Musiques : Arboleras Cancionero sefardí del siglo XX - Susana Weich-Shahak

Les interprètes sont divers :  Carmen Terrón Rodas et José Manuel Fraile Gil à la voix, d’autres aux instruments.
Chaque fois qu’elle le peut Susana nomme son informante, indiquant même sa ville d’origine.
“Recueil de chants sépharades du XXe siècle”
Technosaga - c / Dolores Armengot 13 - E 28025 Madrid - Fax 34 19 14 61 86 53 

C e troisième disque résulte des patientes et habituelles recherches de Susana Weich-Shahak recueillant des chansons auprès d’ informant(e)s qui les tiennent directement de la tradition familiale, ou le plus souvent les ayant chantées en leur temps, donc sans interférences externes, “savantes”, plaquées.

La particularité de ce recueil est que toutes les chansons1 sont datées, par leur texte même, du XXe siècle, puisqu’elles se réfèrent à des événements aisément identifiables : la guerre des Balkans (n°14), l’incendie de Salonique (n°17), l’émigration en Israël des Marocains après 1956 (n°19) ou la désillusion avec le service militaire nouvellement instauré pour tous (n°15).

D’autres sont datées par leur mélodie : fox-trot (à Skopje, la n° 9), tango (n°1, à Salonique, Florica la servidera).


Les thèmes sont souvent humoristiques : la servante (n°1) qui aguiche les hommes des trois générations de cette famille et réussit à épouser le plus jeune… ; la chanson d’amour à Salonique (n°3) sur l’air de la chanson turque très connue Uskudara. La hija de la vecina (à Sofia, n° 5) burlesque celle-ci, la fille qui court, tombe, le ventre lui enfle et, l’opérant on lui tire… un chameau.

D’autres sont plus réalistes et proches des vraies préoccupations : La Bohemiana, (chanson recueillie en 1993 en Israël, de la bouche d’une Salonicienne) femme désinhibée, affranchie, orgueilleuse de l’attrait qu’elle exerce sur les hommes, aux lèvres couleur de betterave rouge, aux cheveux prune tombant en deux nattes dans le dos. À un “vieux beau” qui la regarde d’un peu trop près, elle chante que son argent ne lui rendra pas la jeunesse…


El mal de las dotes, en fox-trot (n° 8), qui s’apitoie sur les pauvres qui n’ont pas de dot pour “s’acheter” un mari et restent filles malgré leurs éminentes qualités à l’aiguille… Las Botoneras par contre (n°10), couseuses de boutonnières, ne trouvent pas de maris mais ont des “copains”, elles ! Le Zarzavatchi (marchand de légumes ambulant, n°12) dont les produits sont plus frais et beaux que ceux des marchands en boutique… sur un air très entraînant. La n°14 Guerras en los Balkanes où le soldat turc se voit bientôt mourir et pourrir dans la terre…

Plus dure encore, la valse excellente n°16 : Las Señas del soldado muerto.

Un recueil de chansons complètement méconnues, inconnues, que Susana ramène à la surface, sauve d’un oubli certain.

A La Lettre Sépharade, nous l’admirons et nous l’aimons, Susana Weich-Shahak.

Jean Carasso

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