Judíos en la España contemporánea (1)

Uriel Macias Kapon, Yolanda Moreno Koch & Ricardo Izquierdo Benito  (éditeurs)

Judíos en la España contemporánea1


Les textes recueillis par Uriel Macias Kapon, Yolanda Moreno Koch et Ricardo Izquierdo Benito, se composent de quatre parties avec une introduction (L'hébraïsme inspirateur des idées critiques du XXe siècle) de Reyes Mate et une conclusion de Eduardo Subirats (La réforme de la mémoire historique en Espagne).

La première partie (Visions) contient trois articles : dans le premier, Isidro Gonzalez Garcia trace le parcours de la question hébraïque dans le contexte des luttes politiques entre libéraux et conservateurs intégristes dans une Espagne sans juifs. De toute façon, jusqu'aux voyages du Docteur Pulido dans les Balkans, le sépharadisme reste totalement inconnu en Espagne.

Dans son article, Uriel Macias traite des premières retrouvailles entre l'Espagne et les populations juives lors de la première campagne du Maroc (1858-59) ; les chroniqueurs de l'époque, parmi lesquels l'écrivain et auteur dramatique Pedro de Alarcon, conservent le ton traditionnel de l'antijudaïsme espagnol médiéval. Rares sont les correspondants objectifs. Macias souligne le fait que même à une époque postérieure, la communauté juive hispanophone du Maroc n'a pas suscité en Espagne l'intérêt dont ont été l'objet les Sépharades turco-balkaniques.

Le dernier article de la première partie, celui de Jose Schraibman concerne les écrivains de la génération dite “de 98”, libéraux, Galdos, ou antisémites, Baroja, qui se sont occupés de ce thème.

La seconde partie (Diachroniques) fait le point sur l'état juridique de la question juive de 1802 aux accords de 1992 avec les différentes confessions religieuses (José Manuel Perez Prendes), le travail de Cesar Vidal sur l'antisémitisme dans l'Espagne contemporaine de 1919 à nos  jours, un bref mémoire de José Luis Lacave sur les spécialistes de langue et de culture juive (J. Amador de los Rios, J. M. Millas Vallicrosa, F. Cantera Burgos, D. Gonzalo Maeso, P. Pascual Recuero, D. Romano, etc.). Le dernier travail de cette partie (Carlos Carrete Parrondo) a pour thème “Les juifs dans l'historiographie espagnole : Absences et Disputes”.
Dans la troisième partie, (Histoire), Uriel Macias analyse brièvement certains aspects des premières phases du rapprochement des juifs avec l'Espagne au XIXe siècle : Berndt Rother souligne la différence entre philosépharadisme – qui n'exclut pas à priori la possibilité d'un antijudaisme foncier – et philosémitisme. Le philosépharadisme prend en Espagne un caractère strictement culturel, c'est-à-dire d'une récupération et d'une incorporation à la culture du pays d'origine, d'un groupe d'Espagnols de religion juive qui s'en étaient éloignés depuis un certain temps. Une campagne dans le même sens mais mue par des sentiments opposés fut entreprise tant par les libéraux et les progressistes principalement philo-juifs (Moret, Canalejas, Galdos, Ramon y Cajal, Cansinos Assens, A. Pulido et beaucoup d'autres) que par les conservateurs, les nationalistes, les réactionnaires et aussi les fascistes, antisémites déclarés, (J.M. Ortega, F. Gomez Jordana, Foxà, Doussinague, E. Gimenez Caballero). C'est dans cette ambiguïté que fut promulgué par M. Primo de Rivera le Décret Royal de décembre 1924, qui accordait la nationalité espagnole aux Sépharades sans même les mentionner spécifiquement.

Par la suite, Arno Lustiger rend compte de la participation des juifs à la guerre antifasciste en 1936-38, dans les Brigades Internationales. Le Professeur Marquina (L'Espagne de Franco et les juifs) reprend certains des thèmes qu'il avait déjà traités dans son livre publié en 1988,en soulignant le fait que l'action du gouvernement espagnol de l'époque n'a  pas empêché, comme il l'aurait peut-être pu, l'extermination de milliers de Sépharades. Toutefois, sur ce point demeurent encore de nos jours des lacunes dans l'historiographie et des interprétations qui ne sont pas concordantes. C'est ainsi qu'à la fin de la section historique, J.A. Lisbona consacre un long chapitre au difficile cheminement des relations diplomatiques entre l’Espagne et Israël. La dernière partie (“Intrahistoria”) concerne la contribution juive à la culture espagnole du XXe siècle (J.I. Garzon), les juifs dans le protectorat espagnol du Maroc de 1940 à 1956 (J.B. Vilar) et l'origine, le développement et la vie actuelle de la communauté juive de Barcelone (J. Vandor). Il reste cependant dans l'histoire de la communauté de Barcelone un grand vide entre le début de la guerre civile et la reconnaissance des communautés juives par les autorités espagnoles. 


Le cours, dans son ensemble affronte le thème difficile des rapports entre l'Espagne contemporaine et le monde juif, thème dans lequel abondent les ambiguïtés, les contradictions et les stéréotypes transmis à travers les siècles sans aucune tentative de critique. Pour ce qui est des Sépharades, il souligne un manque de connaissance réciproque qui n'a duré que trop longtemps. Le cours note également le changement progressif du climat des relations entre juifs et Espagnols, favorisé par le travail fécond de nombreux spécialistes dans divers domaines (histoire, philologie, sociologie etc). Le volume, dont la rédaction a été dirigée par Uriel Macias, Yolanda Moreno Koch et Ricardo Izquierdo Benito fournit une contribution valable à l'approfondissement d'un sujet controversé dans ses différents aspects et suggère la nécessité de démentir des lieux communs qui persistent encore dans le public et pas seulement dans l'esprit des gens incultes.

Isaac Papo
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