The last Kabbalist of Lisbon - Richard Zimler

en anglais
2000 “Le dernier kabbaliste de Lisbonne” - The Overlook Press - Peter Mayers Publishers, Inc.
Lewis Hollow Road - Woodstock,  NY 12498 USA 
318 pages - www.overlookpress.com
Encore une fois en cette occasion, nous constatons qu’un roman,  fut-il policier comme celui-ci, apporte autant d’informations historiques qu’une étude…

Le rôle du Portugal dans le triste exil des Séphardim n'est pas un sujet bien connu.1 Suite au décret d'expulsion de 1492 des Souverains de Castille et d'Aragon, des dizaines de milliers de juifs espagnols se rendirent au Portugal où l'Inquisition n'était pas encore installée. Ils payèrent une somme importante au Roi du Portugal pour obtenir le droit d'entrer dans le pays. Mais le cauchemar conversion/Inquisition se propagera bientôt de l'Espagne au Portugal.

Richard Zimler situe cette œuvre de fiction et roman policier à cette époque. Zimler, un Américain vivant au Portugal depuis une dizaine d'années, est professeur de journalisme à l'Université de Porto. Le contexte du roman fournit au lecteur des informations sur l'exil des Sépharades qui n'est peut-être pas assez bien connu, et sur celui de la vie au Portugal au début du XVIe siècle.

Le Roi Manuel Ier est considéré comme un des grands souverains du Portugal. Il a régné pendant la période où le Portugal dominait les routes commerciales, enrichissant le pays plus que jamais. Une présence juive existait déjà au Portugal au moment où ce pays était devenu chrétien. Quant à la contribution juive au développement du pays aux XVe et XVIe siècles, elle fut considérable et peut-être même inestimable. Les juifs étaient considérés comme d'utiles citoyens par le roi, en tant que cartographes préparant les cartes des explorateurs ou en tant que médecins ou banquiers soutenant politiquement et financièrement les grandes explorations du Portugal. Quand Ferdinand et Isabelle d'Espagne proposèrent leur fille en mariage au Roi Manuel, ils exigèrent l'expulsion des juifs vivant dans le pays. Ayant d'abord donné son accord et ordonné l'expulsion des juifs du Portugal en 1496, Manuel Ier revint sur sa décision et opta pour une approche différente. Il estimait en effet inconcevable de perdre des citoyens si utiles et l’exemple de l’Espagne voisine, appauvrie par de tels départs, ne manquait pas de le frapper.



    En 1497, il ferma donc les frontières du Portugal aux juifs et ordonna que ces derniers soient tous convertis au catholicisme, leur donnant vingt ans pour renoncer à leurs coutumes juives. La plupart des juifs se convertirent tandis qu'un certain nombre tuèrent leurs enfants et se suicidèrent pour éviter d’en passer par là.

Le lecteur se retrouve à cette terrible époque par le biais de la découverte dans l'Istanbul d'aujourd'hui d'un manuscrit écrit en 1530 par Berekiah Zarko. Ce nouveau chrétien, Berekiah Zarko s'était enfui de Lisbonne pour se rendre à Constantinople où il était redevenu juif. Zarko se sent obligé de raconter l'histoire du meurtre de son oncle, Abraham Zarko - un kabbaliste renommé - pendant le terrible pogrome de Lisbonne.

Zimler nous plonge dans le monde des nouveaux-chrétiens de Lisbonne, chrétiens en dehors mais juifs à l'intérieur et parfois même ouvertement juifs. C'est un monde d'interactions complexes entre chrétiens, musulmans et juifs où la convivencia n'a plus cours. Nous sommes transportés dans un monde où le prêtre célèbre Pesah, où le rabbin vend du tissu et soutient moralement le clergé catholique et où les nobles cachent leur judaïsme discrètement mais avec détermination. L'ambiance que Zimler décrit est réaliste et tendue, électrique. Des Dominicains furent les leaders du pogrome de 1506 à Lisbonne contre les nouveaux-chrétiens au cours duquel des milliers de personnes furent probablement tuées et brûlées. Au moment du pogrome, le roi ne contrôlait pas la ville de Lisbonne et son trône semblait menacé.

C'est au milieu de cette tourmente que Berekiah retrouve son saint oncle, tué, et dans une position compromettante, dans le sous-sol de sa maison où se trouvaient une synagogue et un logement dans lequel son oncle écrivait des manuscrits en hébreu. Il ne tarde pas à apprendre que cet oncle appartenait à un groupe faisant sortir clandestinement des textes hébreux d'Espagne pour les envoyer à Salonique ou Constantinople. Son but était de les soustraire à la mainmise des chrétiens et à leur destruction possible. 


Au cours de son enquête, Berekiah soupçonne que le meurtre du saint homme a pu être l'œuvre d'un nouveau-chrétien. L'intrigue est intense et les images peintes sont parfois macabres.

La lecture de ce roman permet de mieux comprendre plusieurs points. Tout d'abord, une conversion forcée, non approuvée par l'Église mais cependant valide n'était pas suffisante pour détourner les juifs de leur culte et des coutumes juives. Ceci nous conduit aussi à mieux réaliser comment ces nouveaux-chrétiens, hors de la Péninsule ibérique, fondèrent des communautés basées sur la Halacha, à Amsterdam et Hambourg par exemple. De plus, il est utile de remarquer que la terreur dans laquelle vivaient ces crypto-juifs rendait leur existence impossible. Alors que beaucoup de convertis acceptèrent leur nouvelle religion et restèrent, beaucoup aussi, influencés par la haine des vieux-chrétiens et le manque d'espoir de revenir au judaïsme, cherchèrent de nouvelles terres où ils pourraient vivre comme leurs ancêtres avaient vécu.

Le roman policier de Zimler pendant Pesah  1506 nous fait côtoyer des représentants de toutes les couches de la société portugaise du début du XVIe siècle et observer leurs interactions. Bien que quelques descriptions du livre soient désagréables à lire, ce roman offre au lecteur une peinture lucide d'un moment critique de l'histoire juive ibérique.

Robert Nussenblatt2

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