Reportage : Musées Juifs en Europe


L’année qui vient de s’achever aura vu s’ouvrir deux importants musées juifs en Europe, qui ne sont pas sans de nombreuses similitudes.1

Il a donc semblé intéressant de les traiter  dans le cadre d’un même article.

Le premier a été inauguré à Athènes le 10 mars et le second à Paris en fin novembre.

Bien entendu, l’échelle est différente, mais la liste serait longue des points de ressemblance les plus frappants. Sans être exhaustifs, il faut bien remarquer que tous les deux sont établis dans des immeubles plus ou moins anciens, intégralement reconstruits. Que tous les deux prennent la suite de musées plus modestes établis ailleurs et devenus insuffisants. Que tous les deux ont été largement subventionnés par les pouvoirs publics de leur pays respectif quant à leur création.2

Et, plus troublant, que les parcours eux-mêmes des visiteurs présentent nombre de points communs. Il faut d’ailleurs à ce sujet  poser, se poser une question de base : qu’est-ce qu’un musée juif qui aspire à recevoir des visiteurs de toutes nationalités, de toutes croyances et horizons culturels ? Il va de soi que les concepteurs, réalisateurs et responsables actuels de ces musées se la sont posée, cette difficile question, laquelle ne comporte évidemment aucune réponse univoque et simple !

A Paris, “Le schéma général fonctionne de la façon suivante : après l’espace d’introduction, chaque salle correspond à une époque dans une aire géographique et culturelle et à un thème. A l’issue de son parcours, le visiteur aura accompli un périple à travers différentes périodes, eu un aperçu de la diversité des communautés et doit avoir reçu quelques notions essentielles sur les fondements de la culture juive.” 




De sorte que, tout naturellement, après une présentation historique débutant au Moyen-âge- dans l’un comme dans l’autre musée, des pierres tombales portant des inscriptions en hébreu - on en vient à la vie juive à travers son cycle (naissance, circoncision, bar mitzva, mariage) et les grandes fêtes commémorant dans la joie une renaissance nationale : Pourim et Hanouca. Ces circonstances sont illustrées d’objets, de costumes, de gravures anciennes.

La vie juive ne se conçoit pas sans les livres, et à Athènes comme à Paris, d’anciens et fort beaux sont exposés, beaucoup plus nombreux et remarquables à Paris bien entendu. L’échelle n’est pas la même !
L’arrivée dans le monde contemporain, au musée parisien, porte une attention particulière à l’émancipation des juifs dont la Révolution a marqué le début de l’intégration. Sont exposées nombre d’œuvres à thème juif, puis ultérieurement un ensemble pictural d’artistes juifs de l’Ecole de Paris : Soutine, Marcoussis, Pascin, Kisling, Modigliani etc.

La Choah est traitée différemment dans les deux musées : à Athènes, directement dans une grande vitrine3, et à Paris de manière plus allusive supposant une pré-connaissance des faits par le visiteur, mais avec nombre de photos édifiantes sur le Paris de l’occupation allemande.

Comme le bâtiment parisien était en 1939 un immeuble de rapport vétuste et délabré, y habitaient de nombreux locataires, particuliers ou petits artisans et commerçants, majoritairement juifs : on est au cœur du Marais, à deux pas de la rue des Rosiers… Et le parti pris par les réalisateurs de cette section est fort intéressant : ils ont tapissé une courette qui traverse le bâtiment sur toute sa hauteur de plaques portant les noms des locataires en 1939. Dans la pièce à large baie vitrée d’où l’on observe ces noms, sont présentées, fortement agrandies, les fiches d’état-civil de quelques uns de ces locataires dont on comprend qu’ils ont été déportés sans retour. L’effet, allusif, est saisissant.

Le musée d’Athènes est organisé dans un bâtiment du XIXème siècle, de belle façade, intégralement reconstruit en plans successifs spiralés, l’éclairage zénithal très bien conçu laissant partout pénétrer la lumière autour d’un puits central.
Celui de Paris est installé dans le superbe et vaste Hôtel de Saint-Aignan, bâtiment du XVIIème siècle remis à neuf et aménagé avec beaucoup de goût : l’harmonie du bâtiment lui-même aux grandes façades à la française et l’escalier monumental frappent dès le premier abord. A l’intérieur, les accords chromatiques entre pierre et bois des meubles de présentation sont d’un extrême raffinement.

Tout le parcours est marqué par une volonté de ne rien imposer au visiteur, mais de le laisser se motiver lui-même pour rechercher les explications - qui existent - sur telle ou telle pièce présentée. En ce sens, c’est un musée élitiste, dans le bon sens du terme.

Bien entendu chacun des musées propose un espace de lecture, d’écoute et de recherches, de vie en somme : la muséographie moderne ne se contente plus d’exposer des objets mais se donne pour mission d’animer les lieux, de permettre la recherche, l’approfondissement. Et les techniques les plus modernes sont mises en œuvre pour cela. A Paris, la bibliothèque déjà substantielle s’accroît sans cesse par une politique d’acquisitions systématiques et de recueil de dons. Un auditorium remarquablement aménagé en sous-sol complète et facilite cette mission d’animation que se sont fixée les responsables.

Inutile d’en exprimer plus : vous êtes obligés de les visiter pour vous former votre opinion personnelle…et vous ne le regretterez pas !

Jean Carasso



Musée Juif de Grèce, responsable Zanet Battinou
39 rue Nikis 
GR 105 58 Athènes 
Tél 301 32 25 582

Musée d’Art 
et d’Histoire 
du Judaïsme, 
responsable Laurence Sigal 
71 rue du Temple 
75003 Paris
Tél 01 53 01 86 53
E-mail : info@mahj.org


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