Judíos en la literatura española (1)

Jacob M. Hassan & Ricardo Izquierdo Benito (éditeurs)

Judíos en la literatura española 


Les deux livres analysés ci-dessous montrent combien, après des années, (des siècles ?) de somnolence… l’Université espagnole en général, et certaines en particulier, ont entrepris des études très sérieuses sur notre culture, et combien les juifs sont indissociables de la culture ibérique...

...et pourtant, personne n’a encore proposé de travail d’enseignant, du moins en Espagne, à Salvador Santa Puche, signataire du présent article,
docteur es-lettres diplômé de judéo-espagnol…


La présence des juifs dans la littérature espagnole, aussi bien comme auteurs que comme thème littéraire, est un des champs les moins connus et étudiés de la critique espagnole contemporaine. Il fallait y prêter plus d’attention et pour cela l’université de Castilla-La Mancha lui a dédié son traditionnel cours de septembre à Tolède pour mieux faire connaître cette présence juive dans la culture espagnole.2

Le présent livre est la publication des actes et des conférences.

Constatons que les juifs ont été présents dès le début même de la littérature espagnole. Fernando Díaz Esteban étudie la poésie primitive espagnole et toute relation avec les juifs. Nous pouvons remarquer sa complète dissertation sur les jarchas, les premiers témoignages poétiques du lyrisme espagnol desquels les poètes sont juifs ; la présence des juifs dans le vieux Poema de Mio Cid, dans Gonzalo de Berceo et les cantigas du roi Alphonse X.

La bien connue professeur Paloma Diaz Mas consacre une intéressante et fort savante contribution à la poésie juive proprement médiévale :
elle étudie avec grande érudition les quatre poèmes qui en ont été conservés :
le plus connu Proverbios morales du rabbi Sem Tob ibn Ardutiel ; les Coplas de Yoçef, qui racontent l’histoire biblique de Joseph ; le Pecado original, poème redécouvert par I. Hassán ; la Lamentación del alma ante la muerteet enfin, Ay, Iherusalem, poème d’un auteur chrétien, mais qui offre des points communs avec la poésie juive.

Le professeur Angel Gómez Moreno dédie un intéressant chapitre aux prosateurs juifs et conversos : il prête attention aux Bibles, livres de controverses et apologies, livres de sciences et œuvres de caractère humaniste. 
Il faut noter l’importance des juifs et des conversos (la plupart de ces derniers, d’un fort caractère anti-juif). L’étude se clôt par une annexe sur le cycle du poète Marquis de Santillana.3

Julio Rodriguez Puertolas étudie la présence des juifs et conversos dans les Cancioneros, recopilations de poésies sur une grande variété de thèmes. Il centre son étude sur les problèmes de l’antijudaïsme à l’époque des rois Trastamare, Enrique II et Juan I et la termine avec le royaume des Rois Catholiques.

Le théâtre aussi est présent. Miguel Angel Pérez Priego consacre sa conférence à une étude fine de la Bible, du théâtre du Moyen-âge et de la Renaissance. Une des points du plus vif intérêt est une polémique avec des études antérieures, dans la conférence du prof. Francisco Marcos Marin sur le livre le plus important de la fin du Moyen-âge, La Celestina du célèbre converso Fernando de Rojas. Marcos Marin étudie les communautés de l’univers de La Celestina, le monde des personnages Calixto et Melibea, en montrant une possible interprétation judaïque.

L’expulsion de 1492 arrive et dès lors les juifs n’habitent plus la littérature espagnole que comme thème littéraire. C’est ainsi que Felipe B. Pedraza Jiménez étudie la présence des juifs dans le théâtre du XVIIe siècle. Il rappelle la conclusion d’Americo Castro selon laquelle Lope de Vega fut la voix des Vieux Chrétiens et conteste cette affirmation. L’auteur montre la vision antijudaïque des grands hommes du Siècle d’Or espagnol.

De la même façon, Jesus Antonio Cid étudie l’antijudaïsme dans la prose du XVIIe, où l’on observe la déformation de la figure juive et toutes ses implications dans la vie culturelle.

Joaquin álvarez Barrientos conduit sa conférence sur la création littéraire du XVIIIe siècle, l’âge de l’Ilustration et du Romantisme. à cette époque va naître le célèbre concept du “juif-maçon-libéral”, une notion née dans les classes qui vont identifier progressisme et judaïsme.

C’est le début du chemin qui conduit au concept du XIXe siècle, où va apparaître bientôt après, le “juif-maçon-communiste”, selon l’étude de Pura Fernández, qui présente les diverses visions du juif chez les auteurs de ce XXe siècle.

Il faut attendre l’œuvre de Benito Pérez Galdós, l’écrivain le plus important du Réalisme espagnol, pour voir le début d’humanisation de cette figure et une vision du juif plus réaliste et non influencée par l’antijudaïsme de l’Eglise catholique. 
José Schraibman nous parle des principaux romans de Galdós pour nous montrer un écrivain plus humaniste et moral.

José Carlos Mainer étudie la littérature espagnole de la première partie du XXe siècle, analysant l’antisémitisme d’auteurs comme Pío Baroja, mais aussi le cas de Rafael Cansinos-Assens, cet écrivain espagnol qui fut captivé par le monde du judaïsme, sa légende et ses espérances ; ainsi que la vie de deux écrivains juifs espagnols : Max Aub et Máximo José Kahn.

José Manuel Pedrosa montre dans un intéressante étude la vision des juifs dans la littérature traditionelle espagnole, en étudie le lexique, les refrains, les chants populaires… il faut noter l’importance de cette étude, car elle montre la vision classique au sein de la culture populaire.

Enfin, Uriel Macías Kapón, spécialiste de la bibliographie juive en Espagne, propose une liste complète1 des livres sur la thématique juive.

Le livre se referme par l’explication du prof. I. Hassán, exposant les buts du cycle de cours et son déroulement. Sa vision panoramique est remarquable qui met l’accent sur les points les plus significatifs de cet enseignement.

Nous devons remarquer, un fois de plus, la nécessité de mieux connaître l’influence des juifs dans la littérature espagnole dans toutes ses dimensions, aussi bien comme thème, que comme auteurs, ainsi que la vision, bien des fois déformée, que ce thème a laissé parmi les Espagnols.

A noter aussi la nécessité de montrer le “phénomène sépharade” comme un nouveau thème dans la littérature contemporaine et l’impression que, même aujourd’hui, il suscite de plus en plus d’intérêt chez certains Espagnols.

Les actes de cet enseignement sont très remarquables et constituent une publication convenable, mais seulement pour le monde académique espagnol. Il en va hélas très différemment de l’homme de la rue. Mais c’est à nous d’agir, en espérant que ce ne sera que le premier pas d’une longue marche.

Salvatore Santa Puche

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