La fragilité du bien - Le sauvetage des juifs bulgares (1)


Textes commentés par Tzvetan Todorov


Il ne s’agit pas de la première étude sur le sujet, toujours controversé à l’heure actuelle, du sauvetage durant la guerre des Juifs de Bulgarie par les autorités et la population bulgare elle-même, malgré la pression des Allemands.

Nous avions commenté en juin 1995 le livre de l’Universitaire américain Guy Haskell From Sofia to Jaffa exposant le départ massif, après la guerre, des juifs de Bulgarie vers Jaffa, mais qui évoquait nécessairement en préalable le sauvetage de ladite population durant l’occupation allemande.

Puis en juin 1996, Sara Konfino-Golub, elle aussi tout comme Guy Haskell originaire du même pays, racontait2 en judéo-espagnol sa souffrance toujours vive cinquante ans après, et un épisode très émouvant, au cœur même de la - peut-on écrire - “controverse” ?
Quel est l’objet de la discussion ?

Le rôle du roi Boris dans le fait que les juifs de Bulgarie ont souffert de la guerre (les 20000 juifs de Sofia ont été exilés vers la province, dans des conditions difficiles) mais ont été épargnés du massacre.

Il semble que ce rôle du roi3 ait été mineur et qu’il ne se soit guère compromis dans un sens ni dans l’autre. Mais au total il a plutôt “navigué” avec diplomatie face aux exigences d’Hitler rencontré le 31 mars 1943 et de Ribbentrop.

Le brutal constat est que, si les juifs de Bulgarie primitive (dans ses frontières de 1939) ont été épargnés, la totalité de ceux des territoires occupés par la Bulgarie dans le sud, avec l’accord des Allemands (Thrace et une partie de la Macédoine) ont trouvé la mort. Marché secret ? Pas de réponse indiscutable, documentée !


Dans le sens de la solidarité maintenant avec les juifs :
une bonne partie de la population, d’accord en cela avec une bonne partie du clergé:4 la Bulgarie n’a guère connu, contrairement à certains pays voisins, d’anti-judaïsme clérical.

Dans le même sens, la volonté de quelques hommes déterminés, intellectuels, syndicalistes, politiques. L’action fut prépondérante de Dimitar Péchev, vice-président de l’Assemblée nationale, avec 42 députés partisans pourtant de la majorité conservatrice aux commandes.

Il faut noter qu’après la prise de pouvoir des communistes, l’épuration commença, ne tenant aucun compte de la position des politiques sur le sujet qui nous occupe.5
Le présent livre rassemble la majeure partie des textes faisant foi et des journaux personnels tenus par le premier ministre et d’autres, textes bien encadrés par Tzvetan Todorov.

Jean Carasso
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