Voices from Jewish Salonika -David Bunis (sous la direction de)

En anglais et judéo-espagnol, puis hébreu 1999 Misgav Yerushalayim  Hebrew University Mount Scopus Jérusalem 91905 Israël
Fax : 972 25 81 54 60, e-mail  : misgav@hum.huji.ac.il 650 pages en anglais, 350 en hébreu, superbe bibliographie. 45 $ port compris.

Il s’agit ici d’une véritable somme, d’un travail qui a demandé des années de recherche et une collaboration attentive entre David Bunis, qui signe une fort importante introduction, et plusieurs autres personnes qui ont recherché ces textes publiés dans des journaux satiriques, d’autres qui ont aidé à la translittération etc.

Un couple de personnages d’un certain âge, emblématiques de la vie à Salonique entre les deux guerres, Tio Ezrá i su mujer Benuta apparut simultanément durant les années 30 dans divers périodiques saloniciens (El rizon, El rayo puis Aksyón etc). Très curieusement l’auteur n’en est pas clairement identifié,1 connu comme Chufla Yudá2 et apparaissant lui-même dans certains dialogues sous le nom de Chimino.

En gros, ce couple représente symboliquement la tradition, face à une jeunesse qui s’émancipe, se targue de parler le français etc. Mais comme les deux époux ne sont pas toujours d’accord sur tout, leur conversation nous éclaire sur les tensions, les modes etc de la société salonicienne juste avant la Seconde Guerre.

Vers la fin de la période considérée, le couple devient Bohor et Djamila, mais les ressorts restent les mêmes.


Bunis analyse au passage avec finesse l’évolution du djudezmo dans les dialogues et nous raconte aussi pourquoi les Achkénazes étaient appelés Mashemehas3 à Salonique et encore de nos jours parmi les judéo-hispanophones dans le monde. De même il explique le passage progressif de l’écriture rachi  ou solitrea à la graphie latine par le fait que les plus jeunes n’avaient pas étudié les premières…, mais il n’insiste pas assez sur la réforme antérieure de plus de quinze ans de la graphie en Turquie.

On peut conclure que Bunis s’est servi d’Ezrá et Benuta pour illustrer ses propos, nous offrant une extraordinaire encyclopédie systématique de la vie juive à Salonique dans les dernières années de celle-ci : cérémonies de la vie, fêtes religieuses etc.
Les textes sont effectivement présentés en ordre thématique et en judéo-espagnol transcrit en lettres latines (dans la première partie du livre) avec un tableau des clés de translittération.

Un intéressant glossaire termine l’ouvrage, ne mentionnant que les mots non retenus dans le dictionnaire de Nehama, considéré par Bunis comme la référence.

Comme nous l’avions déjà fait dans notre édition de septembre 1996 (n° 19), nous offrons ici  en page 16 un dialogue entre Ezrá et Benuta sur le thème : “Les filles d’aujourd’hui”.

Nous savions déjà que David M. Bunis était l’un des grands spécialistes de notre temps dans la discipline. Ce beau livre nous le confirme !

Jean Carasso










Yoran el viejo por nonr i el mansevo por dolor*


*On pleure le vieillard [qui vient de mourir] par honneur et le jeune homme [dans le même cas] par douleur.
Extrait du cahier offert à la LS en novembre 1996 par Marguerite Zvi, en Israël.

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