Musique, El Kante de una vida - Isaac Levy

Double CD diffusé par Autoridad Nasionala del Ladino, BP 2310, Jérusalem 91022 - Israël. Fax 972 26 25 97 91

Tous les spécialistes, les initiés - mais pas nécessairement le grand public - savent qu’Isaac Levy a consacré l’intégralité de sa courte vie (1919-1977) à la musique.

Venu à trois ans en Israël avec ses parents, il a étudié la musique au plus haut niveau, en Israël et aux États-Unis et a lui même composé sur des versets de la Bible et des textes de poètes juifs médiévaux.

Puis, en charge de l’émission judéo-espagnole de Kol Israel dès 1955, il dirigea à partir de 1963 la section musicale de cette radio.

Pendant quatorze ans il recueillit et publia en 14 volumes tout le trésor de cette musique.

D’où l’immense collection réunie à Kol Israël. Tous les interprètes actuels de ce folklore ont nécessairement eu recours à cette immense collection. On sait moins que - fort exigeant vis à vis de lui-même bien que doué d’une voix excellente - Isaac ne chanta jamais en public.

Les deux présents CD recueillent ses propres interprétations vocales - ainsi que quelques-unes de ses proches - plus ou moins confidentielles, accompagnées par des musiciens différents, dont parfois l’orchestre de Kol Israel

Le premier concerne trente chansons profanes, extraites de ses recueils “Chants Judéo-Espagnols” 1959-1973, le second quinze chants liturgiques extraits de Antologia de la Liturgia Judeo-Española 1965-1980 ainsi que dix-huit berceuses.
Haïm Tsur a passé une année a reprendre toutes les bandes sonores, les “nettoyer” (les enregistrements, souvent d’amateurs, étaient anciens) mais l’incomparable matériel réuni en valait la peine.


fournit à chaque fois les textes et cite les musiciens concernés (à la voix, le plus fréquemment Isaac Levy, à l’accompagnement souvent Moris Saporta, ou parfois un orchestre).

En tout plus d’une soixantaine d’interprétations. Il faut les écouter avec les oreilles de Chimène, c’est-à-dire avec l’indulgence des convaincus. Enregistrées il y a longtemps en monophonie sur cassettes, elles manquent évidemment de profondeur, de puissance vocale alors qu’on sent très bien qu’Isaac maîtrise tout cela, est capable de phrasés, de passion contenue ici, éclatante là, bref d’une exécution beaucoup plus riche et l’ensemble, enregistré vingt ou trente ans plus tard en studio et stéréophonie aurait été un chef d’œuvre ! Mais la culture musicale et la technique maîtrisées sont évidentes.

On ne saurait commenter toutes les chansons, bien que toutes soient intéressantes à entendre.

Au passage parmi celles qui ont retenu l’attention :
 
L’osée Noches noches, n° 3, en partie chantée, en partie finement sifflée est représentative de ces qualités. La n° 4, Dos amantes, est entraînante, joyeuse et rend bien la vivacité du texte.

Toutes les interprétations avec l’orchestre de Kol Israël en accompagnement (11, 17, 19, 20, 21 etc) ont bénéficié d’une meilleure qualité d’enregistrement.

Les dernières du recueil sont souvent interprétées par Kohava Levy, l’épouse d’Isaac, et la dernière est chantée en duo par Isaac et sa fille Yasmin.1 Le second disque comprend pour moitié des chants liturgiques et pour moitié des berceuses (du moins sur le papier, on va le voir…).
Et là, on change d’époque semble-t-il, sautant techniquement trente ou cinquante ans, pour un homme qui n’en a vécu que moins de soixante.

L’interprétation des chants liturgiques met bien en valeur sa voix de ténor, l’accompagnement, soit au piano soit à l’orchestre, probablement de synagogue, offre une sonorité claire.

Le 3 et le 4 sont de très beaux Lecha Dodi et Yigdal Elohim Chay, le 9 Ein Kelohenu est une sorte de lied classique très bien accompagné au piano entraînant, le 12 montre beaucoup de souffle maîtrisé par une bonne technique. Du bon travail.
 
La 15 Teniya yo, non pas en hébreu mais en judéo-espagnol cette fois est une interprétation personnelle, entraînante de la fameuse chanson cumulative traditionnelle : El kavretiko/ke lo merko mi padre

Les suivantes ne sont berceuses que sur le papier du livret. Ce sont des mélodies enlevées, modernes, enjouées, spirituelles, faisant penser à Éric Satie dans la 16 Don Amadi par exemple : ce n’est pas un mince compliment… La 17 est accompagnée par un orchestre conséquent, la 18  l’est à la harpe, la 19 est une chanson d’amour… mais rien qui berce vraiment là-dedans !

Les 22, 23, 24 sont des chansons judéo-espagnoles du répertoire.
Bref, une intéressante œuvre pie, de référence.

Jean Carasso
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