Revues : Cronica 161

Dans le numéro 161 (mai - juin 99), Bernard Pierron qui l’étudie pour nous, s’est penché sur deux travaux intéressants concernant les communautés juives de Grèce aujourd’hui disparues, l’un sur Chio*  et l’autre sur Trikala. Cette seconde partie sera commentée dans l’édition suivante.
* Maria Xyda La Communauté juive de Chio – pp. 14-17.

La communauté de Chio, dont il reste bien peu de traces, a pourtant été fort prospère dans l’île du “précieux lentisque”. C’est ce que nous apprend Maria Xyda retraçant brièvement mais de façon assez exhaustive les diverses étapes du développement de cette communauté. Elle se forma au cours des siècles par immigrations et assimilations successives : dans l’antiquité les juifs vivaient déjà à Chio, comme dans l’ensemble de l’Europe, ce qui leur vaut le titre de plus anciens citoyens de nations qui n’ont vu le jour, sous leur forme moderne, que bien après leur installation. Le roi de Judée, Hérode le Grand, de sinistre mémoire, leur rendit une visite amicale en cette lointaine époque où la plupart des communautés juives du Bassin méditerranéen étaient confrontées à des conditions d’existence difficiles. Il semble bien qu’à Chio ce n’était pas le cas. Bien plus tard, avec l’installation des Génois, la population juive, qui vivait dans la forteresse, vit arriver nombre de congénères commerçants qui, pour la majorité, furent intégrés. Après la conquête ottomane en 1566, la présence espagnole s’affirma nettement. La langue de la communauté devint d’ailleurs le judéo-espagnol. 


Les occupations professionnelles diverses englobaient évidemment le commerce de la célèbre résine du lentisque qui fait encore la réputation de l’île, mais aussi de la soie et du textile en général. Il y avait bien sûr des financiers, des médecins. Le massacre de la population grecque par les Turcs en 1822 marque une nette régression dans cette vie économique florissante. En 1881 le terrible séisme qui ravagea l’île contraignit la communauté à quitter la forteresse où elle avait toujours vécu, pour s’installer à l’ouest de la capitale, à proximité du cimetière israélite. C’est dans ce quartier que fut construite en 1890 la nouvelle synagogue. En 1912, lors du rattachement de l’île à la Grèce, l’ensemble de la population juive se regroupa là, où elle vécut jusqu’en 1941. En fait quand éclata la guerre il ne restait plus à Chio qu’une seule famille, le reste de la communauté ayant émigré en Israël via l’Australie !

Il faut bien sûr aborder le domaine toujours épineux des relations intercommunautaires. Maria Xyda semble, quant à elle, tout à fait satisfaite de ces relations : “Les juifs devaient avoir d’excellents rapports avec les Grecs de Chio”. Nous voulons bien la croire d’autant plus qu’il semble y avoir eu dans l’île un “mixage” de noms grecs et juifs qui tend à prouver que les barrières que l’on constate ailleurs n’existaient pas à Chio ou du moins étaient moins évidentes. On retrouve en plus deux proverbes sur lesquels l’auteure base son affirmation et qui méritent d’être cités : “Sept Génois font un Juif et sept Juifs font un Grec de Chio”. “Juif et Grec de Chio sont comme chemise et corps” (notre proverbe français est bien moins pudique).

Bernard Pierron

Comments