Movimientos migratorios e expulsiones en la diaspora occidental

Terceros encuentros judaicos de tudela 14 - 17 de julio de 1998
2000
Troisièmes rencontres judaïques de Tudèle du 14 - 17 juillet 1998  Mouvements migratoires et expulsions dans la diaspora occidentale.
Firmin Miranda Garcia, édition de Universidad Publica de Navarra Pamplona.

Sous ce titre un peu mystérieux il s’agit d’un volume très riche de quatorze communications portant sur les juifs d’Espagne, du Portugal, du Maroc et de Sicile par des maîtres éminents au cours des rencontres de Tudela, en Navarre.

Juan Carrasco Perez traite de Las primeras migraciones judias en el Reino o de Navarra (1076-1328) et rend compte de l’extraordinaire mobilité de nos juifs, en particulier sur les étapes du chemin de Saint Jacques; Eleazar Gutwirth avec El exilio en primera persona : Shem Tov de Tudela de Navarra y su historia nous fait découvrir un récit de voyage à la fois autobiographique mais aussi de louange envers Dieu qui sauve le héros de tous les périls, Carlos Carrete Parrondo avec Sefarad 1492 ? una expulsion anunciada ? se pose des questions sur la position des juifs et des conversos au moment de la publication de l’édit de 1492, Javier Castano dans Traumas individuales en un mundo trastornado, nous raconte el exodo mediterraneo de R Yehudah b Yaacob Hayyat; Francisca Garcia-Casar étudie Tensiones internas de las aljamas castellanas; Alisa Meyuhas Ginio pose un problème : la opcion desaprovechada : Alonso de Cartagena y su obra; Maurice Kriegel traite de histoire sociale et des ragots sur l’ascendance juive de Ferdinand le Catholique et nous raconte la genèse de cette légende; Yolanda Moreno Koch traite, elle, d’un sujet assez neuf : La Mujer Sefardi en Marruecos despues de la expulsion de 1492. Elle choisit d’étudier la communauté de Fes ou de nombreux juifs espagnols vinrent s’établir après 1492. Elle décrit la rapide adaptation de ces nouveaux venus, les megorashim, sous la houlette de leurs rabbins en particulier Abraham ben Selomoh de Torrutiel et à travers ses œuvres, Sefer ha Quabbalah et Sefer ha Taqqanot qui reprennent et précisent les dispositions antérieurement adoptées en 1432 à Valladolid. Ces règles et usages portent en particulier sur les successions et le statut de la femme. Pour le mariage, à la formule simplifiée et rapide du Talmud, Ba batra 48 b, qui se contentait d’un anneau d’or offert par le fiancé à sa promise devant deux témoins, les taqqanot de Fes, devant les nombreux problèmes soulevés, ordonnent d’obtenir le consentement public de la future épouse devant 10 adultes et un haham (rabbin) ou savant de la ville, de rédiger une ketoubah qui sera signée par les époux le jour du mariage (une ketoubah nouvelle sur parchemin et pas une ancienne sur laquelle on a effacé les noms).



      Le texte doit comporter toutes les obligations du fiancé et être lu aussi en public. Dans la deuxième partie, écrite en hébreu et qui fait suite à la partie en araméen, on indiquera tous les accords particuliers pris par les époux en conformité avec les usages de leur communauté ou de leur ville. A Fes c’est à compter de la date du mariage que commençait la communauté de biens. Dans une autre taqqanot le problème du levirat est réglé d’une manière ingénieuse : lorsqu’un mari sans descendance est sur le point de mourir, les rabbins suggèrent qu’il accorde le get ou divorce à l’épouse afin d’éviter l’obligation de mariage avec le frère…

Dans cet article on prend conscience de la minutie de ces textes qui règlent une quantité de problèmes de statut civil de la femme d’une facon très moderne. Moïse Orfali s’attache lui à l’historiographie d’Imanuel Aboab (Porto 1455- Jérusalem 1628) et étudie ainsi les expulsions de Castille et du Portugal; Angel Sesma Munoz rend compte de La sociedad aragonesa y sus relaciones con la comunidad hebrea en visperas de la expulsion, José Hinojosa Montalvo dans son article Migraciones, viajes y desplazamientos de los judios en tierras valencianas nous apporte une riche documentation sur les juifs du Royaume de Valence, assez mal connus. On sait que dès le 1er siècle il y a avait des juifs dans cette région, grâce aux fouilles d’Alcudia de Elche en 1905 mais ensuite sous la domination musulmane on perd pratiquement leurs traces. C’est à partir du règne de Jacques 1er que l’on voit la petite communauté d’une centaine de personnes grossir grâce aux apports d’abord des régions voisines Aragon et Catalogne mais aussi de Marseille, d’Alger, d’Oran, de Tlemcen et de France. Ces juifs obtiennent le privilège de “chevaucher librement” (c’est-à-dire de circuler) dans le royaume à condition de porter sur leur vêtement la rouelle. Cette liberté va bien entendu favoriser le commerce avec les pays voisins et en particulier les Iles Baléares qui servent de pont entre la Péninsule et l’Afrique du Nord. Des voyageurs qui commercent avec Tlemcen ou Oran c’est presque habituel… Maria Jose Ferro-Tavares nous donne des indications sur O edito de expulsao e a dispora dos cristiaos novos : o exemplo do bispado de Porto. Ariel Toaff s’occupe de L’expulsione degli ebrei dalla Sicilia nel 1492 et enfin Giacommo Todeschini présente Credito localizzato, finanza internazionale e dispora degli ezberi fra XIV e XV secolo.


       Voici donc un très bel ouvrage de 210 pages qui fournira au lecteur une masse d’informations aussi précises que précieuses mais qui exprime surtout pour nous le renouveau des études juives dans les universités espagnoles portugaises et italiennes. Tudela qui fut une communauté si brillante continue ainsi par delà les siècles d’oubli à vivre, puisqu’elle accueille et publie ces chercheurs et leurs travaux.

 Charles Leselbaum

Comments