Muestra lingua : Regina Kamhi & Jakov Papo Sačuvano od zaborova Usmena bavština sarajevskih Sefarda

En croate et judéo-espagnol. 2000 Préserver de l’oubli le patrimoine oral des Sépharades de Sarajevo. 
Communauté israélite de Zagreb. Publié avec l’aide financière du JOINT  - ISBN 953-96836-5-3.

Regina Kamhi est une réfugiée de la dernière guerre de Yougoslavie, qui a trouvé refuge dans la maison de personnes âgées de la Communauté Israélite de Zagreb.

Toujours active, elle a publié l’an dernier - en collaboration avec Jakov Papo - un petit livre dédié à la mémoire des Sépharades de Bosnie, et qui comporte un vocabulaire de base traduit en croate, des proverbes, des expressions consacrées, des sobriquets etc. de sa ville natale de Sarajevo.


       L’introduction de Julija Kos décrit très rapidement l’ancienneté de l’implantation juive en Bosnie, puis tout de suite les auteurs proposent un glossaire dont nous offrons plus loin quelques exemples.

Notre propos, en commentant ce livre, est exactement dans la ligne de ce que nous exposons dans l’éditorial en première page :

Faire connaître des travaux qui, sans une recension dans notre publication qui circule partout dans le monde, passeraient complètement inaperçus, aussi importants soient-ils.

œuvre de mémoire d’une communauté qui a tant souffert, ce livre est important à un autre titre : il est rédigé dans la langue parlée à Sarajevo, dans cette orthographe si particulière un peu déroutante pour les lecteurs d’Istanbul, Smyrne, Salonique etc qui s’habituent peu à peu à la graphie de Aki Yerushalayim, en voie d’être acceptée un peu partout dans le monde, celle très proche de l’expression phonétique, imprégnée de la graphie turque moderne adoptée au second quart du XXe siècle.1

Avançons dans la lecture, et dans l’ordre même des pages du livre :

Vocabulaire d’abord : au lieu d’indiquer en second la version en croate, nous proposerons celle en judéo-espagnol classique :
• alguvzika = algujika
• amustradu = amostrado
• arimatadu = arematado
• binadan = benadam
• bindivcu = benditcho
• bindisjonis = bendisyones
• vcadir = tchadir
• dimazija = demasiya
• dizmazalozu = desmazalozo
• iskarinju = eskarinyo
• kazaminteru = kazamyento
• padrui miju = padre miyo etc
(mais d’autres graphismes et prononciations sont communs : sintir, salir, suvrina, vizina etc.).



• Quelques vœux et salutations :
Kun bjen ki ti amaneska = que tu te réveilles “en forme”.
Skapadura di todu mal = la fin de tout le mal.
El ki si aripjenta = qu’il se repente.
Mi seas mazaloza i bjendivcoza = que tu me sois chanceuse et bénie.

• Quelques compliments :
Hinozu i limju = soigneux et propre.
Non es haragan = il n’est pas paresseux.

• Quelques injures aussi :
Sos maldivcu di todos = tu es maudit de tous.
Il guerku ti jevi = que le diable t’emporte.

• Quelques proverbes :
(37) De los mijos keru dizir, non keru sintir.
(83) La kamiza es mas serka ki el palto.
(105) Di la kaveza fjedi il pevsi.
(106) Londvzi di ovzus, londvzi di korasón.
(143) plus curieux celui-là (“Si vient le bien, pour le bien qu’il vienne”) Si vjeni il bjen, para bjen ki venga.


Les sœurs Lévi (Ester, épouse Kamhi  
née en 1878 et Rifka, épouse Papo 
née en 1886) portant 
le fameux “tukado”.


(145) Por bjen de los Dvzudijos (Dvzidjós), ke seja.
on retrouve ici les deux formes : djudiyos et djidyos.

et sous une écriture qui nous est plus familière :
(157) Trokar kazal, trokar mazal

Les auteurs citent plus loin les patronymes les plus fréquents en Bosnie, que nous reproduisons ci-dessous :

Abinun, Albahan, Altarac, Atijas, Alkalaj, Baruh, Daniti, Finci, Gaon, Kabiljo, Kajon, (Hajon), Kalderon, Kamhi, Katan, Konforti, Levi, Montijo, Maestro, Ovadija, Pardo, Pesah, Pinto, Papo, Romano.

Trois pages concernent les sobriquets de personnes ayant réellement existé, habitude destinée entre autres à éviter les ambiguités entre homonymes fréquents de nom et de prénom :

Mami il pulidu s’appliquait à un Altarac, toujours élégant avec fleur à la boutonnière, tandis que Samuel la kupeta2 caractérisait un certain Melahi gardien d’une banque et Mami lindu le beau marchand Avram Levi.3
… et les diminutifs classiques :
Salamon : Moni, Sami
Daniel = Danko, Dani
Avram = Mami
Haim = Hajmaci
Joseph = Juso, Josko
Sabetaj = Sabi

Suivent quelques textes de chansons les plus classiquement interprétées, qui se retrouvent fréquemment sur toute l’aire de la culture judéo-espagnole :
Ah! Tu sus una Roza,
Arvoles joran por luvjas,
Sekretos kero deskuvrir
Jo no tengo la dolsura

Non, Regina Kamhi, nous n’oublierons pas la Communauté de Sarajevo.

Jean Carasso

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