Biographisches Lexikon der Hamburger Sefarden(1)

Michael Studemund-Halévy

Biographisches Lexikon der Hamburger Sefarden(1)


Nous avons maintes fois dans cette publication, rendu hommage aux efforts méritoires de Michaël Halévy pour fixer par écrit la mémoire en voie de disparition des Sépharades de Hambourg, lesquels furent nombreux et importants dans les migrations depuis le Portugal, dès le XVIe siècle.

Les recherches ont porté sur des sources écrites bien entendu, mais aussi sur un relevé soigneux, considérable, des pierres tombales des deux cimetières juifs de Hambourg, curieusement préservés par le nazisme, contrairement à celui de Salonique par exemple, intégralement détruit par l’action conjuguée des pouvoirs publics grecs et de l’occupant nazi.

La liste des personnes et institutions que l’auteur remercie en avant-propos est édifiante en elle-même, tant elle est étendue à travers l’espace. Il a su mobiliser des informateurs du Portugal comme d’Allemagne, d’Israël comme de France, montrant combien le sérieux de sa démarche a été reconnu partout.

L’étude historique préalable débute avec l’arrivée, au XVIIe siècle des premiers crypto-juifs du Portugal, désireux de revenir à leur foi juive.
Officiellement catholiques à leur arrivée, parlant portugais, ils se sont rapidement trouvés en butte aux “inquisitions” rabbinique et luthérienne. Ce phénomène s’est reproduit partout où ces crypto-juifs sont arrivés, et on le note aussi à Salonique - rabbinique seulement bien entendu et non luthérienne dans ce cas ! Et de là à évoquer la notion espagnole de “pureté de sang” il n’y a qu’un pas…














L’auteur nous renseigne aussi sur l’équilibre entre l’espagnol et le portugais, de même que sur celui entre Sépharades, Tudescos proprement dit et Achkénazes dans la ville à cette époque : en 1652, l’ensemble constitue une population de 1212 juifs.

Au XVIIIe siècle, les départs s’accentuent vers Curaçao, les Barbades, Saint Thomas, Nevis etc. De sorte que, le XIXe siècle écoulé, il reste en 1926 à Hambourg 27 familles juives seulement, mais dont le rayonnement de certaines est grand ! Entre 1933 et 1938, des Cassuto, Sealtiel, Pardo, Luria, Jessurun quittent la ville, transitant généralement par le Portugal.

L’auteur rapporte pieusement le sort de ceux qui sont restés, exterminés à Birkenau, quelquefois ayant transité par Theresienstadt.

Toutes ces informations sont reprises dans un superbe relevé chronologique de onze pages depuis 1492 jusqu’à l’an 2000.

Parmi les recoupements effectués dans les sources, est particulièrement édifiante la liste des double noms portés au XVIIe siècle par des familles à deux faces : une juive et une chrétienne. Par exemple, Abraham Cohen connu aussi comme Antonio Lopes Pinto ou Jacob Coronel nommé dans d’autres milieux Gonçalo Lopes Coutinho, Daniel Abensur devenant Paulo de Milao etc. L’auteur s’efforce d’illustrer des regroupements familiaux lorsqu’il le peut à propos des noms relevés sur des tombes du deuxième cimetière (celui de la Königstrasse, utilisé de 1611 à 1878).
On est ébahi par l’étude statistique comparative des langues utilisées sur les inscriptions tombales : portugais, espagnol, hébreu…, des lieux de naissance des défunts à travers le monde entier, y compris relevés dans les cimetières de Salonique, de Curaçao, des Barbades par exemple, et de Hambourg même, bien sûr ! de la fréquence statistique des versets bibliques gravés dans la pierre, de la vision de l’art funéraire entreprise déjà pour un ouvrage précédent…2

Page 155 débute l’annuaire proprement dit des noms cités par ordre alphabétique, commençant par les Abarbanel, et indiquant, outre les renseignements propres à chaque défunt, l’emplacement de la tombe dans le cimetière considéré.

Chaque notice comprend l’inscription tombale dans sa langue originale et tout ce que l’auteur a pu recouper concernant le défunt et sa proche famille dans toutes les autres sources consultées : c’est ainsi que certaines notices excèdent une ou deux pages entières !

Les noms les plus fréquemment cités sont Abensur (14 pages), Aboab (45 pages) Benveniste (5 pages), des Coronel dès 1617, Fonseca (20 pages) Israël (28 pages) Jessurun (30 pages), Luria (10 pages), Nahmias sous quelques variantes orthographiques, le plus souvent sans “h” (36 pages), 7 pages de Sealtiel et 25 de Senior. 3

Comme ce bref article le laisse entendre, le présent ouvrage s’apparente plus à une véritable encyclopédie qu’à un simple dictionnaire-répertoire des noms et notre admiration est grande !

Jean Carasso
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