Revues : Neue Romania, Judenspanish IV


C’est le quatrième volume de cette intéressante série, coordonné et introduit en français par Winfried Busse, enseignant la culture judéo-espagnole à l’Institut des Études Romanes de l’Université Libre de Berlin.

C’est un collectif qui, tout comme les précédents, publie les articles dans leur langue originale, tels qu’ils parviennent à la Rédaction.

Amelia Barquin (en castillan) et Gaëlle Collin (en français) reviennent sur des nouvelles écrites en judéo-espagnol et publiées au début du XXe siècle. Elles mentionnent où l’on peut se procurer ces textes, les chercheurs qui les ont étudiés, données de base pour des travaux ultérieures. Gaëlle Collin en étudie une, El ombre de pendola - texte à l’appui translitéré de l’écriture rachi - écrit ou adapté ? par Viktor Lévi d’Istanbul (1865-1940). Gaëlle s’appuie sur des travaux similaires d’Elena Romero et d’autres chercheurs. Mais la censure - oui, la censure - d’Abdul Hamid, de 1878 à 1908, avait beaucoup limité la production littéraire de l’époque!


Elisa Cohen de Chervonagura, enseignante à l’Université de Tucuman en Argentine (à plus de 1500 km de Buenos Aires) a interrogé dans sa ville des Juifs balkaniques  (600 sur les 3000 Juifs y vivant en 1986, les autres étant achkénazes ou indéterminés) sur leur mémoire orale. Hélène Gutkowski avait procédé de même à Buenos Aires et New York pour composer son beau livre Erase una vez Sefarad.1 Les enquêté(e)s sont très souvent originaires de Smyrne ce qui permet à Elisa de recouper les témoignages.

Mark Gabinski étudie l’homonymie métaphorique dans l’anthroponymie sépharade ; en termes plus accessibles il s’agit d’une étude sur les prénoms.

Heinrich Koehring dans Algunas demandas ke embarasan étudie quelques difficultés de lecture ou interprétation du fameux Meam Loez, commentaire encyclopédique de la Bible. Les textes sont cités en judéo-espagnol et les commentaires sont formulés en allemand.

Almuth Münch scrute les liens entre langue et identité nationale, éthique et métaphysique.

Marie-Christine Varol enfin, étudie comment les Juifs balkaniques qu’elle connaît bien et retrouve fréquemment à Istanbul se définissent eux-mêmes et s’entendent qualifier par les autres. Défilent les diverses sous-cultures de groupe.

Il s’agit donc d’une intéressante revue accessible à ceux qui lisent et entendent plusieurs langues.

Jean Carasso

Comments