L'écriture du judéo-espagnol | ladino



Celui qui entreprend, en ce tout début de XXIe siècle, de publier un petit ouvrage collectif comme celui-ci, se trouve immédiatement confronté à la question : selon quelle orthographe ?

Il est curieux de constater que le question ne se posait pas il y a  soixante ans ou plus, puisque le judéo-espagnol était une langue orale, rarement enseignée, et que celui qui la transcrivait ne s’inquiétait pas d’orthographe, mais simplement d’être compris par son lecteur. Et il l’était… de très nombreux textes publiés entre les deux guerres (cf David Bunis : Voices from Jewish Salonika1) ainsi que nombre de correspondances privées l’attestent.

La question ne s’est donc posée que lorsqu’il s’est agi d’enseigner cette langue, idée plutôt insolite, puisque les enfants l’absorbaient traditionnellement avec le lait de leur mère… et ne se posaient guère de questions sur la qualité et la composition de ce lait  !

La difficulté commence avec l’idée de “normaliser” afin d’écrire des manuels et d’enseigner, et maintenant en caractères latins2, idée louable certes mais qui se heurte à bien des difficultés, dites et non-dites.


Les difficultés explicites, en ce début de siècle - celui du renouveau, n’est-ce pas ? - sont de savoir si l’on adoptera et répandra le graphisme proche de la phonétique : “écrire ce qu’on prononce spontanément” plus ou moins selon le système international, ou celui de l’écriture turque ou espagnole. L’écriture phonétique semble l’emporter, pour des raisons pratiques - la réalité des ordinateurs - et l’avenir tranchera.

Le non dit est de savoir comment seront pris en compte les parlers locaux dont les variantes n’empêchent nullement la compréhension réciproque. Un exemple :

Soit le castillan :

Quien quieres con nosotros por despues de mañana?

(qui veux-tu avec nous après-demain ?) qui s’exprime

Ken keres kon mozos por dospues de amanyana ?
 
à Istanbul,

Kyen kyeres kon mozotros por despues de amanyana  ?


à Salonique et se prononçait

Ken keres kon muzotrus pur dispues di manyana ?

à Sarajevo et peut-être à Belgrade.
Que faire ? C’est une question à laquelle nous ne prétendons pas apporter de réponse et nous avons décidé pour la présente publication de respecter les graphies et les variétés linguistiques des correspondants, nous réservant, avec l’accord des auteurs, de “lisser” les plus criantes anomalies.

Aux lecteurs de juger de la richesse…

Jean Carasso, Mai 2002
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