La aljama judía de Monzón “La Olvidada” - F.A. Lascorz-Arcas

En espagnol 2001 La communauté juive de Monzon, l’oubliée éditeur Certeza Parque 41
E 50007 Saragosse Tél. 976 27 29 07 Fax 976 25 18 80 certeza@certeza.com 218 pages
isbn 84-88269-61-7

Le présent ouvrage, sous son apparence d’une étude d’aljama très localisée, entraîne en vérité beaucoup plus loin et ouvre des perspectives sur tout l’Aragon, et la Navarre proche au nord, sur nombre de siècles.

Monzón est une petite ville située à une centaine de kilomètres au nord nord-est de Saragosse, et à tout moment F.A. Lascorz nous recadre son histoire dans l’ensemble aragonais, comparant telles et telles aljamas à diverses époques.

Curieusement, l’aljama de Monzón semble ne pas avoir trop souffert ni du passage des Pastoureaux destructeurs en 1320, ni des “vengeances” de chrétiens au moment de la Peste noire de 1348, ni des persécutions de 1391. Au contraire, la bourgade vécut une belle période économique au XVe siècle jusqu’à l’arrivée de l’Inquisition1 vers 1483 puis l’expulsion finale.

L’auteur rappelle que cette commune fut administrée par les musulmans de 714 à 1089. Par la suite, après la Reconquête, les périodes sereines et conflictuelles se succéderont, mais jamais les juifs n’y connaîtront l’enfermement dans un quartier déterminé.

Dès 1260, juifs et musulmans sont contraints d’écouter des sermons susceptibles de les mener à la conversion. Les juifs, comme partout sur le territoire, “appartiennent” au roi qui leur confie parfois des postes de confiance que la noblesse s’efforce à l’occasion de leur reprendre.


L’auteur a navigué avec une grande attention dans les archives publiées, étudie les textes, les recoupe, les rapproche, qui font apparaître en fin de XIIIe siècle une riche vie locale. L’âge d’or s’achèvera pourtant bientôt.

En 1306 arrivent des juifs expulsés de France. Dès 1328 certaines communautés de Navarre sont gravement affectées par des massacres. En 1340 déjà, le pape Benoît XII demande au roi Pedro IV de séparer les habitations et quartiers des juifs et non-juifs… ce qui n’a pas de suite.

Les mouvements anti-juifs au moment de la peste de 1348 affectent beaucoup Saragosse où 20 % seulement de la population visée survivra au massacre. Au contraire, les juifs de Monzon trouvent asile au château.

En 1397, un rôle des impôts atteste 360 juifs dans la ville dont des Gatenyo, Almusnino, Çaporta, Frances. Pourtant les conversions se poursuivent, mais moins à Monzón qu’ailleurs bien que la pression soit forte. Fréquemment les hommes franchissent le pas, les épouses, non, qui assureront parfois la transmission du judaïsme.

En fin du XVe siècle, l’auteur, citant ses sources, établit qu’il n’est de famille aristocratique dans la région exempte de sang juif, à commencer par l’ascendance de Fernand d’Aragon.2


Puis il explique très bien les problèmes, pour l’Inquisition arrivée en 1483, de la cohabitation entre juifs, crypto-juifs restés fidèles à leur foi ancestrale, convertis sincères, et indifférents à la question.3  L’Inquisition trouve quelques informateurs juifs… dont nous tairons les noms, mais que l’auteur cite! Pour elle, le crime capital est le prosélytisme juif auprès de convertis.

Lors de l’expulsion, il restait environ 400 juifs à Monzón, environ le quart de la population. Quelques 1500 juifs du lieu et des aljamas environnantes se seront embarqués à Tarragone. On note quelques retours après conversion dans les années suivantes. Dès 1585 la survivance du judaïsme se sent à Monzón. Non sans risques…

L’auteur fournit pour terminer une liste de 133 noms de juifs de la ville, sur laquelle une dizaine seulement se maintiendront jusqu’à nos jours. Preuve que les noms changeaient lors de la conversion et de l’exil!

Un passionnant petit ouvrage! Difficile maintenant de prétendre “Monzon l’oubliée”!

 Jean Carasso
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