América Colonial Judía - Mario Eduardo Cohen

En espagnol
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202 pages,  belle bibliographie, claire chronologie.

L’auteur a écrit son livre, après bien des années de travail, avec un objectif clair : exposer que les juifs n’ont pas été des visiteurs ou spectateurs de la situation coloniale durant les siècles qui ont suivi la découverte du continent sud-américain, mais qu’ils en furent des acteurs à part entière, des acteurs essentiels. 1

Ils en furent aussi des acteurs à leur corps défendant puisque fréquemment en bute, là-bas aussi, à l’Inquisition qui s’installe, redoutable, en 1570 à Lima, en 1571 à Mexico et en 1610 seulement à Cartagena de Indias (actuelle Colombie). Il ne faut pas croire pour autant que précédemment la vie était facile pour qui voulait revenir au judaïsme, car l’Inquisition exerçait déjà son pouvoir depuis l’Espagne et le Portugal, avait ses réseaux d’espionnage, faisait arrêter et ramener, juger et emprisonner en Péninsule ibérique les personnes qu’elle soupçonnait de crypto-judaïsme et dont elle arrivait à s’emparer.

Mario Eduardo Cohen a voulu écrire le premier grand livre de synthèse sur le sujet ; il ne manque pas de citer quelques précurseurs que d’ailleurs on retrouve dans son abondante bibliographie. Il mène son travail avec beaucoup de méthode et de clarté, cadrant bien son sujet, rappelant la situation, les faits importants en Péninsule depuis le milieu du XIVe siècle jusqu’à 1497, année à partir de laquelle il n’est plus - officiellement - de juifs.


La seconde partie, - XVIe et XVIIe siècles - traite de l’installation de crypto-juifs et de la forte empreinte de l’Inquisition sur tout le contexte. L’auteur nous en décrit les ravages, et expose des chiffres. Il rappelle que, si l’Inquisition espagnole sévissait depuis ses tribunaux sur place, la portugaise rapatriait ses proies et les faisait juger à Coïmbra, Lisbonne et Evora, sauf durant la domination de l’Espagne sur le Portugal (1580-1640) où les plus fréquemment condamnés, au Brésil, étaient justement des Portugais.

Même si le nombre des condamnés exécutés sur le bûcher ne dépassa pas 775 personnes durant toute la durée de l’Inquisition en Amérique, le nombre de procès fut considérable, et cela fut suffisant pour détruire toute velléité de reconstitution de communautés, avec enseignement etc.. Et là, le mal fut très grand ! L’Amérique perdit beaucoup, en culture générale, en études proprement judaïques, en médecine etc…

L’auteur nous narre, comme exemples, la destinée de quelques martyrs, dont trois femmes héroïques (Doña Mencía de Luna brûlée vive en septembre 1648 par exemple), l’hystérie des spectateurs d’auto da fe, y compris chez les indigènes… lesquels pourtant…


Si la grande prospérité sucrière (premiers plans importés de Madère par des crypto-juifs en 1549) du Brésil atteignit son apogée dans la période espagnole (1580-1640), le phénomène n’échappa point aux Hollandais - accueillants aux juifs - voire aux Anglais, d’où un certain nombre de guerres locales et le début de la traite des Noirs d’Afrique sur une grande échelle car la culture de la canne et son traitement ultérieur demandent une abondante main d’œuvre.2  À tous les stades les crypto-juifs, puis juifs, jouèrent un rôle important dans la fabrication et la circulation du sucre de par le monde, sur place et en liaison avec Amsterdam.

Au XVIIIe siècle, la création des communautés et des synagogues nous sont plus familières grâce aux livres d’Arbell et d’Ezratty précédemment commentés.

Mario-Eduardo Cohen a gagné son pari : son livre est exhaustif, sérieux et attrayant à la fois, l’iconographie et la présentation en sont de grande qualité.3 L’analyse fine et bien menée des motifs et du mode de fonctionnement de l’Inquisition constituent pour nous un point fort de son travail.

Jean Carasso

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