Réactions


Réaction du Salonicien Zvi Michaéli, vivant en Israël,  à notre article dans le numéro précédent citant un extrait du livre de David Bunis sur les journaux humoristiques juifs à Salonique avant la Seconde Guerre.

Muy buen amigos 
de La Lettre Sépharade

Vengo de resivir el numero 34 de l’interesante Lettre Sépharade de junyo 2000.

Meldando este djornal, me sinti ensupito mas djoven d’almeno 70 anyos…

Me akodri kon muntcha nostalgiya i emosyon de las inolvidavles notchadas de Shabat en kaza miya en Selanik, kuando toda la famiya se topava reunida al deredor de una meza yena de las mijores komidas ke saviya gizar mi povereta madre (en ganeden este) para resivir el “Shabat Hamalka”.

Despues del tradisyonal kiddoush i los uevos haminados (ke non eran buyidos kon agua, ma yevados al forno untados de un poko d’azeyte para ke non se rompa la kashka, en una bolsa de papel yena de kashkas de sevoya. El fornero metiya la bolsa muy londje de la flama para ke los uevos se kuzieran avagar avagar). Despues veniya el torno del peche frito kon limon, al meno tikires korolados, i el savrozo plato de Shabat ke solo saviyan preparar (sekreto profesyonal… ) las balabayas djudiyas de akel tyempo.

Entonses veniya el momento tanto esperado de los ijos grandes i tchikos. Antes ke mi madre trayga la fruta,1 mi padre “Alava Hashalom”, Sinyor Padre komo lo yamavamos kon grande venerasyon, avriya el djornal umoristiko “El Rayon” eskrito en letras rashi i mos meldava kon alta boz, en primero las aventuras, las diskusyones i las kornazlikes de Tio Ezra i su mujer Benuta, un par aedado bivyendo i pensando en una otra choka, ke aziyan riyir de buen korazon toda la famiya, tchikos i grandes.

Despues veniya el torno de otros artikolos del mizmo djornal ke ya aviyan sido “sensurados” por mi padre, syendo el solo myembro de la famiya ke saviya meldar la eskritura rashi.

El direktor, redaktor i uniko djornalista del “Rayo” se yamava - si me akodro byen - Moshe Cazes, ke eskriviya kon la sinyatura de “Tchufla Yuda”. Cazes era un djornalista de grande instruksyon, yeno de umor i kon grande eksperyensa de la vanita i el orgolyo de las personas de todas las klasas sosyales. El los tornava en ridikolo kada semana en sus artikolos.

Mi padre konosiya personalmente a “Tchufla Yuda” ke se okupava tambyen, si era menester, de la vendida del djornal. Cazes veniya el mizmo kada semana , vyernes la manyana i traiya a mi padre el djornal a penas lo resiviya de la imprimeriya.

El semanal umoristiko “El Rayo”, los dos dyaryos de ladino eskritos en letras rashi, i tambyen los dos muy seryozos djornales en lingua franseza Le Progrès i L’Indépendant eskaparon malorosamente de apareser al empesijo de la okupasyon alemana de Selanik, el 9 del mes de abril 1941. La grande mayoridad, si non la totalidad de los djornalistas de grande valor ke formavan la Prensa djudiya desparisyeron en la terivle katastrofa ke se abatyo sovre el puevlo djidyo de toda la Evropa, i fueron las viktimas de la ferosidad de los nazistas. Muy pokos fueron los Selaniklis ke salvaron i tornaron bivos ma atemados de esta apokalipsa.

La fiera komunidad djudiya de Selanik pyedro su briyante i su titolo de “Madre de Israël”

Zvi Michaéli

Réaction de Line Meller à nos deux derniers numéros évoquant longuement la figure de Spinoza, au terme desquels nous avons décidé que le sujet était clos pour l’instant… mais :
Hélas, pauvre Baruch !…

C'est par hasard que mes enfants avaient découvert le cimetière juif d'Ouderkerk, à quelque 10 km au Sud d'Amsterdam. Certaines dalles, admirablement sculptées, coiffent les sépultures des en-allés de renom ou de fortune, d'autres pierres gravées se devinent à peine sous la couverture d'herbe foisonnante et, par côté, les noirs dominos des tombes plébéiennes se pressent de guingois en tumulte silencieux.

Pour tous, ce fut l'ultime étape de l'odyssée sépharade, née de l'expulsion des juifs de la Péninsule ibérique comme en témoignent certaines inscriptions datant du XVIIe siècle.

C'est encore par hasard que ma fille déchiffra avec émotion, sur l'une des sépultures, le nom de la mère de Baruch Spinoza . Et presque par hasard enfin que, lors d'un séjour à Amsterdam, après un questionnement intensif de ma part, une secrétaire d'un des musées, fouillant laborieusement dans ses dossiers, en avait finalement extrait l'adresse de la maison de Spinoza, sise à Rijnsburg, une petite localité proche de Leyde.

Nous nous y sommes rendus en famille. Fort heureusement, la rue Spinoza n'était pas inconnue des autochtones. Cerclée de son jardinet, la maison au toit pentu semble sortie d'un conte. Est-ce une bonne fée, la gardienne aux cheveux blancs qui descend de son étage pour nous ouvrir la porte ? Nos illusions disparaissent devant son visage rigide et la hâte qu'elle met à boucler la visite le plus rapidement possible.

En quelques minutes, nous faisons le tour des deux petites chambres où Spinoza vécut de 1660 à 1663. Dans ces lieux fut écrit le livre “Les Principes de la Philosophie de Descartes”, publié en 1663 - sous son prénom d'origine, Baruch, fait unique -. C’est là aussi qu'il conçut le “Court traité de Dieu, de l'homme et de son état bienheureux”, le “Traité de la réforme de l'entendement” et la première version de “l'Éthique”.

Mais nous n'aurons que le temps, dans la première salle, de jeter un regard furtif aux portraits d'un Spinoza réinventé par les peintres, jouxtant pour mémoire celui de Descartes, puis de caresser des yeux une grande cheminée tapissée de carreaux blancs et bleus d'époque. Nous aimerions nous attarder devant la vitre d'un meuble renfermant des livres du fonds de bibliothèque original, classés selon leur format, ou encore détailler les titres d'ouvrages concernant ses écrits, rangés sur les étagères d'une grande armoire. Au-dessus de celle-ci est affiché le placard des États de la Hollande et de la Frise occidentale interdisant la publication des Opera posthuma jugés “sacrilèges, athées et blasphématoires”… Ça fait froid dans le dos !



Tombes du cimetière d’Ouderkerk.


Un long banc de polissage de facture plus récente, dans la deuxième pièce, rappelle l'autre activité du penseur : la fabrication de lentilles optiques de très haute qualité. Dans une de ses lettres - n°6 -, il a mentionné des modèles utilisés par lui lors de ses expériences de physique : quelques-uns sont là, sous nos yeux, posés sur une table de bois sombre. L'émotion nous gagnerait sans doute si on lui en laissait le loisir. Mais hélas, la vieille cicérone nous talonne. Elle est pressée de nous amener devant le Livre d'or : notre signature, succédant aux milliers de celles qui en couvrent les pages depuis 1896, date de l'achat de la maison par le fondateur du musée, Willem Meijer, aura l'insigne honneur d'avoir été précédée en son temps par celle d'Albert Einstein !

Spinoza ne s'est pas installé à Rijnjsburg immédiatement après son exclusion de la communauté “marrane” portugaise d'Amsterdam, en 1656. Il vécut quelque temps encore dans la capitale puis, se sentant menacé, se réfugia au village d'Ouderkerk avant de choisir cette résidence-là, peut-être en raison de la présence d'amis protestants dans ce bourg. Son périple l'a mené ensuite à Voorburg, puis à La Haye où il mourut en 1677, à l'âge de 45 ans.

Il m'a semblé que la Hollande et sa ville natale d'Amsterdam en particulier, ne faisaient pas spécialement fête à ce… trouble-fête.  Ce minuscule musée mis à part, rares sont les incitations à découvrir sa vie et son œuvre pourtant mondialement admirée.

Force nous est alors de nous rappeler combien Spinoza, à son époque, fut objet de scandale. Jusqu'à nos jours, l'orthodoxie juive ne lui a pas pardonné ce qui pour elle, plus qu'errements, fut blasphèmes. L'excommunication2 qui s'ensuivit n'aurait-elle pas fini, en ces lieux, de tirer sur son nom un voile de gêne qui ferait obstacle à sa glorification ?

Line Meller

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