Salonique à la fin du XIXe siècle - mémoires - Sam Lévy

2000 Éditions ISIS - Semsibey Sokak 10 Beylerbeyi-Istanbul 81210
Fax 90 21 63 21 86 66 - 135 pages

Nous avions exprimé, il y a quelques années (LS 23 de septembre 1997), notre admiration pour le travail de Sam Lévy après la guerre, ces “Cahiers séfardis” parus à Paris de 1947 à 1949 alors qu’il atteignait les 80 ans.

Nous savions, sans plus, que Sam Lévy fut un grand journaliste. Ce livre nous expose son itinéraire. Une première édition en était parue au cours des années soixante dans la revue Tesoro de los Judios Sefardies. Rifat Bali et les Éditions ISIS ont trouvé opportun de le rééditer. C’est une bonne idée.

Au gré de sa fantaisie et dans un ordre chronologique approximatif mais plaisant (il “reconstruit” sa date de naissance pour la situer vers 1870) Sam Lévy passe en revue les conditions de vie des juifs dans l’Empire ottoman, lui dont la famille - déjà d’imprimeurs - était arrivée d’Amsterdam deux siècles auparavant. Ultérieurement il cite les grandes familles de juifs saloniciens au début du siècle, que son père et lui ont bien connues.

Avant l’école de l’Alliance il eut pour tuteur spirituel un séminariste de Livourne converti au judaïsme et ouvrier typographe chez son père. Au terme de son éducation de base, il se déclare “libre penseur intégral et raciste endurci”1 et passablement antireligieux : son père avait subi le herem pour avoir co-fondé le “Club des Intimes” et, sauf deux ou trois amis qu’il nomme, ce fut le vide autour d’eux2… 


Seul l’appui constant de la famille Allatini leur permit de survivre, dans une imprimerie désertée par la plupart des clients ! Et Sam, écrivant tout cela quelques années avant sa mort, continue de vouer à cette famille une reconnaissance sans limites !3

Tout en s’occupant déjà de journaux il s’était assuré un très beau (c’est lui qui l’exprime) salaire à la Cie des Chemins de Fer Orientaux.

Désireux de hausser le niveau de ces journaux et le sien propre, il partit pour Paris (où il retrouva cinq camarades saloniciens, qu’il nomme4) et la Sorbonne, le baron Edmond de Rothschild ayant pris en charge tous ses frais d’études.

Ayant acquis une belle culture historique et générale auprès des grands maîtres5, c’est tout naturellement qu’après son père il prit la direction du “Journal de Salonique” et en améliora la gestion. Il était parallèlement l’âme de La Epoca, journal en ladino qui disparut en juin 1911 lors de son départ définitif de Salonique. De Paris durant ses études, dans les dernières années du siècle il continuait d’envoyer ses articles aux deux journaux.On ne peut qu’être admiratif devant une telle activité efficace…

Ses raccourcis sur l’Affaire Dreyfus sont intéressants, parcellaires, mais très vivants et plutôt secs : [citation de Maurice Barrès] “Je n’ai pas besoin qu’on me dise pourquoi Dreyfus a trahi […] je le conclus de sa race”, il note “Peut-on être plus crétin que cet académicien ?”


      
[Le jour de la dégradation de Dreyfus], “enfermé dans ma bibliothèque, cachant ma honte, pleurant comme un enfant, je maudis la France, je maudis la chrétienté, je maudis l’humanité.” Le 10 novembre 1897 il osa intervenir dans une réunion de Drumont et son secrétaire Guérin, ce dernier hurlant : “Les juifs, il faut les massacrer tous, sans pitié”. Il sauta a la tribune et s’écria 

“Je suis étudiant, étranger et Israélite, commencez !” “Vous êtes Israélite ? Ah, pardon…”

Sacrée carrure, ce Sam Lévy !

Jean Carasso

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