Musique : La tradicíon musical en España, romancero Sefardi - Susana Weich-Shahak


1998. Editeur : Tecnosaga S.A. Dolores Armengot 13  E 28025 Madrid, 
fax 91 461 86 53.

Depuis bien des années, Susana Weich-Shahak poursuit avec autant de compétence que de persévérance la collecte et la mise en perspective du romancero judéo-espagnol, au fil des enregistrements qu’elle recueille - effectuant les prises de son elle-même sur place - auprès des personnes qui les interprètent. C’est en général la Phonothèque d’Israël (Université hébraïque de Jérusalem), pour laquelle Susana travaille, qui abrite tous ces trésors de mémoire. Et c’est en Israël qu’elle a réalisé tous ces enregistrements, durant un quart de siècle !

Dans les numéros 12 (décembre 1994) et 17  (mars 1996) de la “Lettre Sépharade” nous avons commenté deux superbes petits livres qu’elle a fait éditer en Espagne, exactement dans le même état d’esprit.

Puis dans nos numéros 15 (septembre 1995) et 24 (décembre 1997) nous l’avons évoquée comme directrice musicale et responsable de disques. Personne n’est donc plus que Susana familière de cette rubrique…

Dans le présent disque, sont associées, par paire, les interprétations classiques, l’une du Maroc et l’autre de Grèce (la n°3, de Rosa Avzaradel, originaire de Rhodes, qui a tant enregistré avec Susana), mais surtout de Turquie. Et il est très touchant, de la part de Susana, d’avoir pensé à reproduire dans le livret fort bien réalisé les photos de six de ces interprètes.

Méthodologiquement, le travail est important. Il permet entre autres de constater similitudes et différences entre les versions marocaine et balkanique, c’est à dire de pondérer les influences des diverses cultures musicales de l’environnement. C’est affirmer sans discussion possible l’origine hispanique médiévale commune de ces chansons ! 


Dans un livret bilingue aussi petit, 16 pages, Susana Weich-Shahak parvient à expliquer en termes simples tout le fruit de cette recherche systématique.
Elle attire notre attention sur ce que -  et nous l’observons en effet - les versions balkaniques comportent quelques ornementations arabo-turques - issues du makamlar - qui ne figurent pas dans les versions marocaines, ré-hispanisées en quelque sorte.

Quelques remarques pêle-mêle à l’audition : la belle voix jeune de Rina Bénabu, la prononciation claire, aux syllabes détachées, de Rosa Avzaradel. Les deux versions de Landarico (la reine adultère) : si dans la première la reine a conçu deux enfants du roi et deux de son amant, dans la seconde version l’amant lui en a fait trois. Mais dans l’une comme dans l’autre elle n’échappe pas pour autant à la décapitation par l’épée… Les deux versions de la Doncella guerrera sont superbes, l’une par un homme - Josepo Burgana - s’accompagnant au jumbush, l’autre par Rina Bénabu à nouveau, qui prononce la jota à l’espagnole et ne chante pas exactement le texte rapporté dans le livret, mais qu’importe…

Une mine de ressources pour les interprètes contemporain(e)s en quête de romances à interpréter.

Jean Carasso

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