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En turc - 1998 Oui je suis un Salonicien - Sabbétaïsme turc Article - Istanbul 174 pages.
                                                                           

Ilgaz Zorlu


Un des épisodes parmi les plus singuliers du développement de la pensée juive à travers les temps est celui de Sabbetaï Sevi, ce personnage énigmatique dont l’exemple douloureux a conditionné par la suite tout le développement du mysticisme dans le monde hébraïque.

Son apostasie entraîna dans l’islam un certain nombre de ses adeptes, et bon nombre des descendants de ces convertis se sont concentrés à Salonique, dans la ville-mère du judaïsme séfarade.

Bien que l’origine de ceux-ci soit indubitablement hétéroclite, cette particule éloignée du judaïsme, aux croyances décidément hérétiques, est proche, tout au moins linguistiquement, du monde séfarade, car au fur et à mesure que la connaissance de l’hébreu se perdait parmi eux, la langue de la foi devenait le judéo-espagnol.




En 1923, à la fin des hostilités entre la Grèce et la Turquie, cette ethnie qui, juridiquement, passait pour musulmane, a été contrainte, ainsi que tous les autres musulmans de la région, à un échange avec la population grecque orthodoxe d’Anatolie. Tout portait à croire que ce déracinement entraînerait inévitablement la perte d’identité de ce groupe dont les membres sont connus dans les territoires de l’ex-Empire ottoman sous les noms de Dönmé, convertis.
Les faits semblent toutefois démontrer que même si la majorité de ceux-ci se sont de nos jours éloignés de leurs racines juives, une certaine composante a quand même conservé une fraction de ses attaches.

Ce livre récemment publié à Istanbul – et qui a connu à ce jour six réimpressions – est écrit par un Dönmé profondément attaché à son passé ; il rassemble des articles publiés dans des revues en langue turque, traitant des divers aspects des traditions et de la culture des descendants islamisés des adeptes de Sabbétaï Sevi ; il ouvre une brèche dans le mur de silence qui entourait ce groupe. Parce qu’il traite d’un sujet jadis tabou, il semble avoir perturbé quelque peu les esprits et inquiété bon nombre des membres du groupe qui prennent leur distances avec l’auteur. Il ne faut donc pas s’étonner si plusieurs écrits, en Turquie1 comme en Israël2, contestent ce livre en détail.

L’auteur trace un portrait de Sabbétaï Sevi comme celui d’un grand maître de la Kabbale et fait allusion à des textes qui seraient inconnus des penseurs juifs mais aucune référence documentaire n’est fournie. Il considère le monde des Dönmé comme une composante du monde juif, faisant des rapprochements avec les Caraïtes et les Falachas, tout en insistant sur leur contribution à la modernisation de l’Empire ottoman et de la République turque.

L’auteur voudrait que son groupe soit reconnu par les Juifs et les Turcs et il réclame pour les siens une place dans le judaïsme avec un lieu de culte qui devrait, selon lui, lui être attribué par le Grand Rabbinat de Turquie. Il souhaite aussi le retour à sa communauté de tous les documents sur le sabbétaïsme conservés à l’Institut Ben-Zvi de Jérusalem.

Mais, en dehors des aspects quelque peu folkloriques de ces réclamations, il est intéressant, après des siècles de silence sur le monde Dönmé, d’être confrontés à un texte, issu d’une fraction de ce groupement particulier, ô combien représentatif mais certainement très minoritaire. Ces textes, quoique ne nous révélant rien de vraiment neuf sur le sabbétaïsme, parlent clairement des Dönmé, des discriminations qu’ils ont subies et expriment un certain attachement à la souche juive dont ils sont issus.

Giacomo Saban
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