Smyrne 1922 Entre le Feu, le glaive et l’eau, les épreuves d’un médecin arménien - Dora Sakayan

2000 L’Harmattan - Paris 127 pages - ISBN 2-7475-0046-2

Avec sa thèse soutenue en Sorbonne et son livre “Les juifs de Smyrne” Henri Nahum est devenu le spécialiste de cette ville. Il nous commente :


       La prise de Smyrne par les troupes de Mustafa Kemal le 9 septembre 1922 à l’issue de la guerre gréco-turque, les exactions qui l’ont accompagnée vis-à-vis de la population grecque et arménienne, l’incendie de la ville, ont fait l’objet de nombreux livres et articles de journaux depuis 80 ans.

L’ouvrage de Dora Sakayan a le très grand intérêt d’être un témoignage écrit quelques jours à peine après les événements. L’auteure en effet a retrouvé le journal de son grand-père, Garabed Hatcherian, médecin arménien qui, après avoir servi dans l’armée ottomane pendant la Grande Guerre, s’était installé à Smyrne après sa démobilisation. Jour après jour, dans un style sobre, sans la moindre emphase, clinique pourrait-on dire, Hatcherian décrit la déroute de l’armée grecque, l’afflux des réfugiés dans la ville, la panique de la population chrétienne, les meurtres, les viols, les pillages et enfin l’embrasement de la ville sous les yeux des équipages des navires alliés ancrés au port. Il apporte des preuves du fait que l’incendie a été délibérément allumé par les Turcs dans le quartier arménien.


Il ne nie pas les responsabilités grecques : absence d’information de la population, fuite des dirigeants abandonnant les chrétiens à leur sort, exactions de l’armée grecque contre la population turque, incendie par les turcs en retraite des villes de l’intérieur.
Hatchérian condamne l’indifférence des militaires alliés, décidés à une stricte neutralité et assistant impassibles aux événements.1

Il est très peu question des juifs dans l’ouvrage. Deux points intéressants néanmoins, corroborés par les témoignages des contemporains. Sur instruction du gouvernement de Mustafa Kemal, les maisons juives sont marquées de l’inscription Musevi (juif) pour leur éviter le pillage. La presse juive se réjouit de la victoire kemaliste.

Finalement, Garabed Hatcherian réussit à prendre place avec sa famille sur un navire américain. Il est accueilli dans l’île grecque de Mytilène où il réside quelques mois avant de s’établir à Salonique où naît Dora Sakayan.

Henri Nahum



      Je me permets de signaler trois ouvrages aux lecteurs de la Lettre Sépharade intéressés par la question :

• Le livre de Marjorie Housepian Dobkin est incontournable :
Smyrna 1922. The destruction of a city.
Kent Ohio; and London England.
The Kent University Press, dernière édition 1988.

• Le roman d’Elia Kazan raconte les faits fidèlement et avec talent : Au delà de la Mer Égée
Paris Grasset 1994

• Le livre de Michaël Llewellyn Smith 
est un ouvrage historique qui expose en détail la politique grecque des années 1919 - 1922, l’occupation de Smyrne, la guerre gréco-turque et les conséquences en Grèce de la victoire turque.
Jonian vision. Greece in Asia minor 1919-1922
London, Hurst and Company, édition de 1998.

Enfin, dans les Archives de l’Alliance Israélite Universelle, les lettres du directeur de l’école de Smyrne, Israël Benaroya, racontent jour après jour les événements et leurs conséquences sur la communauté juive.

Par ailleurs, un lecteur peut-il me dire comment me procurer l’ouvrage auquel se réfère Dora Sakayan :
Our Smyrna and outlying cities.
New York. The US Smyrna Association, 1980?

Henri Nahum
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