Lejendas i kuentos morales de la tradisión djudeo-espanyola (1)



Matilda Koen-Sarano

La persévérance, la croyance en ce qu’elle fait, l’énergie de Matilda sont superbes et admirables. Elle est maintenant retraitée, publie ici son quatrième livre bilingue sur les contes, légendes et konsejas de notre culture, sur Djoha dont elle est devenue la référence mondiale. Elle  enseigne le judéo-espagnol2 en Israël et ailleurs, prêche la bonne parole (en judéo-espagnol bien sûr) partout où elle passe et son kilométrage parcouru en avion est impressionnant, à l’image de son ubiquité n’ayant d’égale que sa popularité…

Elle est de ces vingt ou trente personnes dans le monde qui portent à bout de bras notre langue et notre culture et y intéressent nombre de Sépharades d’origine qui les avaient enfouies, comme inopportunes, mais se plaisent à y revenir. Qui n’a pas rencontré Matilda en représentation, racontant sur scène ou même en petit groupe quelque histoire de Djoha n’a pas idée de son charisme…


Ce nouveau recueil, bâti sur la même trame que les précédents, bilingue, aéré, soigneusement illustré et présenté, propose des contes de la tradition orale dont partie existaient déjà par écrit, partie, non.3 Et comme toujours, chaque texte porte le nom de son informant(e).4

Ces contes viennent souvent du Meam Loez, et les figures centrales en sont fréquemment le roi Salomon - qui, marié de nombreuses fois passe pour avoir bien connu les aspects négatifs de l’âme féminine - ou Eliahou Anaví, parfois Haroun el Rachid, ou simplement “le rabbin” .

Si le conte moral énonce une vérité claire et absolue, non localisée, la légende constitue un genre plus populaire, sur un support historique. Certains textes peuvent apparaître dans les deux catégories.

C’est Tamar Alexander5 qui explique cela dans une préface bien charpentée. Les contes et récits portent chacun leur individualité, sont courts
 - parfois une demi-page - ou longs - jusqu’à huit ou dix pages - comme de petites nouvelles en vérité, distrayants (page 59 Los tres shastres) ou austères, voire amusants (page 75 : “Ce que veulent les femmes ? dix maris chacune”.)

Et comme on ne prête qu’aux riches, en plus de Salomon, Eliahou Anaví et consorts, on trouve même Napoléon dialoguant avec un juif :
Napoléon : “Juif, comment t’appelles-tu ?
“Je m’appelle Moshe, je suis professeur d’Histoire Sainte; et toi ?”
“Moi je m’appelle Napoléon et je suis le chef de l’armée française. J’ai une question à te poser; si tu y réponds tu gagnes la moitié des 4000 F que j’ai sur moi.” (et le juif les gagne…)

Lisez plutôt comment il soutire à Napoléon, non sans astuce, les autres 2000 F !6
Encore un livre indispensable aux enseignants !7

Jean Carasso
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