Musique : Sefarad, Cantares del Avenir - Mónica Monasterio (et Horacio Lovecchio) & A las Orillas del Bir - Mónica Monasterio


Nous n’avions pas eu l’occasion jusqu’ici de commenter de disques de cette chanteuse, bien connue en Espagne et en Argentine, mais peu ailleurs. Et voici que nous en arrivent deux, le premier édité en 1999 et le second, plus ancien (1996), réédité en 2000.

C’est dans cet ordre que nous les avons écoutés attentivement, le plus récent d’abord.

L’émouvant texte du livret informe que le caractère premier de la démarche, l’essentiel, est l’humilité, le respect. Le respect d’une culture qui a subi les vicissitudes de l’Histoire, celui envers les chercheurs musicologues du monde entier qui ont tant œuvré pour recueillir textes et mélodies et auxquels les auteurs du disque rendent hommage. Et nombreux sont maintenant, exprime Mónica, les interprètes qui s’efforcent de maintenir, de projeter vers l’avant cette tradition judéo-méditerranéenne… pour qu’elle vive et crée, vrai miracle de l’Histoire.

Tout ce texte, venant du cœur et sans aucune prétention académique inspire un préjugé très favorable à l’écoute.

La surprise est plus qu’agréable. La voix de Mónica répond au texte de présentation, une voix chaude, sentie, d’un registre étendu, bien mise en valeur par un accompagnement intelligent et de qualité, sur des textes traditionnels et d’autres, poèmes contemporains ceux-ci.

Quelle joie d’entendre vivre les textes de Beatriz Mazliah, Margalit Matitiahu, Matilda Koen-Sarano, Matilde Gini de Barnatan, Joaquin Diaz et la regrettée Clarisse Nicoïdsky! Ces poèmes nous sont familiers, quelques uns très beaux, mis en musique par Horacio Lovecchio ! C’est d’ailleurs à dessein que nous associons le nom du compositeur à celui de la chanteuse sur le titre de ce disque. Ce compositeur est pour beaucoup dans la qualité de l’ensemble !



    Autre initiative intéressante, les plages 7 et 14 sont dites, et non chantées, mais sur fond musical, par Matilde Gini de Barnatan et Joaquin Diaz.

La plage 10, Ay madre, chanson populaire du Maroc est traitée à plusieurs voix en surimpression avec beaucoup de talent. La 12 Enamorada de un muerto, crue, terrible et poétique à la fois est un antique poème tangérois mis en musique par Horacio.

Tout cela donne un disque très divers, affectif, désordonné comme la vie, cri du cœur prenant, très attachant.

Techniquement l’équilibre est en général bon entre voix et instruments, la réverbération parfois un peu forte, par exemple dans la berceuse n° 8 qui n’en demandait pas tant, mais au contraire plus d’intimité. La chute de cette berceuse, à voix superposées, en est pourtant superbe.

Mónica et Horacio ont beaucoup de talent ! Ils ont réalisé ensemble l’un des disques les plus variés et satisfaisants qui nous soient parvenus depuis des années.

 

Ecouter ensuite le plus ancien est à la fois décevant et encourageant :

- décevant parce qu’il est loin d’atteindre la qualité du Cantares del avenir.

- mais fort encourageant en ce qu’il illustre l’ampleur de la progression accomplie par les deux protagonistes.

La qualité de la voix était déjà perceptible dans le plus ancien disque, mais avec beaucoup moins d’aisance, de spontanéité, de liberté, d’abandon, de force de conviction. Le progrès est spectaculaire.

De manière générale, le rythme était trop lent, uniforme.


    Pourtant, la 2, chanson d’amour Hija mía est bien interprétée; la 3, Nana de Salónica, très douce, ne nous était pas connue.

De la 4, Escalerica de oro, bien connue au contraire, semble ressortir de la tristesse et il n’y a pas lieu - c’est une chanson de noces ! - mais le refrain avec voix d’homme est agréable.

L’interprétation de la 8, A la una yo nací, fort célèbre est originale, calme.

La chute de la 9, Una tarde de verano avec voix d’homme est fort bien venue.

La 13, en duo Escuchí, señor soldado est plaisante, et la 17, En la mar ay una torre bonne.

Le livret présentant ce disque est un peu pauvret.

Il faut réexprimer que tous les défauts signalés ci-dessus sont effacés par la très belle réussite du disque ultérieur : Sefarad, Cantares del Avenir.

Nous suivrons avec intérêt ces deux interprètes dans leur évolution.

Jean Carasso
Comments