Revues : Gerações Brasil

A trois reprises dans cette livraison, il est question des Deunmés, ce qui est assez curieux car les descendants des Juifs convertis à l’islam dans le sillage de Sabetay Zvi sont, à l’heure actuelle, toujours aussi discrets. Ils sont peu connus et ne font rien pour l’être plus.

Dans Gerações Brasil,1 le bon Boletim da sociedade genealógica do Brasil, (édition de juin 1998), Reuven Faingold, co-éditeur du bulletin,  fait le point de façon claire et concise sur cette lignée, sous le titre “Les Deunmés, juifs islamisés”.

Sabetay Zvi, converti à l’islam, après nombre d’avatars, en septembre 1666 sous le nom de Aziz Mehemet Aga, entraîna des disciples d’un peu partout en Europe, 250 familles dès le début estime-t-on.

Salonique devint centre de gravité de la secte (qualificatif employé par l’auteur de l’article) après la mort du “messie”. Aysha, de son nom musulman, l’épouse de Sabetay mort en 1676 était la fille du rabbin Joseph Filosof, de Salonique, d’où l’importance de cette ville dans la propagation de cette croyance messianique.

Il semble que les conversions se soient effectuées en plusieurs vagues : d’abord les Izmirlis, commerçants, classes moyennes, intellectuels. Ceux-là se sont réellement islamisés pour se dissoudre dans la société turque, au XIXème siècle. Pourtant, l’un de leurs commandements respecté était l’endogamie, ce qui a valu à d’autres de survivre jusqu’à nos jours comme une entité particulière.

Le second groupe, les Jacobitas, disciples de Jacob Querido (qui se donnait comme la réincarnation de l’âme de Sabetay), 43 familles de petits fonctionnaires.

Puis, après 1700, les Konyosos, sorte de nihilistes religieux qui allèrent prêcher jusqu’en Europe du Nord, où l’effervescence messianique culmina entre 1720 et 1726.

Au début, les autorités turques tolérèrent aisément cette secte, persuadées qu’elle pouvait aider à la conversion en masse des juifs. Ce qui ne fut pas le cas.

A Salonique, les communautés juives et deunmés vivaient dans des quartiers séparés. Ici ou là, ces derniers parlaient encore l’espagnol jusqu’en 1870 environ, adoptant ensuite le turc. En 1774 il semble que 600 familles deunmés vivaient à Salonique, mais le nombre était estimé de 10000 à 15000 à la veille de la Première Guerre Mondiale.

Ils furent nombreux parmi les Jeunes Turcs. Les Juifs de Salonique soutenaient - contrairement aux Turcs qui le nient - que Kemal Ataturk lui même était de descendance deunmé.

Lors de l’échange de populations entre Turquie et Grèce en 1923/24, ce dernier pays décida de chasser les Deunmés, les considérant comme Turcs. La plupart s’installèrent à Istanbul, quelques uns à Izmir et Ankara. Certains leur prêtent encore une grande importance dans la Turquie moderne.

Il y aurait encore beaucoup à exprimer sur cette secte, et nous y reviendrons peut-être.

Jean Carasso

Comments