Revues : Cronica 161, 165, 166, 167


 Cronica 161

Dans le numéro 161 (mai - juin 99), Bernard Pierron qui l’étudie pour nous comme d’habitude, s’est penché sur deux travaux intéressants concernant les communautés juives de Grèce aujourd’hui disparues, l’un sur Chio1et l’autre sur Trikala.

L’article sur les Juifs de Trikala est extrait d’un ouvrage de Maroula Kliafa intitulé “Trikala : de Seifulah à Tsitsanis”. Il ne s’agit pas à vrai dire d’une rétrospective historique mais simplement de quelques “flashes” qui relatent certains événements municipaux dans lesquels les juifs ont joué un rôle. Malgré son côté fragmentaire, cet article recrée l’atmosphère de cette ville de province dans laquelle, jusqu’à la seconde guerre mondiale, la communauté juive a été bien représentée et a tenu sa place politique et sociale. Ainsi, en 1911, en raison des rixes survenues entre les deux groupes musicaux la “Firlamoniki” et la “Mandolinata” on en oublia de financer “l’unique école israélite en Grèce”en construction à l’époque et qui serait restée inachevée si le conseil municipal ne s’était repris et n’avait octroyé à la communauté les fonds nécessaires pour achever le bâtiment. En 1912, le vote d’une loi au Parlement entraîna une nouvelle agitation au sein de la population de Trikala. Le maire, Kanoutas, fit à l’occasion un discours soulignant les “disparités” de peuplement de la ville, en opposant les “indigènes” hellénophones aux autres “races” dont la langue, les mœurs sont spécifiques tels que les Bulgarophones, Albanophones et Juifs. Certains représentants de ces minorités protestèrent de se voir ainsi privés de leur appartenance à la nation grecque à laquelle ils étaient très attachés. En 1919 c’est la section sioniste de Trikala, fort active, qui organisa deux conférences, l’une à la synagogue et l’autre à l’Association Commerciale. En 1925 dans le journal “Tharros” le député de Trikala, Panayotis Karalis fustige “la nation juive qui, supportant péniblement la prédominance de la religion chrétienne a conservé cachée au fond de son âme une haine sauvage… Les juifs sont les ennemis du commerce grec, de la nation grecque, de la République de Grèce”. Ces accusations qui sont de vieux clichés usés s’enrichissent en plus de l’assimilation des juifs aux communistes, leitmotiv qui connaîtra un grand succès jusqu’à la seconde guerre mondiale. Elles sont le signe d’un antisémitisme - disons d’une inimitié anti-juive - qui couve dans la population chrétienne. Cependant en 1940 la progression de l’armée grecque vers Korytsa où elle battit l’armée italienne, remet du baume au cœur des citoyens grecs toutes confessions confondues et crée un semblant d’unité au cœur de la population composite de Trikala puisque, à la collecte qui a lieu le 6 novembre les israélites offrirent 22000 drachmes tandis que trois père de famille firent don de leurs alliances…

 Cronica 165 2

Cet article aborde pêle-mêle l'histoire des différentes communautés des Iles Ioniennes qui sont en effet étroitement liées les unes aux autres. Il souligne en particulier l'inimitié de la population chrétienne à laquelle les Juifs insulaires durent faire face au cours de leur histoire.

A Céphalonie les israélites s'installèrent d'abord dans l'ancienne capitale (jusqu'en 1757) le “Château de Saint-Georges” - To Kastro tou Ayiou Yéoryou -. Un quartier de cette ville s'appelle aujourd'hui le ghetto. Il semble que les juifs se soient installés à Céphalonie sous la domination vénitienne, en provenance de Crète, de Corfou et de Zante. Mais ils ne prospérèrent guère. A Argostoli existait le Coin des Juifs - Kantouni ton Ovraione -, rebaptisé par la suite le Kantouni tou Samolaki et enfin, après la disparition de la communauté, le Kantouni tou Samikou. Les maisons étaient petites. Leur rez-de-chaussée ou leur sous-sol était occupé par des ateliers. L'épicerie de Samikou qui a donné son nom au quartier faisait face à la “Synagogue des Juifs” qui fut détruite il y a une cinquantaine d'année par un violent séisme. Il arrivait que la plèbe d'Argostoli envahisse ce quartier insalubre, animée d'intentions hostiles en scandant des refrains sans signification que la tradition nous a conservés. Les juifs qui possédaient leur cimetière en dehors de la ville, furent toujours peu nombreux, pauvres et paisibles. Cette minorité qui faisait l'objet du mépris du reste de la population comprenait essentiellement des colporteurs et des ferblantiers. Cependant durant la seconde moitié du XIXe siècle est publié un journal progressiste, la Sfika, qui n'hésite pas à fustiger les antisémites de l'île et en particulier une notabilité du nom de Dimos Valsamitis. Panayotis Panas, le propriétaire de cette publication, écrit le 2 novembre 1874 un article sur le cimetière juif qui se trouve dans un état d'abandon lamentable, article qu'il conclut par ces mots : “Messieurs, le mépris vis-à-vis des vivants [les juifs] suffit. Respectons au moins les morts… !”. Au commencement du XIXe siècle on comptait 130 juifs à Argostoli. Le 3 février 1823 le gouverneur anglais, Charles Napier, promulgua une ordonnance pour la protection des israélites. Lorsque Napier quitta l'île, la majorité de la communauté gagna Corfou. A la fin du XIXe siècle ils n'étaient plus que 30. Le souvenir des deux derniers membres de cette petite communauté s'est conservé : il s'agit de Zaharias Vital, colporteur, qui finit par s'installer à Patras et de Samouïlakis (Samolakis) qui mourut en 1905 et dont les descendants gagnèrent Corfou.

Les juifs s'installèrent à Zante en 1498. On trouve 47 familles (204 personnes) en 1527. Par décret du Duc de Venise, A. Trivizanos, le 
11 janvier 1553 fut décidée la séparation des juifs et des chrétiens et une encyclique papale du 5 avril 1664 interdit aux chrétiens de vivre avec les juifs qui furent regroupés dans la rue Foscolos (dénommée alors Strada Pieta) et qui aujourd'hui porte le nom de “Boucheries juives”. En 1712, à la suite d'une accusation de meurtre perpétré sur un enfant chrétien, les juifs sont enfermés dans un véritable ghetto. Ils possèdent une synagogue, et depuis 1656 un cimetière. Selon Apostolos Vakalopoulos cette petite communauté qui a pu atteindre 800 personnes comprenait dans ses rangs un certain nombre de familles aisées. Quelques israélites exerçaient la médecine.

L'histoire des israélites de Corfou est plus connue que celle des deux îles précédentes parce qu'ils constituaient une minorité non négligeable, plus prospère et surtout parce qu'ils firent l'objet d'attaques constantes de la part de la population chrétienne - catholique et orthodoxe - dont le pogrom de 1891 est restée la plus célèbre. Sous l'occupation vénitienne cette communauté qui formait le huitième de la population dut composer avec l'occupant vénitien et avec la population locale qui s'en prit à elle à plusieurs reprises. Enfin quand les Français débarquèrent et libérèrent l'île du joug vénitien, la population se lança dans la chasse aux juifs, auxquels on reprochait sans doute leur collaboration avec Venise, aux cris de “A bas les juifs ! A bas les chiens!”. Mais accoutumées à ces persécutions les victimes se réfugièrent chez elles ou dans la citadelle. Cependant la politique française s'avéra plutôt philosémite. Une chanson fut même composée pour fêter la libération de l'occupation vénitienne dans laquelle juifs et chrétiens s'unissaient pour chanter la gloire de Bonaparte: “Chrétiens et juifs maintenant / nous sommes de bons frères./ Nous les malheureux juifs/ nous sommes comme les chrétiens/ nous sommes les citoyens/de France les plus fidèles./ Vive Bonaparte/ qui aime les juifs…”. Cet enthousiasme fut sans doute de courte durée. Aux Français succédèrent les Anglais et l'antipathie de la population chrétienne l'emporta sur les sentiments fraternels : au milieu du XIXe siècle le journaliste Lascaratos dans le Lyhnos écrit : “Si le monde entier est débiteur de la nation hellène pour les lumières intellectuelles du Grec Aristote, ne devrait-il pas être pareillement débiteur de la nation israélite pour les lumières morales du juif Jésus ?”. Le métropolite de Corfou, Athanasios, adressa même une lettre à ses paroissiens “condamnant les “écarts” indignes de chrétiens à l'encontre des israélites”. Mais tant de bons sentiments ne purent modifier le cours de l'histoire : durant la Pâque de 1891 l'assaut du quartier juif devait marquer le début du déclin de cette communauté.

L'auteur de l'article conclut en reconnaissant que dans l'Heptanèse la populace était nourrie de traditions antisémites à l'origine d'une haine profonde vis-à-vis de l'élément juif qui y était installé depuis des siècles.

 Cronica 166 3

En 1912, l'occupation grecque de Salonique qui appartenait jusqu'alors au vaste empire ottoman et constituait le débouché d'un important arrière-pays unifié sous la même administration, crée dans la communauté juive essentiellement commerçante, quelques craintes quant à son avenir économique, craintes que des envoyés du gouvernement d'Athènes vont tenter de calmer. Cronica nous fournit un certain nombre d'articles parus dans les journaux de l'époque qui, sans faire toujours preuve de l'objectivité nécessaire, exposent les démarches des émissaires gouvernementaux et les réactions des notables juifs saloniciens.

Salonique 4

Quelle est l'attitude de la communauté juive vis-à-vis de la Grèce ? Elle n'est pas à priori hostile à la nation grecque mais craint pour son avenir commercial. Le journal transmet à ses lecteurs une déclaration imagée et franche de J. Meïr, grand rabbin de la ville, à M. Kofinas, Directeur du Service Economique de Macédoine: “Nous avons été de fidèles sujets du Sultan et je dois avouer que nous nous rappelons avec gratitude les bienfaits que nous a valus l'administration turque. Pour nous l'administration turque a été notre premier conjoint et il ne nous est pas possible de ne pas éprouver de la peine pour l'avoir perdu. L'administration grecque est maintenant pour nous un second conjoint. Qui peut être certain que nous ne l'aimerons pas autant que le premier ? Il est de notre intérêt de l'espérer franchement parce que vous savez certainement que le commerce constitue la base essentielle de la prospérité des israélites.” Kofinas assure que les intérêts économiques de Salonique et par conséquent des juifs qui dominent le commerce de la ville seront respectés.

A la suite de cet entretien entre le Directeur du Service Economique de la Macédoine et le Grand Rabbin, M. Kofinas participe à une séance du Conseil communautaire. Ce dernier reconnaît la supériorité de l'administration et de la civilisation grecques dans les Balkans mais s'inquiète de l'avenir de Salonique une fois que la cité sera coupée du vaste hinterland dont son port constitue le débouché. En réponse à ces interrogations, M. Kofinas assure que le développement de la capitale de la Macédoine va connaître une période sans précédent. Il fournit d'ailleurs une analyse circonstanciée et technique qui semble produire un effet tout à fait positif sur les milieux commerciaux juifs.

Afin d'approfondir la pensée de M. Kofinas le journaliste le soumet à une interview :

“La réduction de l'hinterland entraînera-t-elle la réduction de la vitalité économique ?”

Réponse de Kofinas : “La physionomie du commerce, essentiellement d'importation, va connaître une modification importante : de régional il va devenir mondial. La création de barrières douanières ne peut constituer un obstacle à ce développement. Le port va bénéficier d'investissements qui permettront la multiplication des ouvrages portuaires. Une grande zone franche va être créée, dotée d'entrepôts généraux. Grâce au rachat des chemins de fer orientaux par l'État, les frais de transport seront considérablement réduits tandis que la construction de nouvelles voies ferrées donnera un nouvel élan au commerce. L'hinterland deviendra international. La marine de commerce est appelée à jouer un rôle majeur dans cette évolution. Toutes les conditions géographiques, physiques et économiques sont déjà réunies pour que se produise une multiplication des capitaux.”

Et le journaliste de conclure que les commerçants saloniciens qui hier encore avaient des doutes semblent aujourd'hui convaincus de la bonne volonté du gouvernement grec et de l'efficacité de ses méthodes.5

La Lettre du Grand Rabbin6

Le journal grec Akropolis poursuit cette politique quelque mois plus tard en exploitant une lettre du grand rabbin de Salonique à son homologue de Sofia. Selon cette lettre, après les craintes qui avaient assailli la communauté fin 1912, au moment de l'occupation de la ville par l'armée grecque, le grand rabbin constate qu'aucune des catastrophes que les plus pessimistes avaient pu prévoir ne s’est produite : “La lettre du Rabbin de Salonique constitue un titre de gloire pour le régime grec et nous sommes fiers du fait que d'autres États puissent difficilement présenter de tels titres vis-à-vis des juifs”. Sur ce, le journaliste se lance dans un panégyrique de sa patrie dont il vante les vertus de tolérance, le respect des droits et de l'égalité des citoyens quelle que soit leur confession. Et bien sûr l'État de référence en la matière est la Roumanie qui se distingue par son antisémitisme et la ségrégation vis-à-vis de ses minorités qui n'allaient faire que s'aggraver entre les deux guerres.

Les israélites de Salonique7

Cet article se base sur un télégramme de A. Konstandinis, Président de la communauté d'Athènes à l'attention des israélites saloniciens. A. Konstandinis, émissaire du gouvernement grec, veut convaincre ses coreligionnaires que sous ce nouveau régime ils seront aussi heureux, si ce n'est plus, que sous la domination turque. En effet la loi instaurée dans la Salonique libérée est la même pour tous : Grecs, Turcs, Israélites, Bulgares. Il n'y a aucune discrimination : “Il n'existe plus dans la belle ville ni chrétiens ni mahométans, ni juifs, mais seulement des citoyens grecs, libres, indépendants, heureux. Mais cela, les israélites ont du mal à le comprendre car ces malheureux ont vécu des siècles sous le joug du tyran le plus funeste. Certes, qui pouvait leur assurer que les représentants de la Grèce, après le flot de beaux discours dont ils n'ont pas été avares, n'allaient pas devenir eux aussi des tyrans à l'image de “l'étranger, du wali, du mufti, du cadi, du policier ottoman”, en un mot de l'ancien oppresseur ? Ayant si longtemps vécu dans la servitude comment peuvent-ils se faire à l'idée de la liberté ? Et pourtant “la Grèce qui va maintenant vous administrer possède la constitution la plus libérale du monde”. La Grèce, c'est l'égalité des droits politiques, la tolérance et la liberté. Et A. Konstandinis, en conclusion, d'affirmer que plutôt que de tromper ses coreligionnaires avec ce télégramme, il aurait préféré se taire.8

 

Cronica 167 9

Les Juifs de Serrès au siècle dernier

A l'instar de nombreuses villes des Balkans et du Proche-Orient dont Istanbul et Salonique sont sans doute les exemples les plus connus, la ville de Serrès fut la proie d'un violent incendie durant la seconde guerre balkanique, sous l'occupation bulgare (1913). Cette ville possédait une communauté juive culturellement et économiquement florissante dont la synagogue sise dans le quartier appelé Saranda Ondadon en partie épargné, fut détruite. A la suite de cette catastrophe la majorité des juifs émigrèrent vers Salonique, Drama et Kavala. Ceux qui restèrent à Serrès après avoir été dispersés dans la ville finirent par constituer un nouveau quartier où les 3/4 mars 1943 ils furent arrêtés par les Bulgares.

C'est dans l'industrie du tabac que les membres de cette communauté étaient principalement employés en tant que commerçants et ouvriers. Ces derniers participèrent d'ailleurs activement aux luttes sociales qui marquèrent le début du siècle dans cette région (été 1914 : procès du socialiste Alberto Yeouda Arditi condamné à un an d'emprisonnement et 200 drachmes d'amende pour crime de “lèse-majesté”). Mais l'on trouve également des changeurs.

Ce sont des juifs de Serrès qui introduisirent le cinéma dans la ville après l'incendie de 1913. Dans le journal Serrai, le 27 janvier 1914, paraît une annonce attestant par ailleurs la présence d'une communauté dans la ville : “… Grâce donc à ces découvertes et à MM. Menahem Simantov et Obadia Azaria et leur association, hommes pleins de goût et aimant leur cité, nous avons ici à Serrès le plus brillant cinéma et avec des copies totalement fidèles nous jouissons chaque soir de la vision des grandes villes…” (Les projections se passent dans la salle “Orféos” qui avait échappé à l'incendie).

L'histoire de M. Simantov n'est d'ailleurs pas dépourvue d'intérêt. Habitant la ville sous la domination turque, Simantov était consul italien et possédait une très belle villa, aujourd'hui détruite, dont le jardin était orné d'une magnifique serre où étaient cultivées des fleurs rares. Durant l'occupation bulgare de 1913 des dizaines de femmes et d'enfants trouvèrent refuge dans cette maison dont le propriétaire participa financièrement à la défense de la ville. Par la suite il ouvrit deux nouvelles salles de cinéma sous l’enseigne “Pathé”.

Entre les deux guerres la communauté se réorganisa et forma deux associations caritatives, le Bikour Holim et la Fraternité.

Il semblerait que les rapports entre les communautés juives et chrétiennes aient été dépourvus de tensions.

En 1933, le Président de la Communauté, Solomon Ovadia inaugure le 11 juin la nouvelle synagogue avec la participation des notabilités juives de Drama et de Salonique. Ce monument fut détruit durant la seconde guerre mondiale.

Cette année 1933 est d'ailleurs marquée par d'autres événements : représentations théâtrales, élection du Conseil de la Communauté et déroulement d'une grande soirée à laquelle participent juifs et non-juifs en fin d'année.

10 ans plus tard à l'aube du 4 mars 1943, le sort de cette communauté modeste mais apparemment florissante et active est scellé : les Bulgares arrêtent 476 Juifs dans la ville auxquels viennent s'ajouter 19 membres de la petite communauté de N. Zihni, soit 495 personnes/116 familles. Le 7 mars le train dans lequel avaient déjà pris place les juifs de Kavala les conduit à Sidirokastro, puis de là, à pied à Pétritsi (une quinzaine de kilomètres au nord de Sidirokastro). C'est alors qu'ils sont répartis entre divers camps : Simitli, Dâbnitsa, Gorna et Tzoumaya. Quelques jours plus tard ils sont envoyés à Lom Limina, Dounavi où, chargés sur des chalands ils sont dirigés sur Vienne. Aux dires des Bulgares, ils devaient être livrés aux Allemands à Lom Palanka. Il semble pourtant que les bateaux n'arrivèrent jamais à destination mais rebroussèrent chemin sur Dounavi, sans leurs passagers. A l'exception de trois personnes dont un résistant, aucun membre de la communauté n'a survécu à la répression bulgare.

Quelle fut l'attitude des habitants chrétiens de Serrès au moment de cette persécution ? Selon l'auteur de ce récit certains se proposèrent d'épouser des jeunes filles ou de cacher des familles, propositions que les juifs n'acceptèrent pas. Après le transfert de la population israélite, les Bulgares organisèrent une vente aux enchères de ses biens qui se heurta à l'indifférence de la communauté orthodoxe.

La communauté inconnue de Patras depuis la fin du 15° siècle 10

Comme Serrès, Patras a possédé une communauté juive aujourd'hui disparue. Il existait dans la ville un quartier appelé Evraiomahalas ou Tshifout11 Mahalas et un cimetière juif. Mais les israélites résidaient également dans d'autres quartiers : Vlatéro où ils possédaient des ateliers de tissage de la soie et du lin, Panaya Alexiotissa (ou Kandrianika). Nombreux furent les expulsés d'Espagne qui s'installèrent à Patras comme commerçants et artisans.

A la fin du XVIe siècle il existe quatre synagogues et les rabbins de Patras (Rabbané Patras) sont célèbres pour leur culture.

Cette communauté atteint son apogée au XVIIe siècle, mais la guerre entre Venise et l'Empire ottoman à la fin de ce même siècle marque son déclin. La plupart des juifs émigrent alors à Salonique. A partir de 1715, avec la reconquête du Péloponnèse par les Turcs les juifs reviennent à Patras. Malheureusement cette communauté reconstituée subit de grosses pertes en raison de l'épidémie de peste qui fait des ravages dans cette région en 1756. Cependant Pouqueville qui est dans la ville en 1798-1799 y a rencontré des juifs (agents de change - interprètes).

Lorsque débute le soulèvement de 1821 qui devait mener à l'indépendance de la Grèce, cette communauté apparaît plutôt misérable. Enfin, alors que s'achève le XIXe siècle, un nouveau groupe d'israélites se réinstalle à Patras en provenance de Corfou, Zante, Prévéza et Arta. Au début du XXe siècle le président en est Zaharias Vital qui administre, selon le recensement de 1928, 161 juifs, nombre qui, à la veille de la seconde guerre mondiale, se monte globalement à 265 membres (communautés de Patras et d'Agrinio).

Durant la guerre, les uns se réfugient dans la montagne tandis que ceux qui décident de demeurer dans la ville prennent des noms chrétiens. 152 personnes échapperont ainsi à la déportation et à l'extermination. La synagogue construite en 1921 avec une école fut fermée par les nazis. Quelques membres de la communauté étant revenu après la guerre, cette synagogue fut en service jusqu'en 1979, date de sa destruction. Son mobilier est conservé au Musée Juif d'Athènes.

Bernard Pierron

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