Documents on the history of the greek Jews - Photini Constantopoulou & Thanos Veremis

En anglais et français, 1998  : Records  from the historical archives of the Ministry of Foreign Affairs, Kastaniotis Editions, 11 odos Zalongou GR 106 78 Athènes 
fax 384 24 31, 472 pages, Bibliographie, index complet.

Le but de cet ouvrage est de jeter quelque lumière sur certains aspects de l’histoire récente de la communauté juive de Grèce, selon ce qu’affirme Theodoros Pangalos, Ministre des Affaires étrangères, dans une préface qui constitue un survol optimiste de 2000 ans de vie juive, survol dont la brièveté explique sans doute que l’auteur n’ait voulu retenir de cette histoire que les meilleurs moments. Le Prof. Steven Bowman, avec sa vision plus objective d’observateur étranger, dans la seconde préface, redonne aux faits une dimension plus humaine, et en saluant l’initiative tout à fait louable du Ministère des Affaires étrangères souhaite que la parution de cet ouvrage, qui met à la disposition des chercheurs des documents rares - traduits en anglais ou publiés dans l’original anglais ou français - incite d’autres instances officielles helléniques à en faire autant.

La période couverte par la publication s’étend de 1917 à 1957. Les documents qui abordent des sujets aussi nombreux que variés sont classés par ordre chronologique et répartis en deux sections : “Avant la Seconde Guerre Mondiale”, “Pendant et après la Seconde Guerre Mondiale”. La première section comporte 88 traductions ou originaux,1 et la seconde, 71.2 Les notes, aide-mémoire, lettres, télégrammes etc. regroupés, sont si variés quant à leur contenu qu’il serait vain de vouloir ici en donner une compte rendu exhaustif, mais il est certain que pour des chercheurs qui s’interrogent continuellement sur le rôle avoué ou dissimulé des acteurs de l’Histoire, l’accès à une telle documentation, même si la sélection dépend forcément de critères propres aux compilateurs3 est une aubaine et risque de bouleverser le domaine des recherches juives qui, en Grèce depuis quelques années, ne cesse de se développer. A titre d’exemple, si l’on sélectionne les cent premiers documents, on s’aperçoit que les sujets traités vont de l’incendie de Salonique à l’adhésion du gouvernement grec au concept d’un état juif en Palestine, en passant par la question des collèges électoraux séparés pour les Juifs saloniciens si chère à Vénizelos, ou par des problèmes plus ponctuels comme les travaux forcés imposés en 1919 par l’armée grecque à la population juive de Drama, ce que le général Paraskévopoulos dément dans un télégramme. La transformation de Salonique en zone franche, l’enseignement privé israélite, l’obligation de respecter le repos dominical etc. ne sont que quelques thèmes que nous relèverons ici mais qui permettront à quiconque s’intéresse à la question du judaïsme grec de comprendre l’importance de cette compilation d’archives.




Quant à la seconde partie, en particulier les documents 89 à 98 qui ont été rédigés pendant l’occupation allemande, il va sans dire que son intérêt est indéniable. Outre les deux lettres  de protestation de l’archevêque Damaskinos depuis longtemps publiées, nous trouvons entre autres le rapport d’un étudiant : P. Kontopoulos, très critique vis à vis des chefs de la communauté salonicienne (n° 92) et un rapport sur les persécutions de Salonique (n° 94).

Il ne s’agit là, bien sûr, que d’une infime fraction de ce que nous offre ce gros volume de 472 pages, bien illustré et pourvu d’annexes détaillées qui comprennent une synopsis de l’histoire de la Grèce de 1908 à 1951 reliant les faits communautaires aux événements nationaux, des notes biographiques indipensables, des informations sur les journaux, les associations, les organisations juives, une riche bibliographie et enfin un index exhaustif qui permet de s’orienter sans mal dans l’ensemble de l’ouvrage. Si les lettres de gratitude des autorités juives envers le peuple grec pour son action en faveur des juifs opprimés ne manquent pas, on peut regretter que la période de la dictature Métaxas (1936-1941) ne soit absolument pas représentée.

Certains pourront applaudir les initiatives législatives d’après la guerre pour que les quelques juifs rescapés rentrent en possession de leurs biens, tout en regrettant qu’elles aient été suivies de si peu d’effet, d’autres souhaiteront que leur soient servis autant de documents sur le XIXème siècle car l’histoire de la communauté grecque deux fois millénaire ne se limite pas à ces quarante années qui sont certes décisives et dramatiques. Mais chacun trouvera sans doute dans la publication qui nous est offerte sujet à réflexion, et, s’il en a la possibilité, consultera les 1500 originaux qui sont maintenant mis à la disposition des chercheurs.

Bernard Pierron

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