Jewish Folklore and Ethnology Revue

La seconde est le numéro 18 (nos 1 et 2 de 1996, qui n’est pourtant paru qu’en fin de 1997) de la Jewish Folklore and Ethnology Revue 

essentiellement consacré aux crypto-juifs du Sud-Ouest des Etats-Unis. Mais le numéro est beaucoup plus riche, car au delà des 84 pages consacrées au sujet, il comporte aussi une précieuse sonographie des chants judéo-espagnols, complétant une première liste publiée dans la même revue par la même Judith Cohen, de l’Université de Toronto, en 1993. C’est un document indispensable !


En anglais.
Emory University 
Atlanta GA 30322 USA.
100 pages, abondantes bibliographies.

Concernant le premier sujet, l’éditeur nous informe d’entrée, dans sa préface, que jamais dans sa publication il n’eut à subir tant de passion à propos d’une recherche universitaire qui n’en demande pas.

L’affaire est la suivante : un universitaire de talent, Rafaël Pataï, est venu d’Israël en 1947/1948 étudier l’existence - on non - de crypto-juifs à Mexico. Il en trouva deux groupes distincts, publia, et revint sur le terrain en 1950 et en 1964, s’étant entretemps installé aux Etats-Unis dès 1947.

En 1995 de nouveaux articles fort documentés - Stanley M. Hordes et Loretta Levi - mettent en évidence l’existence de crypto-juifs au Nouveau-Mexique. La même année, Judith Neulander publie un article fracassant, provocant, intitulé : “L’existence de crypto-juifs dans le Sud-Ouest (des USA) : une communauté imaginaire”, critiquant ses collègues pour... allégations sans preuves...

Il n’est même pas possible ici de résumer seulement les deux articles anciens de Pataï repris, et les cinq autres présentés, dont celui de Judith Neulander. Tout ce qu’on peut dire est que les multiples publications et témoignages parus ici et là montrent qu’une partie des équipages de Colomb étaient des conversos et qu’au cours de multiples voyages entre la Péninsule ibérique et les Amériques, nombre d’entre eux et de leurs descendants s’installèrent et revinrent - ou non - au judaïsme en fonction des possibilités de le faire. Et pourquoi pas au Nouveau Mexique, bordure sud des USA ? Cette province avait été conquise par les Espagnols dès la fin du XVIème siècle et n’est devenue un État américain qu’en 1818 ! Nier cela est... osé !


Quant à l’article lui-même de Judith Neulander, outre qu’il adopte un ton agressif à l’encontre de Stanley Hordes, véritable règlement de comptes, il s’attache, non à réfléchir sur un ensemble de constats troublants par leur concordance et leur récurrence, mais à réfuter tel ou tel exemple en particulier, telle généralisation qu’elle réprouve de manière si caricaturale qu’elle en devient stupide : This is a strategy of such inept overgeneralization, it is capable of contending that if Jews wear clothes, and Hispanos wear clothes, Hispanos must therefore be Jews.1

Puis elle nous entraîne dans de longues et savantes digressions concernant les “Tribus perdues d’Israël” (sans rapport avec le sujet, personne n’ayant jamais rapproché l’existence de crypto-juifs en Amérique et l’existence de tribus perdues!), et l’iconographie des églises chrétiennes d’ici ou là pouvant comporter des images proches du Magen David, etc.

Les autres articles sont plus constructifs, moins polémiques, et à l’intérieur du sujet...

Tomas Atencio accumule des indices positifs, mais n’apporte en effet rien de probant, tout en rappelant la force de ce crypto-judaïsme en Espagne et au Mexique.

Schulamith Halévy commence par citer une impressionnante liste de rapports et conversations ayant trait à une volonté d’appropriation de judéité de la part de conversos, mais aussi d’interrogations formulées par de supposés tels cherchant à se hisser dans l’échelle sociale sans argumentation probante quant à la judéité de leurs ancêtres. Halévy trouve les premières traces écrites de ce constat après l’invasion napoléonienne du Portugal en 1807 : 20000 personnes se sont alors déclarées comme juives.

Isabelle Medina Sandoval prend très mal les assertions de Judith Neulander et l’écrit, l’argumente et le démontre, textes à l’appui. Elle est diplômée d’université, fille de diplômés d’université, petite-fille de personnes cultivées et ne s’en laisse pas conter : elle ne voit pas pourquoi ses démonstrations à elle, d’ insider (ceux qui font justement l’objet de l’étude) ne seraient pas prises en considération face aux discours d’ethnologues : elle a aussi quelque chose à dire et à prouver!

Elle expose alors ce que fut sa jeunesse, son éducation comme fille d’un père catholique et d’une mère protestante2, les incroyables rémanences, récurrences, de pratiques juives... Elle a retrouvé le journal du père de son grand-père écrit en 1894 racontant la lignée familiale et comment la famille Medina s’était établie à Santa Cruz autour de 1760, et jusqu’à son ancêtre Perez3 vivant aux Canaries en 1550.

Elle s’autorise des paroles très dures et méprisantes à l’égard de Judith Neulander et proclame sa conviction de manière fort émouvante !

David Mayer Gradwohl, pour clore le volume, pose à Judith Neulander et autres, quelques pertinentes questions du type : “Personne n’osera dire que le roi est nu ?” par exemple : s’il est des conversos en Péninsule ibérique, aux Caraïbes, en Amérique Centrale et du Sud, pourquoi n’y en aurait-il pas au Nouveau Mexique ?

Oui, pourquoi ?

Jean Carasso

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