Le Passage, de la Hara au Belvédère, histoire d'une émancipation - Viviane Scemama Lesselbaum

Disponible chez l’auteur : 
115 avenue Alex. Fleming - 69300 Cuire & Caluire Fax 04 72 27 07 84.

L'auteure a édité en 1999 ce livre très attachant à la fois pour la nostalgie qu'il offre à nos amis juifs tunisiens mais aussi pour toutes les informations qu’il apporte aux lecteurs de La Lettre Sépharade qui se passionnent pour l'analyse historique et sociologique des communautés du bassin méditerranéen.

A travers ce récit autobiographique, écrit à partir du retour en terre de France en 1959, Viviane Scemama Lesselbaum essaie de retrouver pour notre plaisir et le sien le fil d'une enfance et d'une adolescence heureuses en terre d'islam mais sous le protectorat français.

Elle en profite pour nous dresser une histoire des juifs de Tunisie entre 1930 et 1960.

Il faut dire qu'un esprit critique toujours en éveil, un père libraire et dépositaire des journaux de métropole où vient s'approvisionner toute l'intelligentsia du pays, d'Albert Memmi à Guy Sitbon et les recherches qu'elle mène et poursuit avec ténacité, lui permettent de nous guider dans cette description colorée et presque odorante… des rites, coutumes et usages des juifs de Tunisie dans leurs divers quartiers de Tunis, de la Hara au Belvédère ou encore sur l'île de Djerba.

Elle nous fait pénétrer dans la vie des deux communautés, celle des juifs livournais descendants des expulsés d'Espagne, les granas et celle des juifs autochtones. Ensemble ils ont vécu des centaines d’années avec les avantages et les inconvénients que l'on connaît bien.

Parmi les événements marquants je retiendrai la vie et la mort d'Habiba Messika, célèbre chanteuse de l'époque, assassinée dans sa villa par un amoureux transi. D'une grande beauté, généreuse envers tous, elle interprétait en arabe aussi bien des chansons que les rôles du répertoire de Rostand ou de Shakespeare. Elle était la vedette de la vie artistique judéo-arabe de Tunis. L'abondance des détails sur sa vie mouvementée impressionnent au plus haut point l'auteure qui finira peut être par écrire sa biographie...

L'autre événement aussi marquant c'est la mort de 28 enfants juifs de Tunisie dans un avion à côté d'Oslo. Ils étaient partis se refaire une santé avant d'émigrer en Israël avec leurs familles. Un seul, Isaac Attal en réchappera par miracle car il était au lavabo à l'avant de l'avion au moment de l’accident. Leur enterrement sera pour Tunis un véritable choc moral...

A la fin de ce livre l’auteure pose la question qui ne cesse de nous hanter tous :

“Avons nous été de simples figurants pendant près de 2000 ans sur cette terre hospitalière,  pour l'avoir quittée aussi brutalement ? Avons-nous replanté nos racines sur d’autres terres et ont-elles fait souche ? La Tunisie d’aujourd’hui réclame ses enfants, et ce sont les petits enfants qui se présentent.”

Charles Leselbaum
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