Jewish community of Salonika 1943 - Aure Recanati

En anglais. 2000  La Communauté juive de Salonique en 1943.
Publication d’Abraham Cohen,  Erez Publishing - POB 35053 Jérusalem.
535 pages.
Ce livre est basé sur le dépouillement et l’étude des microfilms du Mémorial de l’Holocauste à Washington.

La question qui revient le plus fréquemment dans le courrier des lecteurs, depuis les débuts de notre publication, formulée de façons diverses, est la lancinante :

“Comment puis-je savoir quelque chose de ma famille déportée de Salonique ?”

ou encore :

“Existe-t-il un travail sur les Juifs de Grèce durant la Choah, comme celui de Serge Klarsfeld sur la déportation des Juifs de France ?”

Et notre réponse hélas! était toujours négative. Parmi ces interlocuteurs, Aure Recanati était plusieurs fois réapparue, affinant sa question :

“Comment, où, chercher quelque réponse à cette question ?”

Dans les cas de grand scepticisme devant notre réponse, ou d’insistance de l’interlocuteur, nous proposions finalement de poser la question à Serge Klarsfeld lui-même qui, bien entendu, confirmait. C’est la réponse qu’il fit en privé, devant nous, à Aure en juillet 1997, au Congrès Mondial de Généalogie Juive qui se tenait cette année-là à Paris.

Puis, très bientôt après, sur une réponse forte, déterminée, superbe de panache :

“Puisque personne ne l’a fait, je le ferai…” nous nous rencontrâmes à nouveau avec Aure pour tenter d’identifier quelques pistes de recherche.

Depuis, elle n’a cessé de courir, de Yad Vashem au Mémorial de Washington, sans oublier diverses archives en France et les registres des entrées à Auschwitz.

Le résultat est enfin là, qu’Aure présente avec modestie, expliquant qu’il ne s’agit que d’une édition de travail et qu’elle l’améliorera, la complétera à mesure que lui parviendront des informations par les premiers lecteurs.



En effet, dans cette première édition, utilisant les microfilms des documents déposés au Mémorial de l’Holocauste à Washington, Aure a retrouvé les noms de 25 % environ des déportés avec quelques informations complémentaires (4119 familles).

La base de travail est le dépouillement des fiches très complètes que les occupants allemands ont fait remplir par les Juifs de Salonique au début de mars 1943 dans le but évident d’être mieux à même de spolier aisément leurs biens.

Autrement dit, en amont d’Auschwitz comme sur place dans les plus odieuse besognes, l’organisation germanique a fait œuvrer avec minutie les victimes elles-mêmes à leur propre spoliation puis à leur assassinat.

Voici pourquoi il est urgent que vous lisiez ce livre et aidiez à le compléter.

Il s’agit vraiment d’une œuvre pie, et Aure explique très bien le propos :  passer d’une vision statistique, froide, anonyme : “tant de dizaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants vivant en Grèce ont été déportés, à 95 % ou 96 % sans retour…”, vers une vision personnalisée, à dimension humaine :

• de ce David Cuenca, identifié comme né en 1907, nous savons qu’il est le fils de Salomon, qu’il est marié avec Irène (?… le nom de naissance des femmes n’est jamais mentionné), qu’il conditionne des parfums rue Vassili Giorgiou, qu’il applique sa signature en grec sur sa fiche (d’autres le font en solitreo, certains en français, d’autres, illettrés, appliquent le pouce) et qu’il habitait Velissariou 4.

• qui était-elle cette Luna Mayo, née en 1897, veuve de Jacob, avec une fille Sterina (Esther) et qui habitait Odysseos 27 ?

• qui était-il, ce David Chaim (transcription du grec, généralement orthographié Haïm), né en 1920 à Salonique, tout de suite tatoué 116387 sur le bras en arrivant à Auschwitz, domicilié Synikismos 6, n° 17, employé de magasin, de nationalité grecque, fils de Gabriel et de Regina Kamhi, arrêté le 12 avril 43 et arrivé à Auschwitz le 18 avril ?



Souvenons-nous toujours que seuls étaient immatriculés, donc tatoués en arrivant à Auschwitz celles et ceux que les Allemands estimaient aptes au travail. Les autres - dont tous les enfants bien sûr - ont perdu leur identité dès que poussés dans les wagons à bestiaux de la déportation, avant de trouver la mort sur leur chemin.

Et ce Jacob Stroumsa, né en 1913, fils d’Avram, marié à Nora, électricien au service de la Com-munauté juive, qui signe sa fiche en grec, demeurant Euvzonon 152, qui était-il ?

Ah! mais celui-là enfin, nous le connaissons bien : c’est notre ami cher Jacques qui a raconté son itinéraire dans un livre publié en maintes langues : “Tu choisiras la vie - Violoniste à Auschwitz”. Nous lui souhaitons de vivre 120 ans en bonne santé!

D’une certaine manière, ce livre indispensable rétablit un peu d’épaisseur humaine à ces morts - si peu de survivants -, leur restitue un minimum d’identité, d’unicité. Car ils étaient uniques, chacun, pour les leurs et non pas seulement des numéros, comme au camp!

Jean Carasso

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