Toujours Spinoza : Filons et Filous - Albert Cuenca

Le dossier “Spinoza” ouvert dans le numéro précédent, qui se poursuit et s’achève dans celui-ci, inspire quelques réflexions à l’un de nos lecteurs aux États-Unis.
Nous reproduisons intégralement son “billet d’humeur” : si les articles publiés dans la LS suscitent la polémique, c’est qu’ils sont lus…

Filons et filous

O Nanisme des petits détrousseurs, des voleurs plus ou moins habiles, des naïfs qui chantent plus haut que leur lyre, marchands de vent ! Reconnaissons-le d’emblée, ils sont tous compétents. Ils savent mieux que H. Wolfsona, Y.H. Yerushalmib, Sylvain Zacc, ou que le grand Révahd dont on a republié les travaux*, que Yosef Kaplane, rigoureux historien du judaïsme d’Amsterdam, ou que Henry Méchoulan dont les articles savants font autoritéf, mélanger séfardisme, marranisme, spinozisme, judaïsme pour tremper leur plume dans ce brouet qui sent le lisier. Il ne leur reste plus qu’à le répandre. Admiration ou critique, peu importe. Le grand public avale avec délices les bêtises riches de dividendes pour leurs auteurs. Tous les “ismes” cités sont autant de fonds de commerce et leur production facile enrichit l’auteur et appauvrit le lecteur qui a oublié que penser, selon le mot d’Alain, c’est dire non. De cette première négation naît la réflexion et l’apparition des difficultés qu’il faut faire l’effort de surmonter. Et pourquoi ne pas lire les textes originaux difficiles d’accès, certes? Soulignons, pour ceux qui n’auraient pas compris, qu’il s’agit des textes écrits par Spinoza lui-même. Mais à quoi bon penser lorsqu’on peut croire ? Il paraît que toute pierre lancée contre Spinoza retombe sur le lanceur. Bien abrité derrière cette citation d’Alain, l’encensoir fonctionne. Spinoza marrane de la raison, Spinoza, christ de la raison, la mallette des représentants-placiers regorge de gadgets.

La culture séfarade mixée avec celle des juifs du Maghreb, assaisonnée d’un peu de marranisme permet des voyages de Club Méditerranée. Certains publicistes se parent de titres universitaires. Essayistes ou feuilletonistes de société tentent le pillage philosophique. Tout cela est grotesque, navrant et parfois fétide.
Séfardisme, marranisme, spinozisme, judaïsme et pourquoi pas féminisme ? Nous offrons là un filon encore inexploité. Une ministresse de la justice demandera un jour de faire mettre en examen un certain Spinoza Benoît pour discrimination politiquement incorrecte au motif que celui-ci a fait des femmes des sous-hommes : “Il est permis d’affirmer sans hésitation, que les femmes ne jouissent pas naturellement d’un droit égal à celui des hommes, mais qu’elles leur sont naturellement inférieures. Par suite, il est impossible que les deux sexes assurent ensemble le gouvernement de l’État et, encore bien plus, que les hommes soient gouvernés par les femmes”.g

Tricheurs, tricheuses, vous avez encore de la besogne.

Albert Cuenca, Las Vegas University


La passion contenue dans les commentaires d’Albert Cuenca évoque en moi cette pensée de Baruch, citée dans l’article ci-contre : “Tels sont les hommes en effet : tout ce qu’ils conçoivent par l’entendement pur, ils le défendent au nom du seul entendement et de la raison ; les croyances irrationnelles que leur imposent les affections de l’âme, ils les défendent avec leur passions.” Il est donc humain que même des intellectuels de haut niveau préfèrent parfois au débat l’invective. Il serait peu flatteur en effet de les imaginer motivés par le seul mépris.
Lionel Lévy
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