Alexandrie sur Seine - Frédéric Galimidi


1999, Éditeur : Les Cousins de Salonique, l’Enclos vert, avenue Guynemer, F-13150 Tarascon.
230 pages.

Es bueno, esto, para mosotros ? demanda la nonna déjà très âgée, en ce 23 juillet 1952, le jour du coup d’État de Naguib qui prépara l’arrivée de Nasser au pouvoir. Aujourd’hui on pourrait lui répondre : “Non, pas vraiment…”

Frédéric Galimidi avait à l’époque 24 ans, étudiait le droit. Il a exercé sa profession d’avocat en France. Maintenant en retraite, artiste peintre reconnu,1 il a été saisi, comme bien d’autres, de la nécessité impérieuse de raconter. Il l’a fait avec un réel talent littéraire dans ce petit livre sympathiquement présenté.

Comme elle a été difficile, comme elle a été longue, l’adaptation en France - ou ailleurs dans le monde - de ces Juifs brutalement expulsés d’Égypte en 1956, partis souvent avec les seuls vêtements qu’ils portaient sur eux, stupéfaits, abasourdis de ce qui leur arrivait !

Nous en connaissons bon nombre, réinstallés  avec un immense courage. Pour ne citer ici que ceux qui ont publié (leurs noms sont familiers à nos lecteurs) : Jacques Hassoun2 à Paris, Albert de Vidas, notre confrère aux États-Unis, qui édite Erensia Sefardi et Amicale Alexandrie,3 Victor Sanua, qui crée actuellement un nouveau bulletin de liaison bilingue I.A.J.E.4 et Frédéric Galimidi, qui nous raconte aujourd’hui, sa méritoire remontée dans la société, pas à pas, modestement, alors que là-bas, sa famille appartenant à la bourgeoisie aisée, il menait une vie tranquille.



Il nous rappelle la belle qualité de l’existence en Égypte, que tous les anciens s’accordent à reconnaître, même si l’on fait la part de la nostalgie, et incidemment ses rencontres avec le roi Farouk - sur lequel il porte un jugement positif - dans des clubs huppés de la côte.

Sa scolarité terminée et la situation des Juifs  et des étrangers s’aggravant dans le pays entre 1952 et 1956, il a fallu accepter tous ce qu’on appelle maintenant “les petits boulots”, y compris celui - obtenu pourtant par pressante recommandation -  qui dura deux années, à compter des boulons, dans les sous-sol d’une entreprise… jusqu’à la révolte finale. 

À la mort du père -  déjà séparé de sa famille - l’auteur et sa mère embarquent pour l’Europe, le 24 décembre 1956, dans des conditions dures, malgré leurs “relations” au sein de la hiérarchie égyptienne. Ils débarquent à Syracuse.

Le père et la mère de Frédéric Galimidi étaient originaires de Constantinople, comme de nombreux juifs d’Égypte que la relative prospérité économique du pays dans la dernière partie du XIXème siècle avaient conduits à émigrer de Salonique ou d’autres villes balkaniques de l’Empire ottoman, alors en déclin.

Puis à Paris l’errance d’hôtel minable en petit hôtel, la quête éperdue d’un permis de séjour provisoire et le premier emploi, au Joint.5 Le début de la remontée…

Jean Carasso

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