The House by the sea, a portrait of the holocaust in Greece - (Élia Aélion &) Rebecca Camhi Fromer


En américain, 1998 –La maison sur la mer, portrait de la Choah en Grèce– Editeur Mercury House, 736 Clementine str. San Francisco CA 94103 USA
169 pages, 23 photographies.

C’est un très beau livre que nous propose Rebecca Camhi Fromer, plein de poésie, de douleur et de drame aussi. Elle détaille de nombreux faits et reproduit une série de documents concernant la Choah en Grèce. Elle nous propose une image intime d’Elia Haïm Aélion durant les années dures : 1941/1944. L’auteur l’a interviewé, (sans magnétophone nous précise-t-elle) à San Francisco où il est venu vivre après la guerre1. Rebecca écrit son histoire à la première personne, nous plongeons dans sa vie…

Elia est né à Salonique en 1918, fils de Haïm et de Matilda Errera. Mobilisé en 1939, il participe en 1941 à la retraite de l’armée grecque battue au nord par les Allemands s’étant substitués aux Italiens. Il fait retraite à pied et se retrouve finalement à Athènes.

Entre temps les Allemands sont entrés à Salonique, le 9 avril 1941, et la répression des juifs commence. Elia se rend compte qu’il est préférable de demeurer dans Athènes occupée par les Italiens, d’autant que la plupart des Grecs habitant Salonique sont venus d’Asie Mineure (en 1923) et entretiennent peu de contacts avec la communauté juive.

La voix d’Elia nous raconte l’enfance, la maison du grand-père maternel au bord de l’eau, l’école Alcheh, les visites entre familles, les affaires : son père dirige la maison Aélion, Rousso et Botton qui vend du raki, de l’ouzo, du cognac et des anchois salés. Les liqueurs dorment sous le sol de l’entrepôt.
Elia a une sœur Sol et un frère Albert. Il va nous conter leur disparition et celle de toute la famille, depuis Salonique jusqu’à Auschwitz : A la gerra, la ley queda cayada… Elia est pourtant venu à Salonique dès 1941 pour aider sa famille à fuir vers Athènes.



 
Son oncle Joseph Errera, marchand, parvient à transporter son stock de tissus vers Athènes, et Elia réussit à le cacher chez des commerçants grecs, derrière de faux murs. Mais il faut de l’argent pour survivre dans la clandestinité, on doit donc convertir les tissus en or, transportable et échangeable contre des drachmes.

Les liqueurs de la maison Aélion sont dissimulées dans l’entrepôt mais les Allemands les trouvent et le père d’Elia, sans moyens maintenant, ne pourra s’enfuir aussi facilement. Un second oncle d’Elia est médecin et riche, il se cache avec sa femme et ses deux filles chez une Mme Boyer, qui va les trahir; ils disparaissent. L’oncle Joseph, parvenu à Athènes, se cache avec une famille Mishulam dans une villa des environs. La fille Mishulam est très belle, elle est raflée en ville. Les deux familles disparaissent. 
Le 3 septembre 1943, l’Italie capitule et les Allemands occupent Athènes. Elia, muni de faux papiers, est caché à l’hôtel Atlas, avec d’autres Juifs. La famille de son ami Saporta arrive à Athènes, il déménage avec elle dans une maison appartenant à Mme Eleni Nikolaides, rue Patmou. Il y a là son ami David Saporta avec sa sœur Rachel, ses frères Joseph et Vital, ce dernier avec son épouse Allegra. Dans la maison voisine sont aussi cachés les oncles et tantes des Saporta, des Carasso et des Benveniste.
A l’automne de 1943, Elia et d’autres jeunes essaient de quitter Athènes pour gagner le maquis dans la région de Dervanohoria avec des partisans grecs.
Depuis le 20 mars 1943, les Juifs de Salonique sont déportés. Elia réussit à parler une dernière fois au téléphone avec son père.
Le rabbin de Salonique, Koretz, qui préconise la collaboration avec les Allemands, disparaîtra. Plus tard à Athènes, le rabbin Barzilaï résiste et détruit les archives de la Communauté.
La vie dans la montagne est dure, les paysans vendent tout en drachmes et on en manque. Il fait froid, la nourriture est rare, les Allemands attaquent les partisans du village. Elia et les Saporta ne tiennent que quatre semaines et rentrent à Athènes dans un camion de charbon. Ils se cachent alors chez une voisine de Mme Nikolaides, une Arménienne, Mme Yazitzian. L’appartement- cachette est un sous-sol avec des lucarnes au ras du sol. Un jour Elia et les Saporta observent les bottes des soldats allemands venus chercher un espion italien.

A la libération de 1944, la vie continue, difficile. La révolution communiste commence, et l’hiver est très dur. Plus tard quelques déportés libérés des camps d’extermination reviennent et sont accueillis. Il n’y a presque plus rien à manger, on ajoute de l’eau dans la soupe. Faze fijos2 ordonne Rachel au potage….

A la fin de la révolution, Elia épouse Rachel et quitte Athènes pour tenter de retrouver ce qui reste à Salonique, presque rien pour lui. Sa famille a disparu, la maison de son grand-père, près de la mer, est occupée par des étrangers, mais dans le jardin il trouve trois pierres tombales de sa famille, que son père ou ses oncles ont pu sauvegarder lorsque les vandales ont détruit le cimetière juif.
Il veut vendre les restes de la fabrique et ne retrouve qu’une malle en osier qu’il n’osera ouvrir durant une longue période. Lorsqu’il se hasardera à le faire, il y découvrira le trousseau et la robe de mariage de sa sœur…

Guy Benveniste
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