Sefarad (Roman) - Daniela Frassineti Tedeschi


En italien, 1998, Librificio Editore Proedi srl, Vie E.Biondi I 20154 Milan
fax : 39 02 33 10 70 15, 208 pages

L'auteur nous entraîne à travers l'Andalousie (Cordoue, Jaén, Grenade, etc... ) de la fin du quinzième siècle, au moment même de l'application de l'Edit de Ferdinand et Isabelle, obligeant tous les juifs espagnols soit à se convertir au catholicisme, soit à quitter le pays avant minuit le 2 août 1492. 

 Le roman suit le devenir de quelques personnages qui vivent tour à tour les différentes possibilités d’existence du moment et met en évidence toutes les embûches, pour ne pas dire les impossibilités à vivre, des marranes : Harcèlements financiers de ces “nouveaux chrétiens”, titres auxquels ils ne pouvaient prétendre, surveillance et dénonciation des voisins pour ceux qui restaient fidèles à leur judéité ou par simple cupidité, tortures, autodafé1...

Ruth de Barrios, jeune fille très velléitaire, choisit de rester en Espagne plutôt que de s'exiler avec son père et son frère, et se convertit donc, tout en gardant sa foi hébraïque.  Remarquée pour sa beauté par un jeune seigneur, Francisco Carvaho, elle sera forcée de l'épouser, sous contrainte de dénonciation.
Gabriel Lopez, autre converso (marrane), dont les parents ont été brûlés pour avoir célébré en secret Roch Hachana, essaie de constituer un groupe pour maintenir les rites, est arrêté et torturé par l'Inquisition, mais sauvé in extremis par un personnage influent.




Bien entendu, Ruth et Gabriel sont amoureux et l'intrigue romanesque amènera Gabriel à tuer Francisco en combat singulier et à s'enfuir d'Espagne avec Ruth, pour vivre enfin libres leur foi et leur amour.

Le roman est un peu inégal : il faut dépasser les cinquante premières pages pour commencer à être vraiment pris par l'histoire. Certains personnages secondaires disparaissent avec leur mystère : les uns empoisonnés sans savoir par qui ou pourquoi, d'autres, comme la famille de Ruth, au fil d'une lettre de Salonique.... D'autres personnages secondaires sont pourtant plus étoffés et on suit leur devenir tragique, tel Don Manuel Caballero, orfèvre de talent, qui meurt sur le bûcher, dénoncé par des voleurs ayant trouvé dans ses bagages un livre de prières en hébreu, ou encore le grand Inquisiteur Don Sanchez de Pontevedra qui meurt empalé par un taureau lors d'une corrida à laquelle il assistait...

Mais dans l'ensemble, on est pris par la narration et on apprécie la richesse de l'ouvrage pour ses descriptions historiques et des us et coutumes de l'époque (description du kanun et d'autres instruments de musique, des instruments d'orfèvrerie, d'une procession en l'honneur de la Vierge, de la conversion, du fonctionnement de l'Inquisition, de l'insécurité des routes, scènes de fête, de chasse et d'orgies, discussions politiques qui restituent le contexte national, européen et même outre-Atlantique avec la découverte de l'or en Amérique)...
Au plaisir du texte, s'ajoute celui de la langue : quelle grande satisfaction de le lire en italien - Italie terre d'accueil ou de passage de tant de Sépharades... -  même si tout au long des pages, on aurait souhaité le lire en espanyol muestro....

A noter également : le roman est suivi d'un appendice d'une dizaine de pages qui résume l'histoire des Juifs d'Espagne, depuis leur installation dans la péninsule ibérique, mentionnant notamment d'autres périodes de conversions forcées et/ou d'exil2, qui cite le texte de l'Edit d'expulsion et qui traite de l'institution de l'Inquisition en Espagne, de la diaspora espagnole, des marranes et de leur religion. Et s'achève sur une bibliographie de près d'une trentaine de titres, pour ceux qui veulent en savoir plus...

Laurence Cohen


Kon una pyedra, 
no muele el molino


Avec une (seule) pierre le moulin ne peut moudre.
 
Refranes de los judios sefardies de Saporta y Beja.
1978 Ameller Ediciones, Barcelone, page 159
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