Revue : Cronica 173

E. Chékimoglou
Χρονικα - Cronica, Revue de judaïsme grec, Mai -Juin 2001 - p.16-17
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Banques et banquiers juifs de Salonique


En 1850 s'ouvrait à Salonique la banque d'Avraam Sabétaï au capital social de 800000 Francs français et dont le chiffre d'affaires atteignit 2.000.000 de FRF. Elle avait des annexes à Janina, Larissa et était en rapport avec Smyrne, Vienne, Gênes, Marseille et Londres. La maison Tiano possédait à la même époque une succursale bancaire à capital social de 150.000 FRF et qui faisait un chiffre d'affaires de 1.500.000 FRF. Ce bureau bénéficiait du soutien des Institutions de crédit et des Maisons de commerce viennoises et du gouvernement autrichien.

La fondation de la Banque Allatini - Modiano et de Fernandes - Mizrahi suivit celle des deux précédents établissements.

Le développement de l'industrie salonicienne - Allatini (minoterie à vapeur, 200 ouvriers), Benvéniste (rizerie), Sidis & Cie (filature, 400 ouvriers) Torès - Mizrahi (filature, 400 ouvriers), Torès & Cie (ateliers de tissage, 120 ouvriers), Allatini (tuileries, 400 ouvriers), Mossé - Fransès (menuiserie, 80 ouvriers), les Frères Kalderon (chaussures, 70 ouvriers) - favorisa le développement du secteur de la banque qui vit fleurir de nouveaux établissements : Banque Hirsch, bureaux Salem, Saül Modiano, Bénouzilio, Avraam Amar, Bensoussan, Lévy Modiano etc.

Mais à compter de 1906 ont lieu les premières faillites. Cette vague touche d'abord le négociant de denrées coloniales Benvéniste dont le principal créancier est Modiano. En 1907 cette vague s'amplifie.


À la veille du retour de la Macédoine au sein de la Grèce deux grandes familles dominent le monde économique et banquier salonicien. Ce sont en premier lieu les Allatini, originaires d'Italie dont les activités couvrent de multiples domaines : exploitation minière, culture et commerce du tabac (Commercial Company Salonica), tissage de la soie, minoteries, tuileries etc. Parallèlement elle finance des travaux d'intérêt public et le développement des écoles de l'Alliance.

En 1909, le contrôle de la banque Allatini passe entre des mains françaises et le siège de l'établissement est transféré à Constantinople. Cependant il existe toujours une succursale à Salonique dirigée par Alfredos Allatini. En 1910 est créé un bureau indépendant qui ouvrira des succursales à Kavala (fermée en 1934), à Athènes et au Pirée (fermées en 1940).

La seconde famille est celle de Saül Modiano qui dispose de biens-fonds considérables estimés à 16.000.000 de FRF.

1911 est une nouvelle année néfaste pour le commerce salonicien. Plusieurs maisons importantes (Moïse Aélion, négoce de pétrole, Joseph Molho, denrées coloniales etc.) sont déclarées en faillite. Les banques juives en subissent immédiatement le contrecoup, en particulier la Banque Modiano qui connaît un “krach” retentissant. La suspension des paiements - les dettes de la banque sont énormes et multiples - puis les négociations afin de les éponger - n'oublions pas l'importance de la fortune immobilière des Modiano- traînent sur plusieurs mois jusqu'à ce que la guerre éclate en 1912.

En cette même année 1911 si difficile pour l'économie salonicienne, l'activité bancaire se poursuit cependant en de très nombreux points de la ville, dans des établissements de petite dimension tels que ceux d'Amar (Stoa Allatini), Mosséri (Banque Union), Lévy & Cie (Syngrou 3), Saltiel - Pinhas (Vénizélou 44) etc.

Il va sans dire que ces nombreuses banques et bureaux jouèrent un rôle important dans la vie de la communauté juive de Salonique. Le grand incendie de 1917 qui détruisit le quartier juif, la reconstruction de la ville, l'émigration en masse à partir de cette époque des israélites saloniciens, mais aussi la concentration des opérations de change au sein de la Banque de Grèce et la dévaluation de la drachme (1928, 1932) portèrent un coup fatal aux petits établissements qui n'étaient plus de force à lutter dans un monde en pleine évolution.

Bernard Pierron
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