Sépharades et juifs d’ailleurs - Gérard Silvain

2001 - Editions Adam Biro 
28 rue de Sévigné - 75004 Paris Fax 01 44 59 87 17 - edi.biro@wanadoo.fr
545 pages. Bon glossaire, index des lieux, des personnes, orientations bibliographiques.

Autant le faire savoir dès le début : ce gros et beau livre est insupportablement insidieux : on croit pouvoir l’ouvrir et feuilleter quelques pages, regarder quelques images d’une ville qui retient l’intérêt… admirer nonchalamment le costume de ces Saloniciennes dont on vantait la beauté… et l’on est piégé. Il faut aller au bout, ce que l’on fait avec un plaisir et un intérêt qui, heureusement, ne se démentent pas. Comptez trois heures de voyage…

Nous avions exprimé dans la LS 30 de juin 1999 toute l’admiration que nous portions à la persévérance, à la suite dans les idées de Gérard Silvain lequel, après avoir publié en 1980 les reproductions d’un millier de cartes postales sous le titre “Images et traditions juives” avait en 1999 repris et réordonnancé différemment les cartes qu’il collectionne depuis plus de trente-cinq ans, dans un somptueux “Yiddishland”.

Le seul énoncé de ce titre nous laissait espérer, gourmands, et pour bientôt, une sorte de “Séphardland” ou quelque chose de semblable!

Voici que Gérard Silvain, ayant réfléchi à la meilleure manière d’utiliser son immense collection de cartes postales (un deuxième volume “Séphardland”, puis un troisième “Les autres” ?), a tranché en faveur d’une solution groupée qui lui offre plus de latitude pour différencier et relier à la fois, ne serait-ce qu’au Maghreb, les diverses cultures juives se chevauchant, s’interpénétrant. Et l’on ne peut qu’approuver ce choix.


     Trois introductions successives, signées des meilleurs spécialistes, définissent clairement les concepts, les territoires, les cultures en cause.

Très brièvement Gérard Silvain définit les univers culturels du judaïsme : le Yiddishland d’Europe de l’Est, l’univers sépharade attaché à son origine et à sa langue d’Espagne, l’espace arabe défini par une tradition historique, et “les Juifs d’ailleurs”, inclassables parce que trop diversifiés.

 Alors qu’Henry Méchoulan, en six pages, dans un élégant survol de l’itinéraire sépharade d’abord espagnol puis diasporique, focalise sur Salonique, Fès et Amsterdam, Jacques Taïeb propose un “Regard sur les judéo-arabes” se demandant en quoi l’arabe est aussi une langue juive. Puis Henry Méchoulan expose “Les juifs d’ailleurs”.

Les trois planisphères successives, très claires, sont édifiantes et la troisième en particulier rend éclatante l’absurdité d’appeler “sépharade” tout ce qui n’est pas achkénaze, comme s’obstine encore de nos jours à l’imposer le Grand Rabbinat bicéphale d’Israël.


      A partir de là, commence la lecture agréable d’une véritable encyclopédie aléatoire, c’est à dire que sans en avoir l’impression scolaire ni méthodique, on ne cesse d’enrichir ses connaissances dans d’innombrables domaines : l’onomastique, l’origine des patronymes3, le vêtement, les synagogues4 les cimetières, les métiers artisanaux bien entendu (du moins ceux qu’une carte postale peut illustrer : plus de ferblantiers et d’épiciers que de médecins… et pourtant !), l’Inquisition, les conversos, les personnages célèbres : Crémieux et l’intégration, Max Régis, Drumont et l’antisémitisme à Oran et Alger en 1897/1898 etc…5

Le chapitre consacré à la culture, la musique, le sport, aux grandes familles, aux mécènes (Osiris, Sassoon, Montefiore entre autres) est plus gratifiant à feuilleter !

Réalisation de grande qualité, superbe cadeau à (s’) offrir, au même titre que le précédent “Yiddishland”.

Jean Carasso

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