Musique : Jewish-spanish songs of Thessaloniki (1)



David Saltiel

Nous sommes ici dans une interprétation très traditionnelle et ces plages enregistrées par un non-professionnel portent l’authenticité et la nostalgie d’un monde perdu. David Saltiel, né en 1930 à Thessalonique, ville qu’il n’a jamais quittée - sauf durant l’occupation allemande - ne subissant ainsi pas d’influences externes, explique dans une brève intervention préliminaire enregistrée qu’il s’agit de la musique qu’il entendait dans sa famille, tout gosse. La prononciation typiquement salonicienne est frappante…

Il est exposé dans le livret que David Saltiel n’avait jamais chanté avec un accompagnement, mais seulement a capella et qu’il n’a pas été simple de lui faire accepter cet “enrobage”.


Est-il permis de trouver ce dernier un peu pesant, masquant parfois la voix (au n° 5 par exemple) plutôt que de la mettre en valeur ?

La n° 6 (La madre comprensiva) est un superbe classique, plus généralement connu sous un autre titre (La comida de la manyana) ce qui est un peu déroutant.

La n° 8 est coquine, que nous ne connaissions pas. La plate traduction anglaise du texte n’en offre qu’une pâle idée : antes ke venga el balabay véhicule une autre saveur que before my husband comes back…

D’ailleurs le parti pris de ne présenter qu’en anglais le texte des chansons nous reste incompréhensible. Même si la prononciation de David Saltiel est excellente mais sa voix parfois masquée par un accompagnement standard et non modulé suffisamment, pourquoi n’avoir pas fait figurer le texte dans sa langue d’interprétation ?2

C’est nous semble-t-il une erreur de conception qui compromet un pourtant gros effort méritoire de réalisation.

On achève l’audition de ce disque à la fois fasciné par l’authenticité (c’est à juste titre que le livret attire l’attention sur une interprète du même ordre, Berta Aguado que nous avions entendue en Israël puis à Paris), un peu agacé par l’accompagnement souvent trop sonore et uniforme, et une question : “à qui s’adresse ce disque sans texte sur le livret, pourtant de haut niveau ?”3

Gageons que Nikos Tzannis-Ginnerup, instruit par cette première expérience, prenant des conseils autour de lui et écoutant des disques d’autres interprètes, convaincra David Saltiel d’en graver un nouveau…

Jean Carasso
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