Musique : La roza enflorese



Edith Saint-Mard









Voici la naissance d’un nouveau groupe musical dont tous les partenaires viennent du répertoire classique et qui offrent ici une manière de recomposition musicale à partir du folklore traditionnel.

On constate dans la première pièce, Morena me yaman une sorte de petite mise en scène, une voix haute, beaucoup de réverbération mais un plaisant accompagnement discret et un rythme curieusement lent que l’on retrouvera partout, et qui confère à l’interprétation un caractère sérieux, voire dramatique, pas toujours adéquat.

La seconde plage très connue, Puntcha puntcha met en valeur l’étendue de la voix d’Edith ; l’accompagnement piccàto est sophistiqué, distingué et le morceau se termine en chœur crescendo. Dommage qu’à la fin la réverbération soit presque insupportable !

La suivante, Los gayos empesan a kantar est théâtrale par l’écho démesuré. L’accélération de la flûte et l’accompagnement de la fin sont réussis. La cinquième plage, Dos amantes tengo la mi mama est bien mis en scène par le duo d’Edith avec son complice Michaël. Mais le battage de la fin est plutôt mal venu.

La célèbre Notches notches - bien que dans les aigus la réverbération soit déplaisante - est d’une très agréable interprétation, la voix a capella bienvenue, la corde en basse continue est superbe. La suivante - El rey de Fransya - est interprétée en duo depuis le départ, ce qui est une bonne idée, puis vient une partie récitée, très bien présentée, racontant le rêve, reprise en chœur avec instruments. La chute est très belle, en decrescendo.
La célèbre Nani nani est dans ce disque notre chanson préférée. C’est ici que le rythme uniformément lent imposé partout convient le mieux. La berceuse est émouvante, amère, la mise en scène est réussie, le morceau de flûte sur basse continue est très beau  C’est un bijou de réinterprétation personnelle à partir d’une berceuse célèbre…

La neuvième plage pour instruments seuls s’entend comme une sorte d’improvisation mélancolique et typée. El duque de Gandia ?
Kuando el rey Nimrod
est d’une exécution un peu lente, sur une longue introduction orchestrale. Ici aussi la réverbération est pénible sur certains aigus.

Il est agréable de trouver plusieurs strophes (six d’ailleurs alors que la première ligne nous en promet sept…) de cette amusante Komida de berendjena que l’on vit comme si l’on était en cuisine avec toutes ces voisines de kurtijo !

La dernière, qui offre son titre au disque : La roza enflorese bénéficie d’une introduction instrumentale sophistiquée. Le duo final est bien plaisant, ramenant au calme, à la sérénité.

Edith et ses collègues ont étudié, l’accent est généralement bon. Pour chaque chanson interprétée les instruments sont indiqués, ainsi que leur provenance. Les noms des instrumentistes sont en regard. Quelques petites inadvertances dans le livret en trois langues - ce qui est rare et précieux - auraient mérité plus d’attention, justement à cause de la bonne qualité générale de l’ensemble. Bon début pour un nouveau groupe !
Jean Carasso
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