Revues : Cronica

Kronika-Cronica, Revue de judaïsme grec, nouvelle adresse : odos Voulis 36   GR 105 57 Athènes.
Cronica dans son édition de septembre/ octobre 1998 nous propose un article de Georges Saragianni sur “La famille Saporta, de Catalogne et d’Aragon en Grèce, et les relations avec les Romaniotes et les Sefaradim de l’espace grec”.

Nous avons proposé à Jo. Saporta, qui a lui-même étudié la question, de nous commenter cet article :

L’auteur avait déjà fait une communication sur ce sujet en 1992. L’article actuel comporte nombre d’additions et il est très bien documenté.
Georges Saragianni passe tout d’abord en revue les multiples orthographes du nom, mentionne les possibles étymologies : Seis portas qui lui (et me) semble inconsistant, le plus probable Ça Porta (“la porte” en catalan) et ajoute une autre possible étymologie à partir de Shaprout, avec des explications en hébreu.

Enfin il fait mention de trois armoiries attribuées à des Saporta de Tarragone, de Languedoc et de Bavière.

L’auteur offre nombre de renseignements sur les Saporta juifs en Espagne pré-exilaire (le nom apparaît pour la première fois en 1249) sur les convertis restés ou partis après l’expulsion, sur les homonymes de Montpellier, d’Amsterdam, de Bavière ou encore de la Jamaïque, et cite certains Saporta en Grèce aux XIXème et XXème siècles.
Cet article, comme presque tous les ouvrages qui remontent les siècles, est loin de satisfaire : les renseignements sont forcément fragmentaires et la destruction ou l’inexistence d’archives en  Empire ottoman etc. créent un vide documentaire sur trois siècles.

A l’occasion de cette lecture, j’ai repris les quelques articles et extraits que j’avais réunis au fil des ans. Cela m’a mené bien loin de la famille Saporta.
Je me demande, étant donné la multitude des mentions du nom au XIIIème siècle en des lieux divers, s’il s’agissait déjà à cette époque d’une même famille.

Tout ceci me mène à poser des questions générales sur la genèse des patronymes chez les Sefaradim (choix ou mode d’attribution du nom de famille, et surtout date du début de cette pratique). On sait que les patronymes ont été imposés aux Ashkénazim au début du XIXème siècle, mais je ne sais rien quant à la pratique sépharade.

Face à cette question de naissance des patronymes vient s’ajouter une réflexion personnelle sur leur disparition naturelle : mes enfants ont reconstitué notre arbre généalogique débutant à la première moitié du XIXème siècle (… manque d’archives antérieures !). A la sixième génération, sur une descendance directe d’environ 390 personnes, il ne reste plus que cinq garçons portant le nom de Saporta. Logiquement, dans une ou deux générations, le nom aura complètement disparu dans la “tribu”.







Le patronyme est bien loin d’être le fil d’Ariane familial exhaustif !

Pour terminer, je préférerais au titre de l’article de Saragianni celui d’un Institut de Lérida : Apellidos sefardis de los Balcanes existentes entre los judios medievales de Lerida y Huesca.

Mais ceci, comme dirait Kipling…

Jo Saporta



Le même Cronica, mais dans son édition de novembre-décembre 1998 (n° 158) publie un article de Raphaël Frezis qui a retenu l‘attention de Bernard Pierron : L’ancienne communauté juive de Didimotikho.

Raphaël Frezis, que nous connaissons bien pour son ouvrage exhaustif sur la communauté de Volos1 publie cette fois un long article concernant une autre communauté maintenant disparue.

Il semblerait qu’aux Juifs autochtones, les Romaniotes, se soient joints vers 1376 des Achkénazes chassés de Hongrie, suivis par les Sépharades un peu plus d’un siècle plus tard, et enfin de quelques Hongrois que les Ottomans, retour de leur expédition en Hongrie installèrent dans cette ville, turque depuis 1362. L’élément dominant étant le sépharade, il imposa ses mœurs et sa langue judéo-espagnole. 

Si la vie économique de la ville durant les XVIIème et XVIIIème siècles est plutôt calme, avec la création de la ligne ferroviaire Alexandroupolis-Andrinople, la bourgade paisible connait un regain d’activité au XIXème siècle, dont certains israélites sauront profiter. Regroupés à l’origine autour de l’église de la Vierge, les juifs s’installent progressivement dans d’autres zones et ouvrent même, en 1884 une école technique financée par l’Alliance. Le recensement de 1893/94 nous donne avec une certaine précision la composition de la population : sur un total de 26441 habitants il y a 628 juifs qui exercent des métiers variés : on trouve un banquier, un prêteur, des négociants, des cochers, des petits commerçants, des épiciers, des colporteurs, des marchands des rues, des tailleurs, des cordonniers, soit en tout 140 professions représentées. Parmi les organisations sociales qui constituent la structure de toute communauté, existe une Sociedad de Damas fondée dans un dessein caritatif.

En 1897 est créée une école de l’Alliance où sont enseignés, entre autres le grec, le français et le turc. Il faut souligner qu’au bout de quelques années, cette école accueillera des élèves des deux sexes et qu’il faudra bientôt envisager de l’agrandir. La première pierre du nouveau bâtiment fut posée au cours d’une cérémonie dont le journal judéo-espagnol d’Andrinople La Boz de la Verdad se fit l’écho en qualifiant la communauté de Didimotikho “d’exemplaire”. Lors de cette cérémonie, une pièce de Molière fut jouée en français. Les résultats scolaires étaient en effet très positifs.
En raison des guerres balkaniques et de la première guerre mondiale, Didimotikho connut quelques années très troublées : elle fut occupée par les Bulgares (1912), récupérée par les Turcs (1913-1915), remise aux Bulgares en 1915 et enfin à la Grèce en 1919. Ces événements ne favorisèrent pas la croissance économique de la région. Plusieurs familles juives quittèrent la bourgade, en particulier pour la ville proche de Néa-Orestiada qui était en plein développement. Par ailleurs, la crise de 1930-1932 contraignit nombre de commerçants à fermer leurs établissements.

C’est en 1924 que fut construite la grande synagogue qui abrita également les bureaux et le centre culturel de la communauté.2 Par contre, cette année scolaire 1924-1925 fut la dernière pour l’école de l’Alliance d’où étaient sortis de nombreux diplômés partis poursuivre des études supérieures dans d’autres villes de Grèce ou à l’étranger. Il restait l’école communautaire qui eut comme professeurs et directeurs des personnalités comme Joseph Pesah et Elie Barzilaï. A compter de 1936/37, l’enseignement du français et du judéo-espagnol fut supprimé, les cours se donnant désormais en grec et en hébreu pour les matières religieuses.

Une famille originaire d’Andrinople a particulièrement marqué l’histoire de la communauté à Didimotikho depuis le début du XIXème siècle : il s’agit de la lignée Tzivré qui fit fortune dans l’exportation des cocons de vers à soie. En utilisant le registre professionnel de 1938, R. Frezis nous fournit quelques noms de familles. On y trouve des Tzivré, toujours actifs dans le commerce de la soie, mais aussi des Taraboulous, Aboulafia, Eskénazi, Berah, Alkabès, Alkabénis, Azouz, de Toledo etc.

La ville fut occupée par les Allemands en 1941. Le 3 mai 1943 les israélites furent convoqués et emprisonnés dans la synagogue. Le lendemain, 740 personnes furent chargées dans des wagons à bestiaux et conduits à Salonique d’où elles furent déportées vers la Pologne le 10 mai 1943.

Bernard Pierron




(D’après Molho, au tableau publié dans In Memoriam, 970 personnes auraient été déportées de Didimotikho, dont une trentaine seulement seraient revenues. Mais les chiffres de Frezis résultant d’études récentes plus approfondies sont probablement à retenir.)

La Rédaction
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