN 2-84111-168-7
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