Images et traditions Juives / Yiddishland - Gérard Silvain


1984 CELIV, collection “Les peuples par l’image”préface d’Alain Poher, président du Sénat.
480 pages de grand format.
C’est notre lecteur Simantov Tazartès qui nous a offert ce superbe volume. Merci encore.

1999 Hazan. Très utile préface historique de 24 pages d’Henri Minczeles. 
586 pages.
(Une édition en anglais est prévue pour l’automne 1999).

Il aura fait preuve d’une belle persévérance, Gérard Silvain ! Depuis trente-cinq ans maintenant, il acquiert, collectionne,  échange et met en ordre des cartes postales illustrant le monde juif.

Les ayant thématiquement classées, il les reproduit en volumes tels les deux qui retiennent notre intérêt dans la présente chronique.

Il est bien évident qu’une collection de photographies, de cartes postales, ne peut acquérir de sens historique et sociologique que par un effet de masse et un grand esprit de méthode. C’est le mérite de Gérard Silvain d’avoir mis en application ces principes de base.

Dans le premier livre, sous-titré : “Un millier de cartes postales (1897-1917) pour servir à l’histoire de la Diaspora”, Gérard Silvain explique que les dates limites lui ont été en quelque sorte dictées par l’Histoire : 1897 voit mettre en route la révision du procès de Dreyfus dans un déferlement d’antisémitisme qui a caractérisé les années précédentes. 1917 marque la déclaration Balfour et l’entrée des troupes britanniques à Jérusalem, sonnant le glas de l’Empire ottoman.

Les cartes sont présentées ici par pays dans leurs contours de l’époque, ce qui explique la surprenante absence de la Pologne et les trente pages consacrées à l’Autriche-Hongrie entre autres. Les vues alternent avec des textes. Roger Ikor par exemple commente l’arrivée en France de ses parents et s’extasie devant l’ancienneté et la dispersion géographique des communautés juives en France, souvent petites. C’est toute l’histoire du judaïsme qui défile, entre les commentaires pertinents et documentés de Gérard Silvain et les textes offerts par divers intervenants. Tous les aspects des cultures et des civilisations juives sont ainsi abordés, de telle sorte que ce livre peut être envisagé sans difficulté plus comme une encyclopédie du judaïsme mondial qu’une collection de cartes postales !

Concernant notre culture balkanique l’auteur explique nombre d’implantations, à Monastir, Smyrne, Kirklissé, Andrinople, Salonique, Constantinople etc.

Un chapitre entier est consacré aux divers congrès juifs mondiaux (Bâle, etc.).





Le second volume est sous titré : “Voyage dans le monde du Yiddishland” et procède d’un autre éclairage. Il s’agit d’illustrer ce qu’intuitivement nous comprenons tous par Yiddishland, qui n’est pas un pays - ce qui est contradictoire avec la notion de land au sens strict - qui n’a pas d’existence légale, qui n’a pas de frontières précises et qui transcende tout cela par la langue véhicule. C’est une civilisation, une culture qu’Henri Minczeles décrit remarquablement dans sa préface de 24 pages.

La méthode d’exposition choisie pour les cartes postales s’ordonne d’abord autour des centres les plus importants de la Yiddishkayt : Vilna, puis Lodz, Varsovie etc., devient plus loin systématique : les synagogues, la vie rurale, les grands hommes.

Il est surprenant, mais Gérard Silvain l’explique bien, que nombre de photos aient été prises par des correspondants de guerre allemand durant la période 1914/1917, souvent éberlués par les communautés qu’ils rencontraient, si éloignées dans leur mode de vie de la manière occidentalisée, assimilée pourrait-on dire, des juifs en Allemagne.


A Lodz, où 40% des habitants sont juifs en 1915 lors de l’entrée des troupes allemandes, les juifs et les Allemands ne se montrent aucune hostilité. Ces derniers débarrassent en effet les juifs de la cruelle prépondérance des tzaristes ! A la veille de la seconde guerre mondiale, Lodz compte encore 220000 juifs malgré un notable courant d’émigration entre les deux guerres. La plupart - 200 000 - seront assassinés, exterminés, en septembre 1944 dans le ghetto formé préalablement.
On apprend aussi au passage que 3000 juifs vivaient dans la petite bourgade d’Oswiecim (Auschwitz en allemand) avant la guerre, dont pas un n’a survécu et l’on se remémore que les deux cents rescapés de Kielce connurent un pogrome meurtrier (un quart d’entre eux tués et combien de blessés ?) une petite année après la libération des camps : merci Gérard de le rappeler ! Sous forme de cartes postales qui défilent, on les voit en période calme, ces paisibles villages proprets, sans relief.

Une section est dévolue plus loin aux cartes antisémites et nombre de photographies illustrent les pogromes du début du siècle en Russie.
Les dernières vues sont consacrées à la périphérie du Yiddishland, (Londres, Amsterdam, Paris, puis New-York, Tel-Aviv etc.)

On ne sera pas surpris de trouver nombre de photos reproduites dans les deux ouvrages !
Il s’agit d’un livre fort émouvant et d’une très belle réalisation éditoriale et technique.

Jean Carasso


On ne peut s’empêcher d’évoquer ici au passage le passionnant n° 61 (sept.déc.98) - après d’autres sur le même sujet - de la revue de la Fondation Auschwitz à Bruxelles1  comportant nombre d’interviews réalisées ces années dernières dans des villages polonais proches des camps, où des témoins, agriculteurs, conducteur de train, ménagères, racontent tranquillement leur petit marché noir avec les gardes ukrainiens de certains camps et leur très bonne connaissance, parfois directe, souvent indirecte des massacres perpétrés à l’intérieur. 

Jacques Lanzman, Spielberg, Yad Vachem, le CDJC ont fait des émules et tous les témoignages qu’il est encore possible de recueillir auprès de témoins directs sont bienvenus.
Comments